Tous les articles sur le mot clé : administration

Un seau de protestation

Par Aurialie le 20.04.2011 à 00h39

La Société des seaux bleus a un an et les occasions n’ont pas manqué d’en parler, mais c’est cette photo de Dostoïevski, avec la légende "Même Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski soutient les Seaux bleus" qui m’a décidé à le faire.

Tout commence le 5 février 2010 avec un tragique accident de la route. La Mercédès du vice-président de Loukoïl, Anatoly Barkov, heurte, place Gagarine, la voiture d’Olga Alexandrina, la tuant sur le coup, ainsi que sa belle-mère. Au delà de l’accident, c’est le résultat de l’enquête qui a choqué l’opinion publique : les enquêteurs ont conclu à la faute de la victime. Or, une équipe de la chaine NTV, qui était sur les lieux de l’accident, a constaté que sur le siège du conducteur de la Mercédès se trouvait un gyrophare, alors que la police avait affirmé que le vice-président de Loukoïl ne se servait pas de ce genre de signalement spécial.

Le journaliste Sergueï Parkhomenko a alors écrit sur le site Snob : "À mon avis, c’est une idée tout à fait géniale. Voyez, un conducteur demande à son fils de cinq ans de lui prêter le seau bleu qu’il utilise pour jouer dans le sable. Et il est exactement de la même taille que la lanterne standard des gyrophares des véhicules de l’Etat. Et il le met alors sur le toit de sa voiture. (…)". Son initiative a été reçue avec enthousiasme par plusieurs propriétaires de voitures et ainsi est née "la Société des seaux bleus" (???????? ????? ???????) – un mouvement civil non politique luttant contre l’arbitraire des fonctionnaires, mais aussi des "puissants", qui utilisent à tort et à travers le gyrophare. Les automobilistes qui manifestent avec un seau bleu veulent que les gyrophares ne soient utilisés que par les voitures des urgences (ambulances, pompiers, police).

Et de nombreuses manifestations et flash-mobs, en voiture ou à pied, ont été organisés pendant toute cette année, comme le montre cet intéressant article de Ilya Varlamov, ainsi que le blog LiveJournal du mouvement. C’est d’ailleurs la création de ce blog qui marque le début du mouvement : le premier article a été publié le 14 avril 2010 et proposé aux internautes de fixer un seau bleu le 19 de chaque mois en signe de protestation.

Source photo : ru-vederko

Rospil, un coup de scie dans la corruption

Par Aurialie le 13.04.2011 à 00h36

Il y a quelques semaines déjà que j’entends parler du site Rospil et de son fondateur, Alexeï Navalny, évoqué brièvement dans cet article, sans beaucoup creuser. Mais voilà, ce site a remporté aujourd’hui le prix du Meilleur emploi de la technologie pour le bien de la communauté lors du concours international des blogs organisé par la Deutsche Welle.

Rospil est un site communautaire ayant pour objectif de lutter contre la corruption des fonctionnaires russes, utilisant les appels d’offres pour leur enrichissement personnel. Pour cela, les internautes doivent signaler les appels d’offres qui leur semblent suspects (montant très important, délai court, …), des avocats et des experts tentent alors de révéler les irrégularités et contactent les autorités judiciaires pour les dénoncer. Plusieurs appels à projets ont été ainsi annulés grâce à ce travail d’expertise et près de 337 millions de roubles économisés. Par exemple, l’appel d’offre de 5,4 millions de roubles (environ 132.000€) pour le nouveau site web du Théâtre Bolshoï a finalement été annulé, tout comme l’appel d’offre de 50 millions de roubles (plus de 1.228.000€) pour le système d’information de surveillance du ministère de l’Agriculture.

Alexeï Navalny, avocat de formation à l’initiative de ce projet, a fait appel aux dons pour pouvoir le mener à bien et a ainsi pu réunir plus de 6 millions de roubles pour rémunérer les avocats. Mais Alexeï Navalny ne s’est pas fait que des amis, et son blog est donc très souvent victime d’attaques DDoS. Il pourrait certainement donner des conseils pour la mise en place d’un tel site en France, car combien de fois a-t-on entendu que tel appel d’offre a été remporté par les amis de tel responsable politique ?

