Tous les articles sur le mot clé : Boukovski

Un avis sur l'Union européenne

Par Aurialie le 07.06.2009 à 23h11

En cette soirée de résultats des élections européennes, voilà une vidéo qui peut faire réfléchir. Vladimir Boukovski, célèbre dissident au temps de l’Union soviétique, s’est exprimé en 2006 sur l’Union européenne, la comparant à l’URSS. Pour lui, "l’UE est le vieux modèle soviétique, habillé à l’occidentale". Certaines comparaisons ne sont peut être pas fausses, d’autres un peu exagérées. A vous de juger !


Mobilisation pour Vassili Aleksanian

Les actions exigeants la libération de Vassili Aleksanian et son traitement médical se multiplient : manifestations, distributions de tracts, envoi de mails au représentant du gouvernement et au procureur général, … La situation de cet ancien avocat, vice-président de Ioukos, très gravement malade, inculpé de fraude fiscale, auquel les autorités judiciaires russes refusent d’apporter les soins nécessaires, bouleverse de nombreuses personnes et associations de défense de droits de l’homme.

Mikhaïl Khodorkovski, ancien président de Ioukos, emprisonné depuis 4 ans, a même entamé une grève de la faim sèche du fond de sa cellule sibérienne depuis mardi. "J’ai appris que les enquêteurs l’avaient interrogé sur moi et lui avaient demandé de fournir des preuves qui arrangent l’accusation (...) en échange d’une aide médicale", écrit M. Khodorkovski dans une lettre adressée au Procureur général Iouri Tchaïka. "Je suis devant un choix moral impossible : reconnaître des crimes que je n’ai pas commis et sauver la vie d’un homme, mais casser ainsi la vie d’innocents qu’on désignera comme mes complices. C’est pour cela que je sors du cadre de la procédure et vous informe que j’entame une grève de la faim", poursuit-il.

Mais celle-ci ne devrait pas durer longtemps, car, comme l’explique son avocat, il y a de fortes chances que le directeur de le prison le force à se nourrir avec des aliments liquides. Ce qu’a confirmé l’ancien dissident Vladimir Boukovski : "Sans eau, un homme ne peut pas vivre plus de deux semaines, or il faut au moins un mois pour que les mécanismes étatiques se mettent en marche. [Au bout d’une dizaine de jours, un détenu en grève de la faim] est nourri artificiellement par la gorge ou par le nez ce qui est extrêmement douloureux."

Le directeur du Service fédéral d’exécution des peines, Iouri Kalinine, a déclaré ce samedi que ce serait Vassili Aleksanian qui refuserait un traitement. "Toutes les discutions sur le fait qu’on ne le traite pas, sont des mensonges. Toutes les conditions pour son traitement sont là, mais il les refuse." Il a rajouté : "Nous avons en main les conclusions du spécialiste Pokrovski, Aleksanian est malade, en effet, mais pas au point de ne pas pouvoir participer à l’audience." Forcément, l’accusé est menteur et manipulateur…

Propos de Khodorkovski et Boukovski rapportés par Romandie News

La Cour de cassation dit "non" à Boukovski

Sans grande surprise, la Cour de Cassation a refusé définitivement l’enregistrement de la candidature de Vladimir Boukovski à l’élection présidentielle russe du 2 mars 2008. L’ancien dissident soviétique a déclaré dans uneinterview à Radio Svoboda que ses avocats réfléchissaient à l’opportunité de porter l’affaire à la Cour européenne des droits de l’Homme de Strasbourg. Il confirme également son soutien au seul candidat de l’opposition démocratique, Mikhaïl Kassianov. Si ce dernier le lui demande (après acceptation de sa candidature), il pourrait s’investir fortement dans sa campagne.

