Tous les articles sur le mot clé : Limonov

Vis ma vie de natsbol

Le photographe Ilya Epichkine a passé un moment avec les natsbols moscovites (membres du Parti national-bolchevique), dans leur QG situé à Medvedkovo. On y voit les murs défraichis, mais décorés d’affiches et prospectus, on y apprend que la pièce la plus importante est la cuisine (car c’est là que se trouve la connexion internet), on voit des activistes préparer des colis nourriture pour leurs amis détenus (tous les aliments doivent se trouver dans des sacs transparents, sans emballage), ... Tout est résumé dans cette photo.

Comme le rappelle Emmanuel Carrère dans sa biographie de Limonov, que je lis avec beaucoup d’intérêt actuellement, les natsbols ne sont ni des skinheads, ni des fascistes, mais des "héros du combat démocratique en Russie" pour Anna Politkovskaïa et des "gens biens" pour Elena Bonner, la veuve du physicien, prix Nobel de la paix, Andreï Sakharov. Je ne suis pas encore arrivée à la partie où Limonov revient en Russie et devient le chef et le héros de ces jeunes prêts à tous pour leurs idéaux (ce que décrit très bien le roman San’kia de Zakhar Prilepine). Mais son enfance en Ukraine, son petite business de fabrique de pantalon, ses débuts poétiques, sa montée dans l’underground moscovite, ses années aux Etats-Unis (j’en suis là pour le moment), ses aventures amoureuses, ..., tout est absolument passionnant ! Je suis bien contente que l’on m’est offert "Journal d’un raté", qui sera sans aucun doute mon prochain livre de chevet.

Source image : Ilya Epichkine

Chaque pays a-t-il l'opposition qu'il mérite ?

En accompagnement de la nouvelle version de son site web, Svobodanews.ru s’est alloué les services du dessinateur Igor Gontcharouk, qui officiait précédemment à Ogoniok. Sur internet il y a peu d’informations sur le personnage : "né en 1945, il est membre d’un syndicat, aime boire de la bière et dessiner pour les magazines et livres". Son style est facilement reconnaissable : il dessine à l’aquarelle. Ses dessins, au nombre de deux pour le moment, font partie de la rubrique " ?????????? ????" (le rire souverain), réservée "à ceux qui sont prêts à une lutte acharnée pour les droits des citoyens de la Fédération de Russie par l’humour".

Le dessin publié cette semaine s’intitule "Le régime antinational est tombé", avec le sous-titre "Chaque pays a l’opposition qu’il mérite". Sur le mausolée de Lenine, on voit, de gauche à droite, Garry Kasparov, Valeria Novodvorskaïa, Edouard Limonov et Boris Berezovski devant une foule de manifestants tenant des pancartes où il est écrit : "Le KGB doit être exsangue", "Il faut partager tout !", "Judo, go home !" (Judo doit certainement signifier Poutine, grand amateur de judo), "Vive le régime anti-antinational !" et "Nous t’aimons BAB" (BAB = Boris Berezovski).

Quatre internautes qui ont commenté le dessin ne l’apprécient pas vraiment, ils le considèrent comme très offensant, particulièrement pour Valeria Novodvorskaïa, dissidente soviétique et femme politique libérale russe. Et c’est vrai que dans un média d’opposition, il peut être déconcertant de trouver une critique de .. l’opposition. Mais cette dernière est assez disparate, sans réel programme commun, et sans légitimité dans la population russe. Alors, chaque pays a-t-il l’opposition qu’il mérite ? Peut être bien. Celle à Sarkozy en France n’a pas donné une image éclatante ces derniers temps.

Un point sur Édouard Limonov

Par Aurialie le 05.03.2008 à 23h39

Il y a un peu plus d’un an, je faisais un article sur le parti d’Édouard Limonov, intitulé "Le Parti national-bolchevique, fasciste ?". Son passé, comme celui de son leader, est trouble, voire puant. Emmanuel Carrère, dans un article de la revue XXI de janvier/février 2008, a énuméré les différentes facettes du personnage ambigu qu’est Limonov : "délinquant juvénile en Ukraine, poète underground sous Brejnev, loser magnifique à New York, romancier un temps adoubé par Saint-Germain, mercenaire en Serbie, chef de parti emprisonné sous Poutine."