Le combat d'Irek Mourtazin contre les autorités tatares

Depuis quelques jours, certains internautes russes affichent leur soutien à Irek Mourtazin, illustre blogueur de l’opposition tatare et ancien chef du service de presse du président du Tatarstan, accusé de diffamation, non respect de la vie privée (du président tatare Mintimer Chaïmiev) et incitation à la haine raciale. Deux affaires lui valent ces poursuites :

  • le 12 septembre 2008, il écrit sur son blog que le président Chaïmiev est mort pendant ses vacances en Turquie. Cette information, qui se répand sur plusieurs blogs, s’avère finalement fausse. Mourtazin explique, pour sa défense, qu’il n’est pas le premier à avoir évoqué ce fait divers, qu’il l’a lu sur la communauté Live journal de Kazan.
  • Mourtazin a également écrit un livre intitulé Mintimer Chaïmiev : le dernier président du Tatarstan, où seraient disséminées des "informations diffamantes pour l’honneur, la dignité et la réputation d’homme d’affaires du président tatare". Exemple de phrase incriminée (p.56) : "Chaïmievest un bon exemple d’un comportement dans lequel domine le nihilisme législatif. Pour cette raison, il ne sait pas comment lutter contre la corruption. Mais la corruption a toujours été et reste rampante (au Tatarstan)."

L’accusation d’incitation à la haine raciale vient du fait que dans ses écrits il diviserait la société en deux catégories : la population et le pouvoir de la République du Tatarstan. Dans l’acte d’accusation du 14 janvier il est écrit : "En jugeant de manière négative l’activité des personnes responsables du pouvoir exécutif et législatif de la république, il a opposé la population au pouvoir, en décrivant les membres de ce dernier par des caractéristiques mensongères et négatives, accusant sans fondement les structures du pouvoir de vénalité, de violation des lois, de nihilisme juridique, d’utilisation de narcotiques, d’alcoolisation de la population, d’incitation à participer à des groupes sectaires et criminels, de destruction de l’économie ayant pour conséquence une gestion déficiente, d’accomplissement d’actions à caractère criminel ; et accusant le président de la république du Tatarstan d’être responsable du déclenchement de la guerre en Tchétchénie."

Irek Mourtazin poursuit toutefois son travail de journaliste et écrit actuellement un livre sur l’implication de la mairie de Kazan dans la corruption du système de transport public de la ville. Mourtazin semble en tout cas réellement gêner les autorités locales car il a été grièvement blessé par deux jeunes gens le 30 décembre, sans que rien ne lui ait été dérobé. Il pense donc que ce sont des personnes liées à la mairie de Kazan qui l’ont agressé. Pour ces partisans, il est évident que ces poursuites politico-pénales ont pour but de réprimer la volonté et l’activité d’un opposant régional.

Source bannière : Rem-lat
Source image : Opasny-tip

SOS Fonctionnaires

Par Aurialie le 01.12.2008 à 00h09

Les citoyens russes qui ont un problème avec les services administratifs (divergence d’interprétation d’un règlement, refus de prendre une plainte, difficulté dans l’obtention d’un document, ...), peuvent depuis 4 mois appeler un numéro spécial (8-800-700-0-600), mis en place par le ministère du développement économique de Russie mais géré par le Haut collège d’économie de l’Université d’État, pour récolter toutes les réclamations.

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Un premier bilan a été établi et deux catégories d’appelants se profilent : les experts du droit (juristes, avocats, anciens fonctionnaires, défenseurs des droits de l’Homme) qui constatent des contradictions dans les règles administratives ; et de simples citoyens qui rapportent des cas concrets de difficultés administratives. Dans le 1er cas, les opérateurs, qui ont des scénarios types pour chaque appel, enregistrent les remarques des spécialistes, dans le 2e cas, ils envoient un lien vers une page web ou un courrier électronique apportant des précisions sur leur demande. Un site a également été mis en ligne, mais pour le moment il n’y a pas grand chose.