A la question "Comprenez-vous pourquoi la Russie va élire si docilement Poutine ou son successeur ?", il répond que l’on ne peut pas parler réellement d’élections, quand on voit l’absurdité des élections parlementaires de décembre 2007, qui ont rappelé certaines œuvres de Beckett ou Kafka. "Quand les gens sont forcés de photographier leurs bulletins de vote et de les présenter sur leur lieu de travail ou d’études, quand en Ingouchie il s’est révélé que plus de la moitié des gens n’ont pas voté, mais qu’officiellement il y a plus de 98 % de votants, il est clair que l’on a dépassé quelques limites. Comment peut-on parler d‘élections ? Il faut que la société trouve en elle-même les forces de résister au régime dictatorial actuel."

Selon lui, la résistance dans le pays grandit, peut-être plus lentement que les forces de l’opposition le souhaiterait. Mais cela s’explique par les décennies de régime soviétique, qui ont privé les gens d’initiative, et par les répressions assez féroces qui ont fait naître une certaine frayeur.

Vladimir Boukovski oublie aussi l’indifférence d’une société pour laquelle l’augmentation de son pouvoir d’achat et un accès gratuit à l’éducation et aux soins est plus importante qu’une libre expression de ses choix.

2380 signatures par minute

Par Aurialie le 10.01.2008 à 23h13

Comme cela a déjà été dit ici, Vladimir Boukovski n’a pas été autorisé par la Commission électorale centrale (TsIK) à se présenter à l’élection présidentielle russe de mars 2008, pour cause de double nationalité et de non présence en Russie pendant 10 ans. Mais cela n’a pas arrêté le dissident et son groupe d’initiative qui ont déposé une plainte à la Cour de cassation pour non légitimité des raisons invoquées.

Mais ils font aujourd’hui remarquer très justement que si le jugement, rendu le 15 janvier, est en leur faveur, ils n’auront alors que 14h pour recueillir les 2 millions de signatures nécessaires à l’enregistrement de la candidature (le recueil des signatures ne peut se faire qu’après le pré-enregistrement par le TsIK et jusqu’au 16 janvier). Mais cela n’est pas un problème pour un groupe très motivé qui demande donc à chaque personne souhaitant la candidature de Boukovski de se présenter devant la Cour de cassation et le TsIK le 15 janvier pour déposer sa signature. Et voilà donc comment obtenir 2 millions de signatures en 14h, soit 2380 signatures par minute. Pas facile tout de même

Source photo : Alexandr Pavlovski sur Flickr

Boukovski ne sera pas le nouveau président russe

Par Aurialie le 26.12.2007 à 23h31


Sans surprise la Commission centrale électorale (TsIk) a refusé la candidature de Vladimir Boukovski. Suite à l’annonce de cette décision, ce dernier a fait la déclaration suivante :

"Le régime tchékiste n’a pas accepté notre appel, il s’est caché peureusement derrière le fil de fer barbelé de la scolastique juridique. Le contrôle des média, les répressions politiques, les meurtres, la propagande, la falsification des élections et tout cet arsenal de la contrainte, de l’intimidation et de la roublardise, que nous avons observé lors des dernières élections à Douma, ne lui suffisent déjà plus pour préserver la "stabilité". Maintenant il nomme en plus ses adversaires parmi les candidats les plus faibles et les plus accommodants.

(…) Nous noterons seulement le cynisme rare de cette décision me privant du droit électoral passif : j’ai été jeté du pays menottes aux mains et ensuite pendant 11 ans je n’ai pas pu obtenir des autorités russes de visa d’entrée. [Pour pouvoir être candidat à la présidentielle russe, il faut avoir vécu 10 ans en Russie.] Nous noterons aussi le comique de la décision juridique, totalement inégale, de la Cour Constitutionnelle de la Fédération de Russie en matière de double nationalité, qui en plus a été tenue secrète jusqu’au dernier moment. Oui, telles sont nos cours, de la plus petite jusqu’à la Constitutionnelle, où domine de nouveau "le droit téléphonique".