Alors, pourquoi je "cite en permanence Limonov dans le cadre d’une hypothétique opposition démocratique au pouvoir Russe" ? Certainement pour la même raison qu’Elena Bonner, veuve du dissident soviétique Andreï Sakharov, Anna Politkovskaïa (en son temps) ou Marina Litvinovitch, porte-parole de Garry Kasparov, qui toutes, expriment du respect pour le combat les nastboly, des "gens courageux, intègres, seuls ou presque à donner un peu de confiance dans l’avenir du pays", des "héros du combat démocratique en Russie" (citations extraites de l’article d’E. Carrère).

Depuis 2004 et le Ve congrès du parti, un nouveau programme a été adopté, accès sur les notions de liberté, justice sociale, libertés politiques et défense des intérêts des citoyens de la Fédération de Russie et de tout ceux qui appartiennent à la culture russe. En 2006 la coalition l’Autre Russie, qui se dit l’opposition démocratique à Poutine, a été créée, réunissant des personnalités aussi disparates qu’un ancien champion d’échecs (Garry Kasparov), un ancien ministre de Poutine (Mikhaïl Kassianov), des associations de défense de droits de l’Homme (groupe Helsinki, la Voix de Beslan, Mémorial, …) et … Édouard Limonov. Cette union est certainement opportuniste (tous contre Poutine), Limonov a sans doute senti que la meilleure manière d’avoir de l’audience était de jouer le démocrate, en renvoyant le terme "fasciste" aux sbires de Poutine qui le traitent comme tel, alors que c’est eux qui persécutent, abusent du pouvoir, enferment les opposants. Limonov au pouvoir ferait peut-être même pire que Poutine. A moins qu’avec l’âge (65 ans), il se soit calmé.

Pour conclure, je conseillerai de lire en entier le long portrait (10 pages) d’Edouard Limonov par Emmanuel Carrère, dont j’ai cité ici quelques passages. Il retrace son passé et explique pourquoi "s’il est grillé en Occident, dans son pays Limonov à la côte".

Légende et source de l’image : Limonov enferme les enfants, via Karon-overblog

Interview d'Elena Bonner

Le 15 février, Elena Bonner, la veuve du dissident Andreï Sakharov, célébrait ses 85 ans. A cette occasion, Radio Svoboda lui a demandé de parler du rôle des défenseurs des droits de l’homme, des dissidents, des opposants dans la Russie contemporaine. Extraits.

Les défenseurs des droits de l’homme dans la Russie d’aujourd’hui sont-ils des dissidents ?
Le terme de "défenseur des droits de l’homme" est utilisé dans le monde entier, mais le mot "dissident" j’arrêterai de l’utiliser. Leurs missions sont totalement différentes. Je ne suis pas du tout d’accord avec mes collègues qui disent que les défenseurs de droits de l’homme ne doivent pas s’occuper des problèmes politiques. Dans une société démocratique normale, où il y a un mélange des élites politiques, c’est une profession comme une autre, faite justement pour répondre aux problèmes politiques.

D’après vous qu’est-ce qui est le plus important pour un mouvement démocratique en Russie ? Quand il n’y a pas de liberté dans les médias, que le parti au pouvoir domine totalement la vie politique, que les hommes politiques de l’opposition démocratique ne s’entendent pas, que peut-on faire ?
- Il ne peut pas y avoir d’accord, parce que chaque homme politique de l’opposition démocratique, ou parti politique, a son programme, ses propres solutions. Mais ce qui n’a pas été fait (et qui me semble être une grave erreur), c’est l’union sur un seul motif clair : la tenue d’élection honnête. Et donc je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent : "ah jamais je ne serais avec Limonov", "ah, je ne peux pas discuter avec Ziouganov". J’estime que la population en dehors de toute sympathie politique, les membres de parti et autres, doivent résoudre ensemble le problème de transparence des élections et ne pas valider de loi qui annule de fait les élections. Mais pour cela, il faut que tous s’unissent.