Source : Hro1.org et Monitoring.hse.ru

L'abus de pouvoir d'un chef de prison


Continuons notre série "prison" avec cette effarante histoire d’abus de pouvoir dans un établissement pénitentiaire de Krasnodar. Anatoli Ataev, condamné à 5 ans de prison pour entreprise illégale et fraude, a obtenu sa libération anticipée le 5 août dernier par un tribunal du district, après 2 ans et 9 mois de privation de liberté. Avant d’appliquer cette décision à effet immédiat, Vladimir Nikolaev, responsable de la prison, a voulu en vérifier la légalité. Il a même ignoré un courrier du vice-président du tribunal confirmant le lendemain que cette disposition devait être appliquée immédiatement, "en toute diligence". Les avocats d’Ataev ont alors déposé une plainte au service fédéral d’exécution des peines et ont demandé de l’aide au Comité contre la torture (qui fêtait ses 8 ans d’existence le 30 août).

Le 14 août, la situation n’ayant pas évolué, Ataev a entamé une grève de la faim et le Comité a porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’Homme. Il a reçu hier une copie des réponses faites par la Russie sur l’affaire : celle-ci a reconnu qu’Anatoli Ataev était toujours en détention, malgré la décision de libération conditionnelle, et elle a informé la Cour "que les organismes concernées prenaient toutes les mesures possibles en vue d’éclaircir la situation et restitueraient les droits violés du demandeur en cas de violation réelle."

Aujourd’hui, A. Ataev est enfermé depuis un mois à cause de l’entêtement d’un chef de prison, qui abuse clairement de son autorité, sans que les organes judiciaires n’arrivent à lui faire entendre raison. A se demander si V. Nikolaev a entendu la déclaration de Medvedev le 20 mars, à la réunion solennelle consacrée au 85e anniversaire de la Cour suprême : "L’un des aspects les plus importants des réformes est le fait que la justice russe a cessé d’être exclusivement punitive. Elle se transforme en système de protection des droits de l’homme."

Source photo : Comité contre la torture

Persona non-grata

Télex : Daniel Cohn-Bendit et une délégation d’eurodéputés, qui devaient se rendre en Russie pour une conférence sur la politique étrangère, le protocole de Kyoto, les relations entre l’Union européenne et la Russie et l’instauration d’une société civile en Russie, se sont vu refuser leur visa d’entrée sur le territoire russe, sans aucune raison. C’est ce qu’a déclaré Oksana Tchelycheva, responsable du Fonds de soutien à la tolérance de Nijni Novgorod. Dommage qu’ils ne soient pas amis avec le liquidateur des idées de mai 68, Sarkozy aurait pu certainement obtenir des visas de son très cher ami Poutine.

Source : Sobkorr.ru

Et voilà d'autres finalistes

Par Aurialie le 05.09.2007 à 23h33

Le service d’enregistrement fédéral a publié aujourd’hui la liste des partis autorisés à participer aux élections législatives du 2 décembre 2007. Les conditions sont assez strictes (le parti doit compter au moins 50.000 membres et la moitié des 86 sujets de la Fédération de Russie doit avoir une antenne régionale avec un minimum de 500 membres), excluant de nombreux partis, issus de l’ensemble du spectre politique : le Parti républicain de Vladimir Ryjkov, Russie libre d’Irina Khakamada, Grande Russie de Dmitri Rogozine, le Front civique unifié de Garry Kasparov, Russie laborieuse de Victor Anpilov, le Parti travailliste communiste russe de Victor Tioulkin, Pour l’honneur et la dignité de Sergueï Glaziev, Russie libérale (dont les leaders Iouchenkov et Golovlev ont été tués) et le Parti national-bolchevique d’Édouard Limonov, qui a la différence des autres est interdit d’activité sur le territoire russe.