Il était facile de prévoir tout cela, en connaissant l’état actuel du pays. Mais nos efforts n’étaient quand même pas vain. Notre expérience a démontré à tout le monde que l’actuel régime tchékiste est menteur, peureux et instable et que messieurs les tchékistes ne relâcheront pas notre pays de leur crochet, tant qu’ils ne seront pas jetés hors du Kremlin par l’onde puissante de la colère nationale. Notre expérience a prouvé que, contrairement à l’opinion répandue, on peut unir l’opposition et en faire un outil effectif de résistance aux usurpateurs. (…) »

La seule solution pour l’opposition semble donc être Mikhaïl Kassianov, faut-il encore qu’il réussisse à déposer les 2 millions de signatures de citoyens russes nécessaires à l’enregistrement définitif de sa candidature.

Top 7 des opposants politiques à Poutine

N°1 - l’ancien dissident soviétique, Vladimir Boukovski, pour son retour fracassant en Russie et sa volonté inébranlable de se présenter à l’élection présidentielle.

N° 2 - le leader des jeunes Iabloko, Ilia Iachine, pour son combat permanent contre Poutine et, notamment, son site protivputina.ru.

N° 3 - le leader de l’Autre Russie, Garry Kasparov, pour s’être battu sans relâche jusqu‘au élections législatives, mais n’avoir pu tenir tête jusqu’au bout à Poutine (il n’a pas même pas essayé de déposer sa candidature pour l’élection présidentielle).

N° 4 - le leader du Parti national-bolchevique, Edouard Limonov, pour ne pas garder sa langue dans sa poche malgré l’interdiction de son parti.

N°5 - le coordinateur du mouvement jeunesse Oborona, Oleg Kozlovski, pour son engagement politique, qui lui a valu d’être embarqué de force pour faire son service militaire, alors qu’il n’a pas fini ses études.

N°6 - une des organisatrices des marches du désaccord, membre du Front civique unifié, Marina Litvinovitch, pour son activisme pour les droits de l’homme et son action auprès de Garry Kasparov.

N°7 - l’ancien député indépendant (du parti républicain), Vladimir Ryjkov, à qui Poutine n’a laissé aucune chance de défendre sa place lors des législatives de décembre.

Image : Marina Litvinovitch, source Svobodanews.ru

Un point sur l'élection présidentiel

Deux semaines après le raz-de-marée électoral de Russie Unie aux élections législatives et quelques jours après l’annonce de la candidature de Medvedev au poste de président en remplacement de Poutine, l’opposition tente de se faire une place dans la prochaine course électorale présidentielle. Mais les places sont très difficiles à obtenir et de nombreux candidats ont décidé de jeter l’éponge.

Il y a quatre jours, Garry Kasparov a renoncé à déposer sa candidature, son parti n’ayant même pas eu la possibilité de louer une salle pour entériner sa candidature. Vladimir Boukovski a connu exactement le même problème : trois jours avant son congrès d’investiture (qui se tient cet après-midi au musée Sakharov), l’administration de la salle dans laquelle il devait se tenir, a finalement refusé sa tenue, sur ordre du FSB. Mais même s’il est investi président par ses partisans, sa candidature sera encore semée d’embûches, la Commission centrale électorale soulignant qu’il n’a pas vécu 10 ans sur le territoire russe et qu’il a la double nationalité (accusations déjà évoquées ici). Le leader du parti Iabloko, Grigori Iablinski, qui a également renoncé à se présenter, soutient d’ailleurs sa candidature. Autre candidat malheureux à l’investiture : le leader du Parti Républicain,Vladimir Ryjkov.

