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Plainte contre la jeunesse pro-kremlin

Par Aurialie le 22.06.2007 à 20h48

Les "Nachis" et la Jeune garde de Russie Unie vont-ils devoir répondre de leurs actes devant un tribunal ? C’est en tout cas ce qu’espère Alexandre Chourchev (leader du mouvement des jeunes Iabloko de Saint-Pétersbourg), qui a déposé au Parquet général une plainte pour vérifier le caractère extrémiste des actions perpétrées devant l’ambassade d’Estonie lors du déplacement de la statue du soldat libérateur de Tallin. A. Chourchev estime que les mouvements pro-kremlin ont violé l’article 282 du code pénal (incitation à la haine ou à l’hostilité, équivalant à une dégradation de la dignité humaine) et la loi fédérale contre les activités extrémistes.

Pour rappel, fin d’avril, les militants pro-kremlin ont organisé un siège de l’ambassade d’Estonie à Moscou en signe de protestation : ils ont arraché les drapeaux de l’ambassade d’Estonie, monté un village de tentes devant le bâtiment, bloqué l’automobile de l’ambassadrice Marina Kaljurand, recueilli des signatures pour le démantèlement de l’ambassade et son transfert dans la banlieue de Moscou, appelé au boycott des produits estoniens, bloqué les voitures avec des plaques estoniennes au poste frontalier d’Ivangorod, appelaient les Estoniens "fascistes". L’attaché de presse des "Nachis", Anastasia Souslova, a déclaré : "Nous ne ferons pas de commentaires sur l’activité des autres mouvements. Une plainte a également été déposée contre la Jeune garde. Quand nous recevrons les résultats [de cette plainte], nous aviserons."

Le président du Conseil de la Fédération, Sergueï Mironov, avait déjà critiqué les actions de la Jeune garde et des "Nachis" : "Au comportement des autorités estoniennes, nous devons opposer une réponse adéquate et pondérée, une réponse d’un Etat fort et grand, et ces piteuses démarches ne sont pas à notre honneur."

Le procureur Basov a déclaré que la plainte n’était pas concrète et que tout cela était "uniquement de l’émotion". Mais le Parquet va tout de même vérifier l’ensemble des éléments apportés par A. Chourchev pour prouver le bien-fondé de sa plainte. Il ne s’attend pas à recevoir une réponse positive mais le simple fait que le Parquet ait accepté sa demande est déjà étonnant pour lui.

Source : Kommersant et Ejednevny Journal. Photo : Ria Novosti

Deux poids, deux mesures

Les leaders des différents mouvements de la coalition l’Autre Russie, à savoir Aleksandr Aouzan (président de l’Institut du projet national Accord civil), Garry Kasparov (leader du Front civique unifié), Georgui Satarov (président du fonds INDEM), Lioudmila Alekseeva (présidente du groupe Helsinki de Moscou), Mikhaïl Deliaguine (responsable scientifique de l’Institut des problèmes de la globalisation), Sergueï Gouliaev (député de l’Assemblée législative de Saint-Pétersbourg), Sergueï Oudaltsov (leader de l’Avant-garde de la jeunesse rouge) et Édouard Limonov (leader du Parti national-bolchevique), ont rédigé aujourd’hui une déclaration commune sur le déplacement des dépouilles militaires en Estonie et dans la banlieue moscovite.

Cette déclaration relève le cynisme du pouvoir russe qui menace l’Estonie de rompre tout contact diplomatique et organise des manifestations autour de son ambassade à Moscou car ce pays balte a déplacé la statue du soldat libérateur, alors que dans le même temps, il envoie des agents du Ministère de l’Intérieur réprimer une manifestation pour la défense d’un mémorial en l’honneur d’aviateurs, héros de guerre, qui va être lui aussi déplacé dans le but de construire un centre commercial ou des bureaux dans la banlieue de Moscou. Le gouvernement appelle également la population à boycotter les produits d’alimentation estoniens, tandis que les hommes d’affaires proches du Kremlin continuent à gagner des milliards de dollars grâce au transit de matières premières passant par l’Estonie. N’est-ce pas cela qu’on appelle deux poids, deux mesures ? Ou faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ?

Source image : Kasparov.ru

Serveur indisponible... essayez plus tard !

