Tous les articles sur le mot clé : Biélorussie

Sannikov est libre

Par Aurialie le 14.04.2012 à 21h48


André Sannikov, candidat à l’élection présidentielle biélorusse de décembre 201, arrêté pour avoir appelé à manifester à l’annonce des résultats et condamné à 5 ans de prison en mai 2011 pour organisation de troubles massifs à l’ordre public, a finalement été gracié et libéré aujourd’hui. Mais comme le montre la photo ci-dessus, la première depuis sa libération, il a beaucoup souffert de son emprisonnement (voir par exemple la photo de l’élection présidentielle).

L’ex-candidat Mikola Statkevitch, condamné à 6 ans d’emprisonnement, est par contre toujours en prison.

Source photo : Radio Svoboda

25 mars, journée de la liberté en Biélorussie

Par Aurialie le 26.03.2012 à 22h24

Le 25 mars est célébré comme la journée de la liberté en Biélorussie et commémore la création de la République populaire biélorusse en 1918. Mais ce n’est pas un jour férié, reconnu par le gouvernement, car la RPB avait été créée par les Allemands, qui occupaient la Biélorussie à ce moment-là. Depuis quelques années, des mouvements et parties politiques profitent de cette journée pour se réunir et manifester contre Alexandre Loukachenko. Cette année, les manifestations, qui étaient autorisées, ont réuni entre 3.000 et 5.000 personnes, notamment du Front de la Jeunesse ( ?????? ?????), du parti Biélorussie européenne ( ??????????? ????????) ou encore du mouvement LGBT.

Sur les pancartes, on pouvait notamment lire les demandes de libération des prisonniers politiques (comme par exemple celle de l’un des fondateurs de Charter97 Dmitri Bandarenka), mais aussi le mot  ??? qui est une abréviation apparue après l’élection présidentielle de 2010, ayant plusieurs significations, mais qui ont toujours trait à Loukachenko. Les plus répandues sont " ??? ?? ????" ("Qu’il meurt") et " ??? ?? ???" ("Qu’il aille en prison"). Parmi les participants à cette manifestation, on a pu voir Roma Protasevich (jeune homme qui lève deux doigts sur la photo du bas), dont j’avais raconté l’histoire en septembre 2011.

Cependant, ce n’est pas cela qui va infléchir la politique du président Loukachenko, les sanctions de l’Union européenne ne lui font ni chaud, ni froid.

Source photos : en haut, photos de BNP.by et Nacha Niva, trouvés sur Charter97 ; en bas, sur le blog Toxaby. D’autres photos sont bien sûr visibles sur ces sites.

Biélorussie - action choc pour décision irrémédiable

Cette photo a été prise à Varsovie, hier, par le journaliste biélorusse Pavel Sheremet : les deux jeunes hommes étendus sur le sol, une cagoule noire sur la tête, une corde autour du cou et une balle dans la cervelle, dénoncent l’exécution de deux condamnés à mort biélorusses, Dmitri Konovalov et Vladislav Kovalev, coupables d’avoir organisé les attentats dans le métro de Minsk le 11 avril 2011 et d’autres attentats, entre 2005 et 2008.

Le problème, c’est que la justice biélorusse n’a jamais pu prouver leur culpabilité et leur responsabilité dans l’organisation de ces attentats, faute de preuve matérielle. Condamnés à mort en novembre 2011, Dmitri Konovalov et Vladislav Kovalev n’auront pas eu le temps d’apporter de nouveaux éléments prouvant leur innocence et pouvant modifier leur peine. La vitesse avec laquelle la sentence a été exécutée est exceptionnelle, selon le politologue Victor Demidov.

L’Union européenne avait annoncé qu’elle renforcerait les sanctions à l’encontre de la Biélorussie si Minsk refusait de libérer les détenus politiques. Mais ce type de menace n’est pas du genre à impressionner un Alexandre Loukachenko, connu pour ses dérives autoritaires et ses déclarations surprenantes, la dernière en date étant "Mieux vaut être dictateur que pédé".