Qui restent-ils pour faire face à Medvedev : le candidat communiste Guennadi Ziouganov, le parti du Parti démocratique, Andreï Bogdanov (dont j’entends parler pour la première fois), le leader de l’Union populaire démocratique, proche de la coalition l’Autre Russie, Mikhaïl Kassianov, le leader du Parti libéral-démocrate Vladimir Jirinovski, un des leaders de l’Union des forces de droite, Boris Nemtsov. Tous ont été investis par leur parti ou vont l’être prochainement (date limite de pré-candidature à la Commission centrale électorale : 23 décembre), mais leurs candidatures n’ont pas encore été acceptées par la Commission.
La date limite pour déposer les documents nécessaires à l’élection, dont deux millions de signatures en leur faveur, est fixée au 16 janvier 2008. Dix jours après au maximum, la Commission donnera le nom de tous les candidats qualifiés pour la course finale.

Election J-3

L’élection législative étant pliée (Poutine ou le chaos, le choix est simple), passons à la présidentielle qui se tiendra la 2 mars 2008. Les prétendants au titre ont jusqu’au 16 janvier pour déposer leur candidature à la Commission centrale électorale. Pour ceux qui ne sont pas soutenus par un parti politique, ils devront déposer, en plus des documents d’inscription habituels, deux millions de signatures de citoyens. Comme le fait remarquer le potentiel candidat Vladimir Boukovsky, seul Poutine pourrait être capable de rassembler une telle quantité de signatures et encore, avec l’aide de l’armée !

L’ancien dissident soviétique, qui dit n’avoir aucune ambition personnelle, est prêt à se retirer au profit d’une candidature unique plus utile, notamment celle de Boris Nemtsov (SPS), Mikhaïl Kassianov ou Grigori Iavlinski (Iabloko). Pour rappel, cinq mesures lui tiennent à cœur :

  • libérer les prisonniers politiques
  • cesser la répression politique et modifier les articles la permettant
  • interdire la répression psychiatrique
  • interdire la torture
  • mettre en place des procédures judiciaires indépendantes

L’égo des trois démocrates saura-t-il se taire au profit d’un bon sens, quelque peu mis à mal par une propagande de masse ?

Photo : Boukovski, archive de Moskovskie Novosti

Les cinq exigences de Boukovski

Vladimir Boukovski, le célèbre dissident soviétique, est de retour en Russie pour quelques jours. Rencontre avec des associations de défense de droits de l’homme, des militants et des leaders de l’opposition, annonce de son programme électoral, présentation de son livre Et le vent reprend ses tours dans différentes librairies moscovites, organisation de meeting, interviews, … son programme est chargé, quinze ans après son dernier séjour dans son pays natal.

Dans l’interview qu’il a accordée à Grani.ru, dont un passage était déjà cité hier, il souhaite que l’opposition s’entende au moins sur cinq points :
- libérer les prisonniers politiques
- cesser la répression politique et modifier les articles la permettant
- interdire la répression psychiatrique
- interdire la torture
- mettre en place des procédures judiciaires indépendantes

Autre passage important de cet entretien : son refus déclaré du boycott des élections législatives. Boukovski n’est pas dupe, il sait que le pouvoir a déjà tout décidé de la suite. Mais si les électeurs de l’opposition ne vont pas voter, personne ne le remarquera. S’ils vont voter, alors cela signifie qu’ils sont d’accord avec les décisions électorales des autorités. De plus, si un membre de l’opposition a la chance d’être élu et de siéger à la Douma, il aura une possibilité de défendre la vie d’un homme. Mais tout cela est théorique, dans la pratique, il sait bien que tout cela est bien plus de la stratégie qu’une réelle résolution des problèmes.