Aujourd’hui, de nombreux sites russes ont été dans l’incapacité de fonctionner suite à des attaques DDoS (déni de service distribué qui est un type d’attaque très évolué visant à faire planter ou à rendre muette une machine en la submergeant de trafic inutile) : Echo Moskvy, Kommersant.ru (la version anglaise fonctionnait), Argumenty y fakty, le site du centre de défense des droits de l’homme de Tallin et même les sites du président et du gouvernement estoniens. La raison des attaques des sites estoniens n’est pas à chercher bien loin : le déplacement de la statue du soldat libérateur à Tallin. Le plus étonnant dans cette histoire est que l’analyse des adresses IP a indiqué que les attaques venaient directement de l’administration du Kremlin et d’organisations gouvernementales (d‘après l’ambassadrice d’Estonie). Ce qui ne serait pas une première : en 2003, le site indépendantiste tchétchène www.kavkazcenter.com, hébergé en Lituanie, a été attaqué par un pirate informatique, qui selon l’éditeur du site serait le fait du FSB russe (ancien KGB). Des techniciens du site Kavkazcenter auraient en effet réussi à repérer que le pirate menait ses attaques à partir du siège du FSB à Moscou.

Les sites d’informations quant à eux subiraient des attaques à cause de leur contenu ou de leur activité : Kommersant devait publier aujourd’hui le sténogramme de l’interrogatoire de Boris Bérézovski (ancien propriétaire de ce journal), que le Parquet russe lui a fait passer à Londres le mois dernier. Argumenty y fakty a organisé aujourd’hui une conférence de presse avec l’ambassadrice d’Estonie en Russie, Marina Kaljurand. Des incidents ont eu lieu pendant cette conférence : des Nachis (membres d’organisation jeunesse pro-kremlin) ont envahi les locaux en criant des slogans hostiles à l’Estonie et mis à sac les locaux du journal. Echo Moskvy, enfin, est l’un des médias encore indépendant en Russie.

Les attaques DDoS de sites politiques se sont également multipliées ces derniers temps en Russie. Parmi les victimes des hackers, on compte les sites du Parti national-bolchevique, des organisateurs des marches du désaccord, du Front civique unifié et de l’Autre Russie, quelques jours avant l’organisation de marches à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Le site du Mouvement contre l’immigration inégale a subi une attaque quatre heures avant le lancement d’une campagne d’informations sur l’organisation d’un événement à Stavropol. Même les organes du pouvoir de l’État russe ont enregistré 2 millions d’ attaques entre 2005-2006, 300.000 rien que pour le site de la présidence.

Un article d’Itogui explique que pour arriver à faire planter un site, il faut disposer de moyens importants. On peut les obtenir en utilisant des milliers de machines zombies, c’est-à-dire des ordinateurs infestés par un ver ou un cheval de Troie et contrôlés à l’insu de leurs utilisateurs par des pirates informatiques, ou bien en payant une importante somme à un cracker. Le journal Cnews a estimé qu’une attaque telle que celle subie par le Parti national-bolchevique nécessitait un réseau de 120.000 machines et aurait coûter entre 72 et 432.000 dollars (entre 50 et 300$ la minute).

Qui sont ces pirates informatiques et quelles sont leurs motivations ? Le blog cyberpolice apporte une réponse partielle en donnant la parole à des informaticiens de Saint-Pétersbourg. "« Des étudiants des écoles techniques pratiquent le cambriolage des logiciels pour être in. Pour des gens sérieux, c’est une bonne source de revenus », raconte Denis Khartchenko, actuellement employé d’une société informatique de Saint-Pétersbourg. Il y a des pirates informatiques qui travaillent sur commande de sociétés en volant pour elles des logiciels spécialisés, selon Viatcheslav, un autre informaticien de Saint-Pétersbourg."

Alors, les crackers, qui piratent des sites politiques ou de sites d’informations, le font-ils pour de l’argent ou bien avec de réelles raisons politiques ? Monter un réseau d’une centaine ou d’un millier d’activistes politiques ne doit pas être tellement difficile dans un pays où les universités produisent environ 60.000 diplômés en informatique et mathématiques chaque année. Et ce doit être encore plus facile de les réunir pour un peu d’argent. Dans Itogui, un étudiant russe donne ses tarifs : 30$ pour qu’un petit serveur ne marche pas pendant une journée, 45$ pour un serveur moyen et 65$ pour les plus gros. Il précise tout de même que ses tarifs sont deux fois moins chers que ceux de ses concurrents. Chercherait-il de nouveaux clients parmi les journalistes d’Itogui ?