D’ailleurs, je vais vous dire comment je considère Limonov. Quand il a fondé son parti, Limonov l’a appelé "national-bolchevique". Mais tout cela c’était de l’esbroufe infantile. C’est un homme capable et adulte et il est le temps pour lui d’arrêter cette esbroufe et de donner un nom normal à son parti. Les jeunes de son parti sont très bien.

Comment jugez-vous l’activité de Garry Kasparov ?
Je viens juste de soutenir sa nomination pour l’obtention d’un prestigieux prix américain. J’aime beaucoup Kasparov. Il aurait davantage besoin du soutien de ce qu’on appelle notre intelligentsia.

Où se trouve notre "intelligentsia" ? Pourquoi la Russie est-elle tellement apathique ? Pourquoi les personnes qui ont conscience de la nécessité de défendre les droits de l’homme représentent jusqu’à présent une si petite majorité ?
Nous étendons tout phénomène dans le temps. Le mot "intelligentsia", comme vous le savez, est apparu au milieu du XIXe siècle, les idéaux de l’intelligentsia se sont épanouis parfaitement au XXe siècle, mais en parler maintenant à notre époque n’est plus d’actualités. Il y a longtemps qu’il n’y a plus d’intelligentsia, à la place, il y a une couche de la population éduquée, professionnelle, compétente. Il y a simplement des gens riches. Il y a des voleurs, il y a beaucoup de voleurs. Ceux que nous nommons aujourd’hui les intellectuels, sont dans toutes ces couches. Chez les voleurs, il y en a aussi beaucoup.

Pourquoi la société russe actuelle n’a-t-elle pas un haut niveau de défense citoyenne, pour au moins freiner ce pouvoir non démocratique ?
Je ne sais pas. Cela m’étonne. L’Ukraine résiste, la Géorgie résiste, seule la Russie ne la fait pas… Je ne sais pas pourquoi. (…)

XXI commence par la Russie

Par Aurialie le 09.02.2008 à 23h10

Une nouvelle revue qui, pour son premier numéro, fait sa une sur la Russie, on ne peut qu’applaudir. D’autant plus qu’il y a de très bons articles de fond dans XXI, notamment sur l’énigmatique leader du Parti national-bolchevique, Édouard Limonov (son auteur Emmanuel Carrère en parle très bien sur la vidéo), sur la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, sur les étranges relations entre la France et la Russie et sur la nouvelle économie à la russe, le "national-capitalisme". Ajouté à cela un reportage photos de Carl de Keyzer sur les bagnes de la région de Krasnoïarsk, des papiers sur Michel Onfray, la France de la désobéissance et les femmes de prisonniers, un reportage BD sur les visiteurs de Gibraltar, on obtient alors une revue prometteuse et on attend avec curiosité le, peut être, futur livre d’Emmanuel Carrère sur le dissident Limonov.

Top 7 des opposants politiques à Poutine

N°1 - l’ancien dissident soviétique, Vladimir Boukovski, pour son retour fracassant en Russie et sa volonté inébranlable de se présenter à l’élection présidentielle.

N° 2 - le leader des jeunes Iabloko, Ilia Iachine, pour son combat permanent contre Poutine et, notamment, son site protivputina.ru.

N° 3 - le leader de l’Autre Russie, Garry Kasparov, pour s’être battu sans relâche jusqu‘au élections législatives, mais n’avoir pu tenir tête jusqu’au bout à Poutine (il n’a pas même pas essayé de déposer sa candidature pour l’élection présidentielle).

N° 4 - le leader du Parti national-bolchevique, Edouard Limonov, pour ne pas garder sa langue dans sa poche malgré l’interdiction de son parti.

N°5 - le coordinateur du mouvement jeunesse Oborona, Oleg Kozlovski, pour son engagement politique, qui lui a valu d’être embarqué de force pour faire son service militaire, alors qu’il n’a pas fini ses études.