Source photo : Pavel Sheremet

Koupala à la sauce Lyapis Troubetskoï

Par Aurialie le 09.11.2011 à 00h01

Le groupe biélorusse Lyapis Troubetskoï vient de mettre en ligne le premier clip de son prochain album "Lyapisov", qui sortira en 2012. Les paroles de cette chanson, intitulée " ?? ???? ??????" ("N’agis pas comme du bétail"), sont issues du poème de Yanka Koupala (de son vrai nom Ivan Loutsevitch), "Khto toi ????i ?", écrit en 1908.

Ce poème est composé de 8 questions de type interrogatoire ("Qui êtes-vous ?", "Que voulez-vous ?" "Où êtes-vous né ?") et ces 8 réponses ("du pain, du sel", "la liberté, la terre", ect.), mais je n’irai pas plus loin dans la traduction car mon biélorusse n’est pas très au point. Voilà un traducteur biélorusse/français, si vous voulez vous faire une idée plus précise des paroles, qui sont les suivantes :
_ ??? ?? ??????
- ????, ???????.
_ ???? ??????
- ???? ??????.
_ ???? ?????
- ?????, ????.
_ ? ??? ??????
- ?????, ????.
_ ??? ?????????
- ? ????? ?????.
_ ??? ???????????
- ??? ???????.
_ ??? ??????????
- ?????, ?????.
_ ??? ???? ??????
- ?? ???? ??????.

Le chanteur, Sergueï Mikhalok, dit dans une interview : "J’ai été ébranlé par le fait que ces vers, écrits de très nombreuses années, (...) et focalisés sur la vie réelle, sonnent de façon si actuelle. C’est marrant, Koupala peut dire à tous les Biélorusses, que faire et comment vivre ici et maintenant, et bien mieux que n’importe quel homme politique contemporain."

Et en live, cette chanson a encore plus de force !

Je vis, je me bats, je m'accroche

Par Aurialie le 27.09.2011 à 00h10


Roma Protasevitch est un talentueux étudiant de 16 ans : élève du prestigieux lycée rattaché à l’Université technique nationale biélorusse (BNTOu), lauréat du prix du Président en physique et d’une bourse d’étude, participant à une conférence scientifique à Saint Pétersbourg, pendant laquelle il a rencontré le cosmonaute Gueorgi Gretchko

Mais son brillant parcours s’est (momentanément) arrêté le 6 juillet 2011, suite à sa participation à une manifestation silencieuse à Minsk (pendant laquelle il a alors vu "toute la crasse de son pays : comment 5 agents des forces spéciales frappent une femme, (…), comment on gaze le peuple pour le disperser, … c’était épouvantable") et surtout à son arrestation par des agents en civil (photo).

Son arrestation est arrivée jusqu’aux oreilles des responsables du lycée, qui après avoir essayé d’exercer sur lui quelques pressions, ont décidé de le renvoyer. Ses parents, partisans convaincus du pouvoir, lui ont posé un ultimatum : soit il reniait ses croyances politiques, soit il quittait le domicile familial. Vladimir Tchoudentsov, journaliste, a alors décidé de raconter son histoire sur son blog, pour essayer de lui trouver un logement et un moyen de finir ses études. A cette heure, il semble que le problème du logement soit résolu, son histoire ayant touché bon nombre d’internautes. Quant aux études, le jeune homme déclare dans la vidéo qu’il ne pense pas possible de les finir en Biélorussie (il a été inscrit sur une liste noire), mais peut être en Russie. Pour lui apporter votre soutien ou votre aide, vous pouvez le contacter via sa page Vkontakte. Son dernier tweet montre en tout cas tout son courage : "je vis, je me bats, je m’accroche".