Légende et source photo :
Meeting (autorisé par la mairie) place Triumfalnaïa samedi 20 octobre en présence de 300 personnes, Bukovsky2008

La culture russe vote aussi Poutine

Les lecteurs de Rossiiskaïa Gazeta ont eu la chance de lire dans l’édition du 16 octobre un modèle de lettre obséquieuse au possible. Celle-ci est adressée au président Poutine au nom de la communauté artistique russe. "Nous avons beaucoup d’estime pour vos immenses succès dans toutes les sphères de la vie en Russie, qui, grâce à vos efforts, a atteint la stabilité sociale et le progrès et a augmenté de manière extraordinaire le prestige de notre patrie dans le monde entier. "

Le but de cette lettre est de convaincre Poutine de se présenter une troisième fois à l’élection présidentielle pour poursuivre sa si bienfaitrice action : "Pour nous, il est vital qu’après 2008 vous continuiez à réaliser la politique juste et bénéfique qui permettra de garder la direction positive de la politique d’État, garantissant la stabilité et la prospérité de la culture nationale et des meilleures traditions de notre art, et le renforcement des mesures de préservation de l’héritage artistique historique et les richesses des musées."

Cette lettre est signée par Z. Tsereteli, président de l’académie des arts de Russie, T. Salakhov, vice-président de l’académie des arts de Russie, A. Tcharkine, recteur de l’Union des artistes de Saint-Pétersbourg et N. Mikhalkov, président du fonds culturel russe, au nom de tous les représentants des professions artistiques de Russie et des 65.000 artistes, dessinateurs, sculpteurs, graphistes, décorateurs de théâtre, …russes. Et pourtant, des artistes expriment aujourd’hui leur désaccord avec cette lettre et demandent à publier un démenti dans Rossiiskaïa Gazeta. Ils veulent que les lecteurs sachent que les quatre signataires de la lettre mentent en parlant au nom de l’ensemble de la communauté artistique.

Dans une interview accordée au journal en ligne Grani.ru, Vladimir Boukovski déclare très justement que l’on dit que le Président a un taux de satisfaction de 80%, ce qui est un mensonge, on ne connaît pas vraiment le taux, puisque tous les médias sont contrôlés par l’État. Cette lettre ouverte de représentants du monde de la culture, amis du Président, confirme la volonté des hautes sphères de convaincre le peuple de la nécessité d’avoir Poutine pour chef de l’État pendant encore de nombreuses années.

Légende et source des photos :
- Vladimir Poutine et Nikita Mikhalkov, Wikipedia
- Zourab Tsereteli et sa sculpture de Poutine en judoka, Nikolaï Soudenko sur zhurnal.lib.ru

Psychiatrie politique

Dernièrement, les journaux français se sont fait écho de l’enfermement en hôpital psychiatrique de la militante, Larissa Arap, membre du mouvement d’opposition Front civique unifié. Pour avoir dénoncé les sévices infligés aux patients d’hôpitaux psychiatriques (électrochocs, viols, privation de nourriture, coups, ...), L. Arap s’est elle-même retrouvée enfermée contre son gré depuis le 5 juillet, alors qu’elle passait des examens pour renouveler son permis de conduire. Seule bonne nouvelle : une éventuelle sortie est prévue dans deux semaines, selon le médecin principal de l’hôpital psychiatrique.

Autre opposant au régime, autre enfermement :Nikolaï Balouev, membre du Parti national bolchevique, accusé de détention d’arme et de préparation d’attentat, doit rester dans un hôpital psychiatrique spécialisé de Novossibirsk jusqu’à guérison de son état considéré comme "malade", suite à une décision du tribunal local de Novossibirsk. Cependant les conclusions de la première expertise psychiatrique étaient tout autre : les experts de l’hôpital spécialisé ?3 de Novossibirsk ont conclu que Balouev était responsable de ses actes au moment de leur accomplissement, mais qu’une maladie mentale sous forme de "psychose réactive" s’était développée pendant sa garde à vue. L’accusation a alors demandé une contre-expertise, qui a été mené par l’Institut de psychiatrique sociale et juridique de Moscou. Les experts ont reconnu Balouev irresponsable, ce qui a permis au Tribunal de Novossibirsk, qui a également déclaré infondées les conclusions de la défense sur une fabrication de toute cette affaire, d’envoyer l’accusé en hôpital psychiatrique.