N°6 - une des organisatrices des marches du désaccord, membre du Front civique unifié, Marina Litvinovitch, pour son activisme pour les droits de l’homme et son action auprès de Garry Kasparov.

N°7 - l’ancien député indépendant (du parti républicain), Vladimir Ryjkov, à qui Poutine n’a laissé aucune chance de défendre sa place lors des législatives de décembre.

Image : Marina Litvinovitch, source Svobodanews.ru

Marchons... vers la case prison

La marche du désaccord a bien eu lieu aujourd’hui à Moscou et les autorités avaient prévu d’importants moyens pour contenir les 2000 à 3000 manifestants. Quelques uns ont été arrêtés, dont les leaders de l’Autre Russie, Garry Kasparov (photos), condamné à 5 jours de prison pour manifestation non autorisée et refus d’obéir aux ordres de la police, et Edouard Limonov, Lev Ponomarev (défenseurs des droits de l’homme) et Maria Gaïdar (rapidement libérée).

Les membres de l’Autre Russie soulignent un succès de cette journée de protestation : le comité central électoral a accepté de prendre la résolution de la coalition d’opposition, apportée par sa porte-parole Marina Litvinovitch, demandant la tenue d’élections libres et honnêtes. Rendez-vous dans quelques heures à Saint Pétersbourg !

MAJ (20h12) : Reportage et photos de la journée sur Kasparov.ru

Source photos : AP et Reuters via Yahoo News

Ennemis de Poutine, ennemis de la Russie

Par Aurialie le 17.11.2007 à 23h05

Pavel Daniline, rédacteur en chef du portail Kreml.org, Natalia Krychtal et Dmitri Poliakov ont désigné dans un récent livre Les ennemis de Poutine. Pour mériter ce titre et celui d’ennemi de la Russie en prime, les auteurs ont mis en avant la dangerosité supposée des personnes, leur haine du Président, les risques qu’ils ont fait ou font encourir au peuple russe. En ces temps de période électoral, celui-ci ne doit pas oublier les mauvaises actions qu’ils ont perpétrées.

Ces ennemis sont au nombre de sept comme les péchés capitaux . Ainsi, Garry Kasparov personnifierait l’orgueil, Boris Berezovski la colère et Edouard Limonov l’envie. L’oligarche Vladimir Goussinski, l’ex-patron de Ioukos Mikhaïl Khodorkovski, l’ex-conseiller économique de Poutine Andreï Illarionov et l’ex-Premier ministre Mikhaïl Kassianov doivent donc maintenant se partager la luxure, la gourmandise, l’avarice et la paresse.

Source : Courrier International

Marches, encore et toujours

Les prochaines Marches du désaccord auront lieu samedi 9 juin à Saint-Pétersbourg (grande salle de spectacles Oktiabrskiy) à 17h et le lundi 11 juin à Moscou (place Pouchkine) à 16h. Les participants sont déjà prêts et le font savoir en le marquant noir sur blanc sur un papier, comme certains Américains l’avaient fait en 2004 au moment de la ré-élection du président des Etats-Unis, George Bush, en écrivant sur une feuille "Sorry everybody".