Source photo : Vladimir Tchoudentsov

Une carte pour un prisonnier

Par Aurialie le 25.04.2011 à 13h52


Après l’élection présidentielle biélorusse du 19 décembre 2010 des dizaines de personnes ont été emprisonnées dans les cellules du KGB uniquement parce qu’elles manifestaient contre la dictature. Afin de soutenir ces prisonniers politiques, le site Pashtouka.org a été créé pour pouvoir leur envoyer facilement une carte postale. Pour cela 3 étapes : choisir la personne à qui vous souhaitez envoyer une carte, choisir la carte postale et enfin écrire le message. Les créateurs du site se chargent alors de faire parvenir ces cartes postales aux prisonniers. A vos claviers !

Un 4e mandat pour Loukachenko

Par Aurialie le 20.12.2010 à 23h53

Poutine à Loukachenko : "Vous nous avez tout pris : le pétrole, le gaz et ma super idée du "coup de massue sur la tête" (" ??????? ?? ?????")."

La preuve en photos et en images animées : ici contre un candidat, là contre des manifestants à Minsk suite aux résultats de l’élection présidentielle, annonçant la réélection de Loukachenko avec près de 80% des voix.

Dessin de Sergueï Elkine

Et pendant ce temps en Biélorussie

Un pays dans lequel le président considère sans fondement les accusations de censure et de dictature dans son pays, n’est-il pas justement un pays où la censure et la dictature sévissent ?

Aujourd’hui, Alexandre Loukachenko, président de la Biélorussie, a déclaré : "Nous sommes un pays ouvert, c’est pourquoi il n’y a aucune censure, ni dictature, ici. (…). Pour pouvoir répondre aux demandes des censeurs, il faut posséder des ressources indispensables. En Biélorussie, nous n’avons pas de telles ressources et c’est une raison objective pour laquelle il n’y a pas de censure ici, censure à laquelle on parle malheureusement en Russie." Cette déclaration laisse d’autant plus perplexe qu’elle intervient moins d’une semaine après la mort d’un journaliste d’opposition, Oleg Bebenine, l’un des fondateurs du site Charter97.org, officiellement d’un suicide par pendaison. Pas de signes de lutte dans le logement, ni de traces de coups sur le corps d’Oleg Bebenine et pourtant ses proches et soutiens ont déclaré qu’il n’avait aucune tendance suicidaire, ni aucuns problèmes familiaux, mais des grands projets et des pressions du gouvernement.

A quelques mois de l’élection présidentielle (peut être en février 2010), la mort de ce journaliste pourrait endommager la réputation de Loukachenko, selon The Moscow Times.

Source image : Charte97.org

Article mis à jour le 11/09/10

Un groupe, deux clips

Par Aurialie le 04.03.2010 à 01h04

Une basse, un violoncelle, une guitare, une batterie ; des influences allant d’Alfred Schnittke à Sonic Youth ; un groupe vivant à Biélorussie : c’est à peu près tout ce que l’on sait du groupe Earworm. Ah si, encore une chose, leur style : ils le définissent comment du psychodélique-noise-postrock. Les vidéos de leurs 2 clips n’est pas mal non plus.

Le plus récent :

Le premier :

A chacun son conseil anti-crise

Par Aurialie le 22.12.2008 à 00h47

Loukachenko a donné une interview aux médias officiels biélorusses, Charter 97 révèle les passages les plus intéressants, ceux où il prodigue ses conseils anti-crise à ses concitoyens.

Aux travailleurs, il a déclaré : "Celui qui laboure la terre, doit la labourer mieux et deux fois plus."

Aux journalistes : "Les médias doivent faire la propagande de nos produits pour que nous saturions le marché intérieur avant tout avec la marchandise biélorusse. Ainsi nous ne dépenserons pas de devise pour acheter des produits d’importation."

Aux épargnants : "Les gens doivent écouter, comprendre et accepter ce que le président dit. Je ne me tais pas. Je parle honnêtement et sincèrement. (…) Il me semble que le monde ne s’écroulera pas. Donc, nous ne nous écroulerons pas. Et les gens doivent croire, qu’il n’y aura pas d’autre sortie que celle choisie par la personne, qu’ils ont élue. Sinon, les gens se mettront à courir vers leurs banques et ils commenceront à prendre leur argent, ou bien, démoliront les banques. Mais si les banques sont démolies, les entreprises s’écrouleront, et plus personne ne gagnera d’argent..."