Pourquoi envoyer un jeune opposant en hôpital psychiatrique plutôt qu’en prison ? Pour les mêmes raisons qu’au temps de l’Union soviétique : isoler les prisonniers politiques du reste de la société, discréditer leur idées, les briser physiquement et mentalement. Et l’Institut de psychiatrique social et juridique de Moscou portant le nom du psychiatre russe Vladimir Serbsky a toujours été un instrument du pouvoir et de répression. Dans les années soviétiques, on compte parmi ses victimes le général Petro Grigorenko, le mathématicien Alexandre Essenin-Volpin, le poète Viktor Nekipelov et l’écrivain géorgien Zviad Gamsakhurdia, tous devenus des dissidents qui ont lutté contre les abus des autorités soviétiques.

La directrice de l’Institut a affirmé que la psychiatrie russe aujourd’hui n’était plus utilisée de façon abusive. Ce que réfute Iouri Savenko, président de l’association psychiatrique indépendante de Russie, en expliquant que de tout temps (soviétique et actuel), des institutions étaient spécialement conçues pour servir les intérêts de l’État. Il cite notamment l’affaire Boudanov, cet officier russe accusé d’avoir étranglé une jeune Tchétchène en mars 2000. L’Institut Serbsky avait déclaré Boudanov dément, donc irresponsable, au moment du meurtre. Des contre-enquêtes avaient été menées, notamment par l’Association, arrivant à des conclusions contraires. L’Institut, au lieu de faire valoir des arguments psychiatriques, avait alors déclaré que les experts de l’association avaient été payés. Le colonel Boudanov, après avoir été jugé irresponsable de son acte une première fois, a finalement été condamné à 10 ans d’emprisonnement en juillet 2003, remettant en cause la pertinence et la véracité des conclusions de l’Institut Serbskiy.

Il y a deux jours un responsable de l’Institut a déclaré dans le Daily Telegraph que le candidat à l’élection présidentielle russe de 2008, Vladimir Boukovski, était "sans aucun doute psychotique". "Après son arrestation, il a écrit des centaines de lettres de plaintes. Tout le monde ne fait pas ça. C’est une autre symptôme de sa condition", a-t-il poursuivi. Après avoir déclaré que Boukovski n’avait pas la nationalité russe, qu’il n’avait pas vécu 10 ans en Russie, que sa double nationalité russo-britannique l’empêchait de se présenter, les adversaires du dissident soviétique évoquent la maladie mentale comme raison à la non validation de sa candidature... Pourquoi le pouvoir russe a-t-il si peur de Vladimir Boukovski et des accusations de quelques éléments de la société civile ?

Photo1 : Instants de Folie de Julian Renard
Photo2 : Institut Serbsky sur Rol.ru
Photo3 : Nature Morte 2 de Antje Poppinga

1e action de soutien à Boukovski

Aujourd’hui, la première action de soutien en faveur de la candidature de Vladimir Boukovski à l’élection présidentielle russe de mars 2008 se tiendra devant le bâtiment de l’administration présidentielle, place Slavianskaïa (métro Kitaï-Gorod) à 14h. Les partisans de l’ancien dissident soviétique avaient d’abord envisagé de planifier cette action devant le bâtiment du Comité électoral central, car un de ses représentants a déjà exprimé son intention de ne pas accepter la candidature de Boukovski (qui a pourtant reçu son passeport russe sans trop de difficulté). Mais les autorités moscovites ont expliqué à Roman Dobrokhotov, organisateur de cette manifestation, qu’à l’occasion de la Fête de la ville (prévue début septembre pour les 860 ans de la ville), les rues autour du Comité seront fermées pour réparation. Cette déclaration a étonné le département de gestion des infrastructures de la ville car les travaux se font la nuit et aucune rue n’est habituellement bloquée.