La liste des partis autorisés à concourir aux élections législatives sont donc : Russie Unie (bien sûr), le Parti communiste de la Fédération de Russie, l’Union des forces de droite (libéral), le LDPR de Jirinovski (nationalisme), Iabloko (social-libéralisme), les Patriotes de Russie (nationalisme), le Parti écologique/Verts, le Parti agraire, l’Union populaire (nationalisme), Russie Juste (social-démocratie), la Force citoyenne (parti libéral pour la défense des PME), le Parti démocratique (qui est pour une adhésion à l’Union européenne), le Parti de la paix et de l’égalité de Saja Oumalatova (socialisme), le Parti de l’égalité sociale, le Parti pour la renaissance de la Russie (socialisme).

La campagne électorale peut maintenant débuter et les stratégies d’unions et de rapprochements se mettre en place.

Légende image : Résultats des élections législatives du 7 décembre 2003. Source :Wikipédia

Psychiatrie politique

Dernièrement, les journaux français se sont fait écho de l’enfermement en hôpital psychiatrique de la militante, Larissa Arap, membre du mouvement d’opposition Front civique unifié. Pour avoir dénoncé les sévices infligés aux patients d’hôpitaux psychiatriques (électrochocs, viols, privation de nourriture, coups, ...), L. Arap s’est elle-même retrouvée enfermée contre son gré depuis le 5 juillet, alors qu’elle passait des examens pour renouveler son permis de conduire. Seule bonne nouvelle : une éventuelle sortie est prévue dans deux semaines, selon le médecin principal de l’hôpital psychiatrique.

Autre opposant au régime, autre enfermement :Nikolaï Balouev, membre du Parti national bolchevique, accusé de détention d’arme et de préparation d’attentat, doit rester dans un hôpital psychiatrique spécialisé de Novossibirsk jusqu’à guérison de son état considéré comme "malade", suite à une décision du tribunal local de Novossibirsk. Cependant les conclusions de la première expertise psychiatrique étaient tout autre : les experts de l’hôpital spécialisé ?3 de Novossibirsk ont conclu que Balouev était responsable de ses actes au moment de leur accomplissement, mais qu’une maladie mentale sous forme de "psychose réactive" s’était développée pendant sa garde à vue. L’accusation a alors demandé une contre-expertise, qui a été mené par l’Institut de psychiatrique sociale et juridique de Moscou. Les experts ont reconnu Balouev irresponsable, ce qui a permis au Tribunal de Novossibirsk, qui a également déclaré infondées les conclusions de la défense sur une fabrication de toute cette affaire, d’envoyer l’accusé en hôpital psychiatrique.

Pourquoi envoyer un jeune opposant en hôpital psychiatrique plutôt qu’en prison ? Pour les mêmes raisons qu’au temps de l’Union soviétique : isoler les prisonniers politiques du reste de la société, discréditer leur idées, les briser physiquement et mentalement. Et l’Institut de psychiatrique social et juridique de Moscou portant le nom du psychiatre russe Vladimir Serbsky a toujours été un instrument du pouvoir et de répression. Dans les années soviétiques, on compte parmi ses victimes le général Petro Grigorenko, le mathématicien Alexandre Essenin-Volpin, le poète Viktor Nekipelov et l’écrivain géorgien Zviad Gamsakhurdia, tous devenus des dissidents qui ont lutté contre les abus des autorités soviétiques.

La directrice de l’Institut a affirmé que la psychiatrie russe aujourd’hui n’était plus utilisée de façon abusive. Ce que réfute Iouri Savenko, président de l’association psychiatrique indépendante de Russie, en expliquant que de tout temps (soviétique et actuel), des institutions étaient spécialement conçues pour servir les intérêts de l’État. Il cite notamment l’affaire Boudanov, cet officier russe accusé d’avoir étranglé une jeune Tchétchène en mars 2000. L’Institut Serbsky avait déclaré Boudanov dément, donc irresponsable, au moment du meurtre. Des contre-enquêtes avaient été menées, notamment par l’Association, arrivant à des conclusions contraires. L’Institut, au lieu de faire valoir des arguments psychiatriques, avait alors déclaré que les experts de l’association avaient été payés. Le colonel Boudanov, après avoir été jugé irresponsable de son acte une première fois, a finalement été condamné à 10 ans d’emprisonnement en juillet 2003, remettant en cause la pertinence et la véracité des conclusions de l’Institut Serbskiy.