La marche pétersbourgeoise n’est pas autorisée par l’administration de la ville, sauf si les manifestants montrent leur désaccord sur les trottoirs seulement, en n’empêchant pas le trafic automobile et en ne piétinant pas les espaces verts. C’est pourquoi si vous êtes arrêté, voilà les derniers conseils :
- appelez la hotline au 974-36-55 ou pour de simples renseignements le 8-925-500-28-37
- vous avez le droit de demander au policier un document attestant sa fonction, son nom et ses instructions, ainsi que le motif de l’arrestation.
- lors d’une interpellation administrative, un procès-verbal est rédigé ; demandez à ce que l’on vous explique vos droits et devoirs. Si vous êtes d’accord avec le procès-verbal, vous pouvez le signer (art. 27.4 du code des violations administratives -CVA- de la Fédération de Russie). Si vous n’êtes pas d’accord - NE SIGNEZ rien, ou écrivez "je ne suis pas d’accord avec le procès-verbal" et indiquez les violations, commises par les agents du ministère de l’Intérieur lors de votre interpellation. Et seulement après, signez-le.
- Le délai d’ une interpellation administrative est de 3 heures maximum. Pour les affaires entraînant une arrestation (par exemple l’art. 20.1 du CVA - petit hooliganisme), vous pouvez être retenu jusqu’à 48 heures.
- En cas de violations administratives, un procès-verbal est également dressé. Un exemplaire doit vous être remis, même si vous refusez de reconnaître ce qui est mentionné dessus. Vous êtes en droit de voir les pièces de l’affaire, de donner des explications, d’exiger de lire les déclarations des témoins, de demander l’aide d’un défenseur (par forcément un avocat) et de déposer un recours (art. 25.1)
- Et bien sûr, après l’arrestation, avisez-en dans les plus brefs délais vos parents et un défenseur.

La marche de Saint-Pétersbourg n’a pas encore eu lieu, mais les arrestations si... pour distribution de tracts… Mais que fait le plus grand démocrate du monde ?

Un week-end de manifs en photos

Les manifestations n’ont pas manqué ce week-end aux quatre coins de la Russie. La plus grosse action, menée par Iabloko et l’Union des forces de droites (SPS), a réuni 800 personnes à Moscou contre la censure et la main-mise de l’État sur les médias.

A Samara, alors que Vladimir Poutine recevait Angela Merkel et les représentants des pays de l’Union européenne, entre 200 et 500 membres de l’Autre Russie ont demandé des élections libres et honnêtes. Cette manifestation est considérée par leurs opposants comme un échec, mais il y a quelques explications à cette faible participation : des agents du ministère de l’Intérieur ont tout fait pour empêcher deux figures emblématiques de la coalition, Kasparov et Limonov, de se rendre à Samara et les autorités de la ville ont déconseillé aux habitants de se rendre à cette manifestation à cause de la présence d’"extrémistes" et d’éventuelles bagarres.

A Tcheliabinsk 200 opposants au régime ont fait face (sans heurts) à une centaine de jeunes pro-kremlin, membres de la "Société des sportifs glamour", souhaitant par cette démarche et leurs slogans ("non à l’été, oui à la neige !") tourner en ridicule les actions de ceux-qui-ne-sont-pas-d’accord.

Enfin, des dizaines de militants séropositifs, venus des républiques caucasiennes du Daguestan, de Kabardino-Balkarie, de Tchétchénie, se sont rassemblés à Rostov en mémoire des victimes du sida et pour faire part de leurs problèmes quotidiens. La discrimination est très importante à leur encontre et l’accès aux médicaments antirétroviraux est difficile. 696 bougies ont été allumées à la mémoire des 696 morts du sida dans la région de Rostov. Selon les derniers chiffres officiels, 402.000 Russes seraient séropositifs, les experts russes estiment qu’ils seraient en réalité près de 1,3 million.

Sources photos : lenta.ru, ru_politics, snowow, 24heures.ch

Allez directement à la case prison

Quatre députés - Mikhaïl Emelianov et Nikolaï Kovalev de Russie Unie, Igor Levedev du LDPR et Nikolaï Bezvorodov des Patriotes de Russie et la Volonté du Peuple – ont déposé un projet de loi pour durcir les peines de prison des personnes accusées d’extrémisme politique. Ainsi, une personne coupable d’avoir créé une organisation extrémiste encourra une peine de prison allant de six à huit ans. Pour avoir fait partie d’une telle organisation (par exemple, un membre du Parti national-bolchevique) – 4 ans. Pour la préparation et la participation d’actions massives promouvant la haine idéologique, politique, raciste, nationaliste ou religieuse - 12 ans (5 à 8 ans pour les mineurs).