Aux fonctionnaires : "On dit que Loukachenko va réduire pour la première fois les salaires des employés d’Etat. Non, on ne va pas les diminuer de 20%, on va les augmenter de 5%. Aujourd’hui les salaires ne sont pas le plus important, l’essentiel c’est de maintenir la stabilité."

Pour lire l’interview en entier, c’est ici.

Source image : novosti.dn.ua

Quelques nouvelles de Biélorussie


Alors qu’Alexandre Loukachenko estime qu’il n’y a pas de crise en Biélorussie et que le gouvernement n’aidera donc pas les entreprises locales, un jeune activiste qui participait à une manifestation pour le petit entrepreneuriat en janvier, a été arrêté cette semaine. Jusqu’à présent Alexandre Borozenko se trouvait en Pologne pour ses études, son retour sur sa terre natale s’est de suite suivi d’une arrestation. Quelques mois plus tôt, 11 autres personnes avaient été condamnées à de la prison, dont 9 avec sursis, mais tous avaient finalement été relâchés le mois dernier, Loukachenko souhaitant améliorer ses relations avec l’Occident. Les opposants au président biélorusse commencent à mener des actions pour demander la libération de ce nouveau prisonnier politique.

Le dernier film documentaire de Vladimir Kolos, Ada Gallery, peut être une illustration des difficultés décriées par Alexandre Borozenko. Narrant l’ouverture et les tracas d’une galerie d’art en Biélorussie, il a reçu jeudi le Prix Europe, prix spécial de l’Europarlement dans la catégorie film documentaire au festival international des programmes télé et radio de Berlin. Ada Gallery sera en compétition au 8e festival international du documentaire de création de la Rochelle, débutant vendredi prochain.

Photo : Charter 97

"Manifest" : Belarus freedom

Par Aurialie le 28.09.2008 à 23h09

Aujourd’hui, en Biélorussie, c’est journée électorale. Les bureaux de vote viennent de fermer, les résultats seront publiés demain matin, tout comme l’avis des observateurs de l’OSCE sur la légalité du scrutin. L’opposition biélorusse ne se fait pas d’illusions et a déjà demandé l’instauration de nouvelles élections parlementaires. Leurs résultats sont attendus par tout le monde, notamment le président biélorusse, qui a misé gros sur ces élections (et qui d’ailleurs les connait certainement déjà, les résultats). En jeu, la levée des sanctions et son admission dans l’arène européenne.

En attendant, écoutons Manifest le nouvel album de Liapis Troubetskoï, dont le très original clip Kapital avait été salué par les professionnels du secteur et les internautes.

Le Loukachenko nouveau est arrivé (CI)

Via Courrier International

A l’approche des législatives du 28 septembre, le régime de Minsk s’est adjoint les services d’un conseiller en image, le Britannique Timothy Bell. Malgré des signes d’ouverture, l’opposition n’est pas dupe.

Lors de sa première rencontre, en août dernier, avec lord Timothy Bell, c’est le président Loukachenko qui a dominé. Assis au bout d’une table au palais présidentiel de Minsk, il expliquait ses opinions en hochant la tête, les yeux sur ses notes. Quelques fragments ont filtré dans la presse. “La Biélo­­russie est un Etat dont le peuple a, par le passé, beaucoup apporté à l’Europe“, expliquait Loukachenko. Lord Bell n’avait devant lui qu’une feuille à en-tête de Bell Pottinger Communications et un crayon portant le logo de son entreprise de relations publiques. Le gourou des médias, anobli par Margaret Thatcher pour l’avoir transformée de “ménagère en politicienne de fort calibre” (c’est lui qui le dit), écoutait calmement le dictateur. “Je suis venu ici à sa demande. Il voulait savoir comment améliorer son image”, a laconiquement déclaré Bell après la rencontre. En fait, il y travaillait depuis le mois d’avril et avait établi un plan détaillé pour y parvenir.