Il y a deux jours un responsable de l’Institut a déclaré dans le Daily Telegraph que le candidat à l’élection présidentielle russe de 2008, Vladimir Boukovski, était "sans aucun doute psychotique". "Après son arrestation, il a écrit des centaines de lettres de plaintes. Tout le monde ne fait pas ça. C’est une autre symptôme de sa condition", a-t-il poursuivi. Après avoir déclaré que Boukovski n’avait pas la nationalité russe, qu’il n’avait pas vécu 10 ans en Russie, que sa double nationalité russo-britannique l’empêchait de se présenter, les adversaires du dissident soviétique évoquent la maladie mentale comme raison à la non validation de sa candidature... Pourquoi le pouvoir russe a-t-il si peur de Vladimir Boukovski et des accusations de quelques éléments de la société civile ?

Photo1 : Instants de Folie de Julian Renard
Photo2 : Institut Serbsky sur Rol.ru
Photo3 : Nature Morte 2 de Antje Poppinga

ONG en danger

Le Mouvement jeunesse de défense des droits de l’Homme vient de subir les foudres de l’État russe, qui exige la cessation de son activité sur le territoire russe par une décision du tribunal de Nijni Novgorod (lieu de son enregistrement) du 9 août 2007. Cette condamnation fait suite à la nouvelle loi sur les ONG, instaurant des conditions d’existence drastiques aux associations, notamment étrangères. Ainsi, depuis octobre 2006, Amnesty International et Human Right Watch a dû cesser son activité.

Cette organisation qui a fêté les 9 ans de sa création le 8 août, lutte pour le respect des droits de l’homme en Russie. Son programme s’articule autour de plusieurs thèmes : le respect des droits de l’homme, les droits de la jeunesse, l’égalité, la solidarité, l’antifascisme et la tolérance. Ses derniers déclarations étaient dirigées contre les gouvernements russe et estonien pour leur demander de cesser les violations du droit de se réunir.

Maintenant, le combat commence pour que le mouvement jeunesse puisse continuer à exister. Les internautes sont notamment invités à envoyer une lettre (un modèle est publié sur leur blog) au Service d’enregistrement fédéral de Nijni Novgorod et de Moscou pour qu’ils reviennent sur leur décision. La société civile fera-t-elle plier les autorités russes ? Le combat semble loin d’être gagné.

Il faut sauver le ë

Par Aurialie le 02.08.2007 à 16h46

Andreï Foursenko, ministre de l’Education russe, s’est attaqué à une importante mission : rendre toute sa place à la lettre ë (io), trop souvent remplacée par la lettre e (ié), en rendant obligatoire son utilisation.

Cette lettre est apparue la 1e fois en 1783, grâce à la directrice de l’académie des sciences de Saint-Pétersbourg, Ekaterina Dachkova, qui souhaitait n’utiliser qu’une lettre (au lieu de deux) pour le son "io" (par exemple, "ë ???" au lieu de "i ????"). Mais c’est surtout Karamzine, à qui on a souvent attribué par erreur la paternité de cette lettre, qui l’a rendu célèbre en 1796 en l’utilisant massivement dans un almanach de poésie Aonidy. Cependant, est-ce une initiative de Karamzine ou de l’imprimeur (la question mérite d’être posée), puisque dans son Histoire de l’Etat russe, écrite entre 1816 et 1829, Karamzine n’emploie pas cette lettre. Ce n’est que le 24 décembre 1942 que l’usage de cette lettre dans les ouvrages scolaires est devenu obligatoire et que le ë a eu sa place officielle dans l’alphabet russe.