Les objectifs de l’action sont les suivants : récolter un maximum de signatures pour montrer le soutien de la population à Boukovski, mais aussi porter atteinte à l’autorité du président russe, Vladimir Poutine. Ce qu’il est très important de déclarer haut et fort pour les organisateurs, car ces derniers temps, les autorités de la ville de Moscou empêchent même les actions autorisées et arrêtent leurs participants.

Enfin, les partisans de Boukovski appelleront le chef du Comité électoral central, Vladimir Chourov, à se raser la barbe, sur laquelle il a juré que les élections seront honnêtes. Pour rendre cette exigence plus démonstrative, ils se raseront collectivement, directement sur la place Slavianskaïa.

Photo : Vladimir Boukovski, pris clandestinement dans une "prision psychiatrique" en 1966 (via le site pour sa candidature Bukovsky 2008)

Dernières nouvelles de l'opposition

Alors que Vladimir Boukovski vient enfin d’ouvrir un site Internet pour sa candidature à l’élection présidentielle de mars 2008 (un blog existait déjà),l’Autre Russie annonce la mise en place de primaires permettant de choisir l’unique candidat de l’opposition.

Jusqu’au 25 septembre, des conférences régionales vont être organisées pour débattre et choisir le candidat qui sera le plus à même de battre le successeur plus ou moins désigné de Poutine. Ce sont déjà proposés pour relever le défi : Vladimir Boukovski, Victor Guerachtchenko, Sergueï Goulaev, Guennadi Ziouganov, Mikhaïl Kassianov, Grigori Iavlinski , Vladimir Ryjkov et Oleg Chenine. Les sept premiers ont déjà été présentés sur ce blog (notamment ici et ), reste à présenter Oleg Chenine, qui pour faire court, représentera le Parti communiste de l’Union soviétique (qui existe toujours malgré l’effondrement de l’URSS), dont il est membre depuis 1962. Ce monsieur ne va surement pas récolter beaucoup de suffrages lors de ces primaires.

Une fois que toutes les réunions régionales auront eu lieu, leurs délégués vont se retrouver à Moscou pour élire le candidat final par un vote direct à bulletin secret. Il faut donc attendre fin septembre pour connaître le grand représentant de l’opposition. L’Autre Russie n’a pas dit son dernier mot.

Boukovski : 3 mythes sur sa candidature

Suite à l’annonce de la candidature de l’ancien dissident soviétique Vladimir Boukovski à l’élection présidentielle russe de mars 2008, de nombreuses voix se sont élevées contre l’impossibilité administrative de celle-ci. Trois raisons sont évoquées continuellement dans les médias et aujourd’hui mises à mal par le Groupe d’initiatives à l’origine de sa candidature.

Mythe n°1 : Boukovski n’a pas la nationalité russe

Vladimir Boukovski a toujours eu la nationalité russe. En 1976, lors de l’échange avec le leader communiste chilien Luis Corvalan, il n’a pas perdu la nationalité soviétique, contrairement aux autres prisonniers politiques déportés. De plus, en 1992, Boris Eltsine lui a donné de nouveau la nationalité de la Fédération de Russie. Son passeport a expiré le 28 octobre 1997 et n’avait pas été renouvelé jusqu’a présent. Le 12 juillet 2007, Boukovski a déposé à l’ambassade de la Fédération de Russie de Londres les documents nécessaires à l’élaboration d’un nouveau passeport russe. Selon ses dires, le personnel de l’ambassade les a accepté "très aimablement" et lui a assuré que le nouveau passeport serait prêt au cours du mois. Il pourra alors se rendre en Russie tout à fait normalement.