“Je savais qu’il serait libéré. Après tout, il a été arrêté illégalement”, dit Igor Rymkevitch, l’avocat de l’opposant Alexandre Kozouline, maintenant que son client a retrouvé la liberté [le 16 août]. Il y a encore quelques semaines, ce n’était pas si évident. Kozouline, candidat à l’élection présidentielle de 2006, avait été emprisonné pour “hooliganisme” et condamné à cinq ans et demi de camp de travail. “Il est épuisé, on l’a traité avec brutalité”, témoigne son avocat. Au grand étonnement de la communauté internationale, deux autres opposants, Andreï Kim et Sergueï Parsioukevitch, ont également été relâchés. “Un geste à l’intention de l’Occident”, explique Agata Wierzbowska-Miazga, du Centre d’études orientales de Varsovie. “Loukachenko en a toujours fait quand il y avait des problèmes entre Minsk et Moscou. Mais ce qui est surprenant, c’est que, aujourd’hui, il n’y a aucun problème entre Minsk et Moscou. Le flirt de Loukachenko avec l’Occident relève plutôt d’une nouvelle stratégie.”

La réaction de l’Occident est enthousiaste. La France, qui préside l’Union européenne, a suggéré de lever les sanctions imposées à une quarantaine de membres du régime après le référendum de 2004 [qui a accordé à Loukachenko la possibilité de gouverner à vie] si Loukachenko organise des élections libres et s’il garantit la liberté des médias. Des conditions “difficiles” à remplir, mais jusque-là l’UE en a posé bien d’autres. “Depuis que Bell conseille Loukachenko, le monde nous perçoit différemment”, affirme le metteur en scène Nikolaï Khalezine, fondateur et directeur du Théâtre libre de Minsk. Ce qui ne l’enchante pas particulièrement. “Nous revenons d’une tournée en Grande-Bretagne. Là-bas, tout le monde est déjà persuadé que la dictature en Biélorussie vit ses derniers jours. Or ce n’est pas vrai.” Nikolaï Khalezine a d’ailleurs adressé une lettre ouverte à lord Bell. “Nous comprenons que vous faites ça pour l’argent, lui écrit-il. Vous n’êtes pas un enfant et vous savez que dans le budget de l’Etat il n’y a pas de fonds secret à huit chiffres pour rémunérer vos activités. Ce sont les contribuables qui vont régler la note.” “Nous souhaitons qu’il se sente responsable de ce qui se passe dans le pays”, explique Khalezine. “Si le monde arrête de nous considérer comme une dictature, on assistera à un retour des assassinats politiques”, poursuit-il. Lord Bell ne lui a pas répondu.

Mikhaïl Pachkevitch a 22 ans et, officiellement, il n’est pas un prisonnier politique. Il a juste été condamné à une assignation à résidence pour avoir manifesté avec une dizaine de personnes pour “défendre les droits des petits entrepreneurs” en janvier dernier. Ils ont tous été condamnés à la même peine et, depuis, ne peuvent quitter Minsk. Entre 19 heures et 6 heures, ils doivent rester chez eux ; tout changement d’employeur ou d’adresse doit être immédiatement signalé aux autorités. Une fois par semaine, ils doivent pointer au commissariat. “Si je suis en retard d’une demi-heure, c’est une violation du règlement. Trois violations, je vais en prison. Les interdictions sont si nombreuses que la police peut toujours trouver quelque chose”, témoigne Mikhaïl.

C’est pour cela que les opposants biélorusses contestent l’idée que, “en Biélorussie, il n’y a plus de prisonniers politiques”, désormais soutenue par le régime après les libérations de Kozouline, de Kim et de Parsioukevitch. Au sein de l’opposition, personne ne s’attend à de vrais changements. “C’est une manœuvre typique du régime. Personne ne pense que la répression va cesser”, dit Katia Tkatchenko, du Parti civique uni. “On libère des prisonniers pour les enfermer aussitôt”, ajoute l’avocat de Kozouline.