S’en suit maintenant une querelle de linguistes (comme chez nous pour la prononciation de août), politiques et designers sur l’obligation d’utiliser cette lettre, principalement visible de nos jours dans les livres pour enfants et les manuels pour les étrangers apprenant la langue russe. Foursenko explique qu’il est pourtant indispensable de se battre pour une prononciation et une orthographe justes, car la langue russe est aujourd’hui déformée à un degré plutôt important. Ainsi, le refus d’employer la lettre ë est une violation de la loi fédérale sur la langue d’Etat de la Fédération de Russie. Et les admirateurs de la lettre ë sont nombreux : des monuments ont été érigés en son honneur, notamment à Oulianovsk et dans la région de Iadrinski à la place de l’ancien village Iolkino.

Source : Newsru.com

Comment ne pas être le 2e Khodorkovski

Par Aurialie le 02.08.2007 à 01h30

Un entrepreneur russe malin est celui qui sait quand il est temps de se retirer d’une affaire qui peut l’amener à la case prison, option "bien éloignée de la capitale". Pour ne pas subir le sort de Mikhail Khodorkovski, enfermé depuis 1376 jours, Mikhail Goutseriev, président de la compagnie pétrolière Roussneft vient d’envoyer une lettre ouverte expliquant sa volonté de quitter son poste de dirigeant et de vendre ses actions, suite aux diverses pressions des organes juridiques de l’État russe et des services fiscaux, dirigées directement contre lui. Il a notamment déclaré : "Je ne sais pas quelle est ma faute, ni où j’ai fait des erreurs." Mais il sait par contre que quand l’État veut quelque chose, rien ne l’arrête, surtout pas un homme d’affaires qui commence à développer des ambitions politiques. Et bien maintenant, M. Goutseriev a décidé de s’adonner à une activité beaucoup moins dangereuse : les sciences !

Son remplaçant, Oleg Deripaska, oligarque fidèle au président Poutine (il s’est déclaré prêt à céder son empire à l’État si on le lui demandait), va donc reprendre les rennes de la société, pendant que l’État va poursuivre sa main-mise sur l’ensemble des actifs énergétiques privés du pays.

Source : Grani.ru

Retour aux anciennes méthodes

L’opposante russe Larissa Arap, internée contre son gré depuis presque un mois, a confirmé que sa privation de liberté était liée à ses déclarations en juin dernier sur des actes de violence infligés à des malades mentaux dans une clinique du pays.

Un journaliste de Reuters a pu joindre par téléphone Larissa Arap, internée de force depuis le 5 juillet dernier dans un hôpital psychiatrique de la ville de Mourmansk, près du cercle polaire.

Les contours de cette affaire demeurent toujours flous mais déjà de nombreuses voix se sont élevées en Russie pour dénoncer un retour aux pratiques soviétiques d’enfermement des dissidents datant l’époque de la Guerre Froide.

Visiblement fatiguée mais gardant un discours cohérent, Arap a confié que ses problèmes avaient commencé lorsqu’elle était venu récupérer chez son médecin des documents attestant de sa bonne santé morale, ceci pour le renouvellement de son permis de conduire.

Le médecin lui aurait alors demandé si elle était à l’origine d’un article de presse publié en juin où étaient dénoncés des viols et des mauvais traitements infligés à des malades mentaux dans un hôpital psychiatrique de la région. Arap aurait alors acquiescé, avant d’être prise au piège.

"Elle (le médecin) a appelé la police. Ils m’ont emmenée de force, puis m’ont jetée dans une ambulance. Ils m’ont conduite ici où j’ai été battue", a pu confier Arap après avoir emprunté le téléphone mobile d’un autre patient de l’établissement.

"Je ne me sens pas bien mais j’essaie de tenir le coup", a-t-elle ajouté.