Mythe n°2 : Boukovski n’a pas vécu 10 ans sur le territoire de la Fédération de Russie

Vladimir Boukovski a vécu continuellement en Russie pendant 33 ans, dont 12 ans dans différents lieux d‘emprisonnement (prison, camp, hôpital psychiatrique). Dans l’article 81 de la Constitution de la Fédération de Russie, il n’est pas mentionné que les 10 années d’existence sur le territoire russe doivent se dérouler dans la période précédant les élections. En 1996, la Commission électorale centrale avait accepté la candidature d’Alexandre Lebed, qui avait vécu en Moldavie de 1992 à 1995 et n’avait donc vécu en Russie qu’une année avant les élections. De plus, Boukovski n’a pu se rendre en Russie depuis 1996, car les autorités russes refusaient de lui délivrer un visa avec son passeport britannique.

Mythe n°3 : Boukovski n’a pas le droit de participer à l’élection présidentielle, car il a une double nationalité

La disposition ? 128- ?? de la loi fédérale du 25.07.2006, qui prive les citoyens de la FR ayant une double nationalité, du droit d’être élus aux organes du pouvoir d’État, est contestée par la Cour Constitutionnelle de la Fédération de Russie car elle contredit de nombreux articles de la Loi fondamentale. La question de sa validité et de son application n’a donc pas encore été tranchée.

Aucune raison légale ne va à l’encontre de l’enregistrement de la candidature de Vladimir Boukovski au poste de président de la Fédération de Russie. Si l’enregistrement est toutefois refusé, celui ne pourra être considéré que comme une décision purement politique et mettra donc en doute la légitimité de l’élection présidentielle de 2008.

Source : Prima-news.ru . Image :grani.ru

Pressions autour de Boukovski

Le pouvoir aurait-il peur de Vladimir Boukovski ou bien veut-il simplement museler et contrôler toute opposition ? Cette question est légitime quand on voit sa réaction à la candidature de cet ancien dissident soviétique : quatre membres de son comité de soutien, appelé Groupe d’initiatives, ont subi des pressions du Parquet général.

L’appartement de Vladimir Pribylovski, président du centre d’informations et d’analyses Panorama et directeur de la bibliothèque en ligne Antikompromat, a été perquisitionné fin mai 2007 pour deux raisons : fuite sur le meurtre du général-colonel Anatoly Trofimov, ancien chef du département du FSB à Moscou et saisie de deux ordinateurs et des documents liés à l’écriture de son nouveau livre sur Poutine, écrit en collaboration avec l’historien Ioury Felchtinsky. Les noms des collègues de Poutine travaillant dans les ministères de forces sont mentionnés dans le livre et ont donc attiré l’attention des services secrets.

Victor Chenderovitch, satiriste et présentateur télé entre autre, a été convoqué au Parquet général pour propos extrémistes sur son blog. Annonces de son prochain programme, d’une marche en faveur d’une armée professionnelle ou en l’honneur des journalistes assassinés... depuis le 26 mars il n’y a en tout cas plus aucun article. Le Parquet a intenté une action contre Iouri Samodourov, président du musée et du centre Andreï Sakharov, pour l’organisation d’une exposition intitulée "l’art interdit". Enfin, la dernière personnalité mise en cause, par le Parquet de la région de Krasnodar cette fois-ci est Andreï Piontkovski, membre du parti Iabloko et écrivain, pour différents passages soit-disant extrémistes dans ses livres.

Aujourd’hui dans Ejednevny journal, Boukovski a commenté la mystérieuse pression mise sur ses soutiens. Avant les ennemis de l’État étaient multiples. Il y avait les contre-révolutionnaires, les déviationnistes d’extrême-gauches, les antisoviétiques. Maintenant les ennemis sont tous extrémistes, la loi de l’année dernière a d’ailleurs élargi les motifs d’accusation, tels que "dégradation de l’honneur nationale" ou "diffamation des organes locaux du pouvoir". Le FSB attaque donc tout opposant potentiel au pouvoir en place en l’accusant d’extrémisme. Il ne réfléchit pas, mais envoie la patte avant tout mouvement et fait ses griffes sur tout ce qu’il attrape.

Source images : itartass.ur.ru et non-violence-mp.org

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