Cette loi, approuvée par 345 députés (40 ont voté contre), est une réponse à l’organisation dans les grandes villes de Russie des Marches du désaccord, auquel participe notamment Édouard Limonov, leader du Parti national-bolchevique, interdit d’activité sur le territoire. Le député Emelianov a notamment déclaré : "nous sentons tous la menace de l’exemple ukrainien. Il est de nouveau devenu à la mode que n’importe quel mécontentement s’exprime dans des formes extrêmes. Si une manifestation se passait calmement et que personne ne se battait, ne cassait des vitrines et ne brûlait de voitures, alors elle ne serait pas réussie. La loi ne concerne par les Marches des mécontents tant que ces derniers ne provoquent pas de désordre. Mais les marches ne sont que des opérettes pour les observateurs étrangers."

La prochaine marche aura lieu samedi à Samara à l’occasion du sommet Russie/UE. Ces derniers jours, de nombreuses personnes ont été arrêtées : l’adjoint du responsable du bureau Human Rights Watch à Moscou, Alexandre Petrov, le leader de l’Avant-garde de la jeunesse Rouge, Sergueï Oudaltsov et l’assistant de Garry Kasparov, Denis Bilounov.

Source : Gazeta.ru, image otages du monde.com

Deux poids, deux mesures

Les leaders des différents mouvements de la coalition l’Autre Russie, à savoir Aleksandr Aouzan (président de l’Institut du projet national Accord civil), Garry Kasparov (leader du Front civique unifié), Georgui Satarov (président du fonds INDEM), Lioudmila Alekseeva (présidente du groupe Helsinki de Moscou), Mikhaïl Deliaguine (responsable scientifique de l’Institut des problèmes de la globalisation), Sergueï Gouliaev (député de l’Assemblée législative de Saint-Pétersbourg), Sergueï Oudaltsov (leader de l’Avant-garde de la jeunesse rouge) et Édouard Limonov (leader du Parti national-bolchevique), ont rédigé aujourd’hui une déclaration commune sur le déplacement des dépouilles militaires en Estonie et dans la banlieue moscovite.

Cette déclaration relève le cynisme du pouvoir russe qui menace l’Estonie de rompre tout contact diplomatique et organise des manifestations autour de son ambassade à Moscou car ce pays balte a déplacé la statue du soldat libérateur, alors que dans le même temps, il envoie des agents du Ministère de l’Intérieur réprimer une manifestation pour la défense d’un mémorial en l’honneur d’aviateurs, héros de guerre, qui va être lui aussi déplacé dans le but de construire un centre commercial ou des bureaux dans la banlieue de Moscou. Le gouvernement appelle également la population à boycotter les produits d’alimentation estoniens, tandis que les hommes d’affaires proches du Kremlin continuent à gagner des milliards de dollars grâce au transit de matières premières passant par l’Estonie. N’est-ce pas cela qu’on appelle deux poids, deux mesures ? Ou faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ?

Source image : Kasparov.ru

Le NBP est puni pour son passé

Le 19 avril, le tribunal de la ville de Moscou a décidé d’interdire officiellement toute activité du Parti national-bolchevique (NBP) sur le territoire de la Fédération de Russie, car il est jugé extrémiste par les autorités. Quatre experts des droits de l’homme reviennent sur cette décision : Alexandre Verkhovski du Centre d’information et d’analyse Sova, Loudmila Alekseeva du Groupe Helsinki de Moscou, Andreï Iourov du mouvement jeunesse des droits de l’homme et Lev Ponomarev du mouvement Pour les droits de l’homme.

La plupart estime que le NBP était à sa création un mouvement extrémiste, diffusant une idéologie nazie et ayant des membres (surtout dans les régions) au comportement "sans fondement, stupides et violents". C’est pourquoi, il aurait dû être interdit depuis plusieurs années, comme d’autres associations fascistes, telles que l’Union Slave, le DNPI (Mouvement pour l’immigration inégale) ou le RNE (Union nationale russe).