Une proche de l’opposante, Elena Vassilieva, qui a pu rendre visite à Arap a déclaré que des médecins lui avaient injecté de force des médicaments. Le responsable de la clinique a refusé de répondre à toute question concernant cette affaire.

"Tout cela, c’est à cause de l’article publié dans le journal", a estimé l’opposante, décrite comme terriblement affaiblie par un photographe de Reuters qui a pu se rendre sur place.

Le Front civique unifié, dont Arap fait partie, a annoncé mardi que le médiateur des droits de l’homme russe allait ouvrir une enquête sur les circonstances de cet internement.

Source : Reuters via Yahoo news
Photo : Kasparov.ru

Problème de justice

Deux affaires liées à des violations des droits de l’homme viennent une fois encore jeter l’opprobre sur la Russie et leur relation à la justice. La Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg a conclu à l’unanimité à la violation de l’article 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme dans l’affaire Trépachkine, avocat qui avait mis en cause les services de sécurité russes dans l’explosion d’immeubles dans la banlieue de Moscou ayant causé la mort d’environ 300 personnes. Au moment de son incarcération, il était atteint d’une forme sérieuse d’asthme. Or, il était enfermé avec d’autres prisonniers dans une cellule où il n’avait pas plus d’un mètre et demi par personne et où tout le monde mangeait, fumait, utilisaient les toilettes, dormait, faisait la lessive... En mars 2007, une pétition était lancée pour demander son hospitalisation et la révision de son procès. Pour cette condamnation, la Russie va devoir verser 3.000€ à Trépachkine.

Autre histoire d’avocat, concernant cette fois Boris Kouznetsov qui a représenté de nombreuses personnes contre l’Etat russe : la famille de la journaliste Anna Politkovskaïa, la directrice de l’ONG Internews, Manana Aslamazian, les familles de marins décédés dans l’accident du sous-marin nucléaire Koursk. Il a décidé de quitter le Russie suite à l’émission d’un mandat d’arrêt à son encontre pour divulgation de secrets d’Etat. Il estime être la dernière victime d’une campagne de répression contre les avocats lancée sous la présidence Poutine. Plusieurs avocats de premier rang se sont plaints de faire l’objet de pressions quand ils défendaient des clients face à l’Etat et aux services de sécurité. Mais Kouznetsov juge simpliste d’accuser le Kremlin. Selon lui, il s’agit plutôt d’un climat mis en place par d’anciens membres des services secrets qui pensent pouvoir agir en toute impunité sous Poutine. Genri Reznik, président du barreau russe, pense que les accusations visant Kouznetsov ne tiennent pas la route. "C’est soit de la vengeance soit de la stupidité. C’est absurde au plan légal", a déclaré Reznik à Reuters.

Source : Newsru.com, le Monde et Nezavissimaïa gazeta

La corruption, le plus infaillible symptôme de la liberté constitutionnelle (E. Gibbon)

Par Aurialie le 25.05.2007 à 21h52

Deux cent dix millions de dollars : c’est le volume annuel des pots-de-vin acquittés dans les tribunaux russes par la population. C’est ce que dévoile le rapport annuel de Transparency International sur la corruption mondiale.

Sept mille cinq cent personnes provenant de 40 régions de Russie ont été interrogées par les experts de l’organisation : 63% estiment que les tribunaux russes sont corrompus. On retrouve la même proportion dans la population de la Pologne, du Vénézuéla, du Chili, du Congo, de Taiwan, du Maroc, du Sénégal et de la Turquie. La forte influence des organes politiques, des fonctionnaires et des hommes d’affaires est également soulignée. Leur niveau d’influence serait comparable à celui connu par l’Argentine.

Les dessous-de-table sont habituellement versés pour remporter une décision en appel, pour accélérer ou ralentir le cours d’un procès, pour faire pression sur d’autres juges. Le rapport souligne également la passivité du pouvoir dans la lutte contre la corruption et le peu d’efficacité des structures anti-corruption créées ces dernières années.