Source images : futura-sciences, rotary.belux.org et old.russ.ru

Le Soldat libérateur repose en paix

Par Aurialie le 27.04.2007 à 21h57

Il y a trois mois l’article Le monument de la discorde faisait référence à une loi estonienne, qui avait pour objectif de répondre aux exigences de la Convention de Gand sur le respect des tombes militaires. Cette loi a pour conséquence de déplacer un monument très important pour les Russes, le Soldat libérateur (en bronze) situé dans le centre de Tallinn, symbole de la lutte contre le fascisme et le nazisme. Depuis la promulgation de la loi, les autorités russes menacent l’Estonie de rompre toute relation entre les deux pays.

Toutefois, les Estoniens ont fait fi de ces menaces et ont démantelé cette nuit le monument, non sans heurts. De nombreux manifestants russophones ont tout fait pour empêcher le déplacement de leur mémorial. Une personne a notamment péri dans les affrontements, 44 personnes ont été blessées, 300 arrêtées, des vitrines ont été brisées.

Des membres de la Jeune Garde de Russie unie ainsi que Jirinovsky (leader du LDPR, mouvement nationaliste) et ses partisans se sont réunis devant l’ambassade d’Estonie de Moscou pour manifester leur mécontentement. Le député Chamil Soultanov, membre du comité de la Douma pour les affaires internationales, a notamment déclaré : "Fait paradoxal, l’Europe, dans sa majorité, appuie l’Estonie et veut voir comment la Russie y réagira. (…) De nombreux pays, dont la Pologne et la Hongrie, attendent la réaction de la Russie pour pouvoir suivre l’exemple estonien." Toutefois, de nombreux experts russes estiment que "la tension [entre les deux pays] demeurera dans la période à venir, mais cela n’entraînera probablement pas la rupture des relations diplomatiques."

Sources : Ria Novosti, Yahoo news, Gazeta.ru

Le monument de la discorde

Par Aurialie le 20.01.2007 à 00h38

Aujourd’hui, devant l’ambassade d’Estonie à Moscou, des militants du mouvement Molodaïa Gvardia Edinoï Rossii (la Jeune Garde de Russie Unie) ont manifesté contre une décision du parlement estonien. En promulguant une loi, approuvée le 11 janvier dernier par le président Toomas Hendrik Ilves, en faveur du retrait des monuments "glorifiant les armées et les États ayant occupé l’Estonie", les députés ont provoqué l’indignation d’une partie de la population russe. Les Soviétiques ont toujours considéré qu’ils avaient libéré les Estoniens du joug nazi, tandis que ces derniers gardent en mémoire l’intégration forcée à l’URSS et les répressions qui en ont découlé.

Le premier monument visé, le Soldat libérateur (en bronze) situé dans le centre de Tallinn, ne sera pas détruit mais déplacé dans un cimetière de la ville. Cela n’a pas pour but de mépriser la population russophone d’Estonie, ni de glorifier le fascisme, mais de se conformer à la Convention de Gand exigeant le respect des tombes militaires.

Le premier ministre estonien Andrus Ans a ainsi déclaré : "Malheureusement, il semble que ces tombes ne soient guère respectées aujourd’hui. Peut-on parler de respect, lorsque ces tombes sont piétinées, car on y organise des meetings, on y boit de la vodka et on attend le trolleybus à l’arrêt installé au-dessus des tombes."

Concernant le Soldat libérateur, il a précisé : "Il faut ouvrir la tombe pour savoir si quelqu’un y a été enterré. Si des restes y sont découverts, il faudra les transférer au cimetière. S’il n’y a pas de sépulture à Tonismagi, le monument n’aura plus de raison de rester à cet endroit."

Était-il bien nécessaire d’envoyer la Jeune Garde crier des slogans tels que "L’Estonie est la honte de l’Europe" ? Toutefois, comme l’a déclaré Boris Guseletov, secrétaire international du Parti Social-Démocrate de Russie, lors d’une table-ronde ayant pour thème : Russie : des partis d’opposition en situation précaire, à la Fondation Jean Jaurès en décembre 2006 : "Il faut comprendre que les Russes qui ont appartenu à une grande puissance politique ont parfois un sentiment d’infériorité quand ils comparent leur situation à celle du passé. C’est une dimension affective plus proche du "patriotisme" que du "nationalisme". (…) Cependant, par rapport à la violence de la société, je pense qu’il faut prendre garde à ces tentations d’attiser le feu « nationaliste » car des jeunes mordent à l’hameçon. On doit être à la fois internationaliste et patriote." Bien qu’il ne fait pas référence à cette affaire en particulier, ses paroles s’y appliquent parfaitement.

Source : Ria Novosti, le Monde, Regards sur l’Est

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