Toutefois depuis quelque temps, les experts ont vu une évolution du NBP : il "est passé d’un parti de voyous à un parti normal avec des idéaux démocratiques", qui se bat "pour la défense des droits des citoyens et pour la liberté". Et c’est au moment où il prend le chemin de la démocratie que le pouvoir l’accuse d’extrémisme et l’interdit totalement sur le territoire. Cela sonne comme une décision purement politique, et non de sécurité nationale.

Loudmila Alekseeva estime que les organisations de défense de droits de l’homme vont aider le NBP, notamment en lui louant les services d’un avocat pour défendre sa cause à la Cour de cassation. Andreï Iourov, quant à lui, a le sentiment que cette décision a pour but de radicaliser encore plus ce mouvement.

Source : Association russe de défense des droits de l’homme

Sondage d'après-manifestation

L’institut de sondages SOCIUM a posé quelques questions à 547 personnes lors de la Marche du Désaccord organisée par l’Autre Russie samedi à Moscou. Sachant que le sondage se déroulait lors d’une manifestation, les réponses allaient forcément dans le sens des organisateurs. Toutefois, l’Autre Russie étant une coalition de parties disparates, présents sur tout le spectre politique, les sondés l’étaient également. Il y avaient principalement des sympathisants du Front Civique Unifié (16,7% ), de Iabloko (10,3%), de l’Union des Forces de Droite (9,3%), du Parti communiste (7,9%) et 16,9% déclaraient n’être partisan d’aucun mouvement politique.

Les principaux résultats du sondage sont les suivants :
65% des personnes connaissent les principales idées de l’Autre Russie et 62% jugent son activité positive. 87,5% savent qu’il y a eu des "révolutions colorées" en Ukraine, Géorgie et au Kirghizstan mais 41,7% estiment qu’il n’y en aura pas en Russie (39,2% pensent le contraire.)

Enfin, si l’élection présidentielle avait lieu prochainement, arriverait en tête avec 16,4% Mikhaïl Khordokovsky, l’ancien patron de Ioukos actuellement en prison pour vol par escroquerie à grande échelle et évasion fiscale, puis Garry Kasparov (12,5%), Mikhaïl Kasparov (10,1%), Édouard Limonov (9,6%), les scores sont ensuite insignifiants.

Il serait maintenant intéressant d’avoir le même sondage dans une situation plus neutre.

Nouvelle manifestation, nouvelles arrestations

Sans surprise, la cinquième Marche du Désaccord de l’Autre Russie a été dispersée brutalement par les forces de l’ordre aujourd’hui à Saint-Pétersbourg. Environ trois mille personnes s’étaient rassemblées aujourd’hui pour réclamer l’instauration d’élections libres en décembre 2007 et mars 2008. Le meeting place des Pionniers était autorisé par les autorités de la ville, la marche dans la ville, elle ne l’était pas du fait de "l’impossibilité de garantir l’ordre et la sécurité des participants à la manifestation."

A la fin du meeting, alors que les manifestants se dirigeaient vers une station de métro, des accrochages ont eu lieu avec les forces de l’ordre, qui ont alors dispersé la foule sans ménagement, utilisant allègrement leur matraque. Plus d’une centaine de personnes ont été arrêté, notamment Édouard Limonov (alors qu’il se trouvait dans l’appartement de l’un de ses partisans), le leader de l’antenne du parti libéral Iabloko à Saint-Pétersbourg, Maxime Reznik, l’ancien député du Conseil législatif pétersbourgeois, Sergueï Gouliaev, le chef de la section de SP du parti national-bolchevique, Andreï Dmitriev, l’activiste du mouvement Smena, Nikolaï Liaskin, le leader de l’Avant-garde de la jeunesse rouge, Sergueï Oudaltsov.

Hier soir à Moscou, Garry Kasparov a été libéré vers 23h avec l’obligation de payer un amende de 1.000 roubles (environ 30€) pour participation à une manifestation non-autorisée.

Maxime Reznik a très justement déclaré : "Le pouvoir ne comprend que le langage de la force."

Sources : Yahoo news, Rufront.ru, Ria Novosti et Oesse (photo). D’autres photos sur Volokhonsky.

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