Pour rappel, le site Vziatkam.net (non aux pots-de-vin) est toujours actif. A la question, "vous est-il arriver de donner des dessous-de-table ?", plus de 79% ont répondu oui (29738 personnes sur 37476), preuve que la lutte contre la corruption a besoin de structures très efficaces.

Source : Lenta.ru

Luttes de pouvoir au sommet

Par Aurialie le 28.04.2007 à 01h07

La succession de Poutine se prépare, ses plus fidèles lieutenants n’hésitent pas à utiliser les uns contre les autres les moyens les plus mesquins (dénonciations et procédures criminelles) pour discréditer l‘autre. Qui va remporter la bataille du Kremlin, Novaïa Gazeta fait le point.

Pendant ses huit années au pouvoir, Poutine a réussi à placer une grande partie de ses amis dans les structures de force (Ministère des affaires intérieures, Service fédéral de sécurité, dit FSB, Parquet général, administration présidentielle, service des douanes, armée) et les grandes sociétés russes. Sa succession se jouera normalement entre Dmitri Medvedev, actuellement premier vice-Premier ministre affecté à la mise en œuvre des projets nationaux et prioritaires et ancien chef de l’administration du Kremlin, et Sergueï Ivanov, premier vice-Premier ministre en charge de l’industrie de défense et de la diversification de l’économie civile et ancien ministre de la défense. Si Ivanov ne semble pas comploter contre Medvedev, Igor Setchine, adjoint du chef de l’administration présidentielle et patron de la compagnie pétrolière Rosneft, fait partie du jeu en mettant des bâtons dans les roues de Medvedev.

L’article est plutôt long et les exemples de coups bas ne manquent pas, c’est pourquoi, illustrons ces luttes de pouvoir en prenant un exemple dans les instances du ministère des affaires intérieures, où les nombreux licenciements et nominations ont favorisé le camp de Dmitri Medvedev, selon les experts.

Tout commence en mai 2005, lorsque la 56e division du Département de la sécurité économique (DEB) dévoilait une affaire de contrebande de marchandises chinoises dans les entrepôts du FSB. Cette histoire qui serait arrivée aux oreilles de Poutine, grâce à son ami Victor Tcherkessov, chef du service de contrôle d’État des drogues, a éclaboussé des "proches" de Dmitri Medvedev travaillant à la Loubianka. Toutefois, la réponse a été proportionnelle à l’attaque et durant le printemps 2006 la 56e division a été littéralement nettoyée (cinq personnes haut placées ont été renvoyées), puis en novembre c’est Mechtcheriakov, le chef du DEB, relation directe d’Igor Setchine, qui est transféré au Département de la lutte contre le crime organisé et le terrorisme (DBOPT). Il est remplacé par Evgueni Chkolov, un "espion" qui travaillait en Allemagne avec Poutine et qui est ensuite devenu l’adjoint de Dmitri Medvedev, quand celui-ci présidait l’administration présidentielle.

En comparant les sphères d’influence de Medvedev et de Setchine, telles qu’elles sont présentées par d’anciens dirigeant des structures étatiques, Novaïa Gazeta remarque que les chefs des structures de force s’associent habituellement à Igor Setchine (notamment le ministre de la Justice Oustinov, le chef du département de lutte contre le crime organisé et le terrorisme, Mechtcheriakov et le directeur du FSB, Patrouchev), mais la plupart de leurs assistants et les chefs des départements se portent vers le camp de Dmitri Medvedev. Il n’est pas exclu que cela soit la conséquence du système de soutien et contre-pouvoir, qui en l’absence de contrôle public et d’opposition politique réelle, permet au président de conserver un équilibre dans son entourage personnel. Mais quel est l’avenir de ce système construit autour d’une seule personne : en 2008 va-t-il se diviser en deux camps opposés et donner naissance à une nouvelle vie politique ou par tradition va-t-elle servir l’héritier désigné du trône ?

Source : Novaïa Gazeta, pour avoir une meilleure vision de l’image, cliquez sur celle-ci ou bien ici.

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