A quoi joue Loukachenko ? La réponse est banale : il cherche tout d’abord à diversifier les investissements étrangers. “Jusqu’à présent, le régime ne pouvait compter que sur la Russie, l’Inde, la Chine ou l’Iran, des pays qui ne lient pas les contacts commerciaux au respect des droits de l’homme, explique Mme Wierzbowska-Miazga. Ensuite, Loukachenko veut montrer au Kremlin qu’il y a une alternative à l’alliance avec la Russie. Il s’agit ainsi d’avoir une meilleure position pour les négociations sur le prix du gaz.” Le dernier acte de ce spectacle va se jouer le 28 septembre, le jour des législatives. L’opposition redoute qu’entre-temps lord Bell ne règle ses comptes avec elle.

Source images : lukashenko2008.ru

Loukachenko 2.0

"Nous devons stopper l’anarchie sur Internet" : l’auteur de cette charmante déclaration est le président biélorusse Loukachenko. C’est pourquoi, il y a un an, à l’occasion de son anniversaire (le 30 août), des activistes biélorusses ont créé une version personnelle d’Internet pour leur Président bien aimé : le Lunet.

Les principaux services web y sont adaptés à la sauce Loukachenko : LuTube (une réponse au méchant Youtube occidental), Tutlu (le portail le plus honnête), Lundex (un moteur de recherche bien plus juste que Yandex) et LuJournal (le Live journal des membres les plus positifs du BRSM, l’Union de la jeunesse républicaine biélorusse). Le ministère de la Vérité devrait apprécier.

Et de trois !


Que se passe-t-il dans la tête du président biélorusse, Alexandre Loukachenko ? Par un décret présidentiel, il a gracié aujourd’hui deux opposants, considérés comme des prisonniers politiques, quatre jours après la libération d’Alexandre Kozouline. Sergueï Parsioukevitch s’est vu attribué une peine de deux ans d’enfermement pour violence physique contre des forces de l’ordre en janvier 2008. Pour le même motif, le jeune activiste, Andreï Kim, enfermé depuis 7 mois, a été condamné à 1,5 année d’emprisonnement. Sur ses conditions d’emprisonnement et de libération, il a déclaré à sa sortie de prison : "On m’a mis aujourd’hui devant le fait accompli ’Tu es libre’. On m’a réveillé ce matin, on m’a donné 7 minutes pour rassembler mes affaires et on m’a libéré. On m’a dit que j’avais été gracié par un décret de Loukachenko. On m’a arrêté sans aucune forme et on m’a libéré de la même façon."

Mais point de bonté d’âme, Loukachenko n’a plus supporté la pression exercée par l’Union européenne et les Etats-Unis pour obtenir la libération des prisonniers politiques. A terme, des sanctions économiques étaient même été envisagées en cas de refus du pouvoir biélorusse. Pour la Commissaire chargée des relations extérieures Benita Ferrero-Waldner, ces libérations est un "pas positif, que l’Union européenne attendait depuis longtemps" : "J’espère que la libération de Kozouline donnera une impulsion positive dans le développement des relations entre la Biélorussie et l’UE."

Cependant, avant les libérations d’aujourd’hui, Lluís Maria de Puig, président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), avait déclaré : "La démocratie et les droits de l’homme ne souffrent aucune concession. L’APCE tiendra évidemment compte des efforts significatifs et durables des autorités, mais ne fermera pas pour autant les yeux sur les violations des libertés et des droits universels. En particulier, une observation attentive de l’actuelle période préélectorale [des élections législatives sont prévus le 28 septembre 2008] permettra de déterminer si les autorités sont disposées à créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections libres et équitables, qui sont l’élément de base de toute démocratie." Les élections parlementaires seront donc un test important pour Loukachenko.

Photos : Sergueï Parsioukevitch et Andreï Kim, source - Charter97.org

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