Tous les articles sur le mot clé : presse

Sept mots pour une année

Par Aurialie le 04.01.2011 à 00h21

Michele A. Berdy est une interprète et traductrice anglophone basée à Moscou qui publie chaque semaine dans le Moscow Times un article sur un mot ou une expression russe. A l’occasion des bilans de fin d’année, elle a choisi 7 mots qui ont été sur toutes les langues russes en 2010, en précisant toutefois que cette liste est non-scientifique, personnelle et même loufoque. Voilà une traduction de son article (les commentaires sur la France sont de moi, bien sûr).

Le 1er mot de sa liste est en fait une expression : "conditions météorologiques anormales" - " ?????????? ???????? ???????" - fumées et brouillard cet été, pluies torrentielles à Noël puis baisse brutale des températures qui a transformé Moscou en patinoire ... En France, aussi, on s’est plaint des conditions météo : de la neige en hiver, c’est dingue !

Les 2e et 3e mots sont assez proches, ou en tout cas, vont dans le même sens : "modernisation" (mot préféré du président Medvedev, selon l’auteur de l’article) et "innovation". La "modernisation" est le processus de rendre les choses modernes, en accord avec les normes contemporaines. Mais dans la bouche de Medvedev, c’est une autre façon de parler des réformes, sans faire référence à toutes les connotations négatives de ce mot : les fermetures d’usines, la hausse des prix, la perte de l’épargne. En ce qui concerne le mot "innovation", chaque ministre y investie des millions, chaque entreprise veut en produire. Mais qu’est l’innovation, demande Michele A. Berdy. Après avoir consulté plusieurs dictionnaires, elle en est venu à la conclusion que l’innovation, c’est juste … une bonne idée.

Le 4e terme de sa liste est " ????????????", "reset" en anglais, "remise à zéro" en français, qui est devenu un cliché journalistique, utilisé pour décrire tout changement majeur, quelque soit le sujet : la remise à zéro de la démocratie, la remise à zéro du système de retraite, du marché des hypothèques, de la milice (police), … Mais l’auteur conclue que la remise à zéro est comme la modernisation et l’innovation : le Saint Graal, quelque chose tant attendue, qui n’arrive jamais.

Le 5e mot a été très souvent utilisé sur ce blog : "manifestation non autorisée" - " ??????????????????? ??????". Tout a été sujet à manifestation sans autorisation cette année : colère contre la destruction de bâtiments ou de forêt et la construction de tour ou d’autoroute, contre le passage à tabac de journalistes, contre les violations de la Constitution, contre les emprisonnements injustifiés, … Et toute finissait de la même façon : des policiers embarquent des manifestants dans des camionnettes. Du coup, maintenant, pour éviter l’enfermement (comme Boris Nemtsov ou Ilia Yashin le 31 décembre), certains organisent des manifestations … à une personne " ????????? ?????????????".

Enfin, les 6e et 7e mots sont "blogosphère" - " ??????????" (le seul endroit en Russie qui reflète tous les aspects de la société russe – elle sait se montrer intelligente, spirituelle, créative, comme lors de l’organisation de l’aide à l’extinction des importants incendies de l’été, mais peut se révéler parfois xénophobe, malhonnête et décevante) et "effondrement du système de transport" - " ???????????? ???????" (l’un des sujets n°1 à Moscou ; thème souvent entendu également en cette fin d’année en France).

D’ailleurs, un mot a été très à la mode en France à ce sujet, c’est le mot "naufragé" : naufragé du rail (pour les gens ayant subi les retards de train), des airs (pour ceux qui ont passé leur réveillon de Noël à l’aéroport), de la route (pour ceux bloqués dans leur voiture), ... Une autre expression trop souvent utilisée à mon goût est "prendre en otage" : les grévistes prennent en otage les non-grévistes, Free accusé de prendre en otage ses abonnés pour l’Hadopi, la neige qui prend en otage les automobilistes coincés, même le Dalaï-lama a été accusé de prendre en otage les JO en 2008 par la Chine, ... Non aux clichés journalistiques et aux abus linguistiques !

Source image : V. Bogorad

Lev Kopelev, un homme, un prix

Par Aurialie le 24.11.2010 à 00h21

Connaissez-vous Lev Kopelev ? Jusqu’à aujourd’hui, je n’avais jamais entendu ce nom, c’est la remise d’un prix à son nom au journal Novaya Gazeta qui me l’a fait connaître.

La page française de Wikipédia nous apprend simplement que Lev Kopelev était un écrivain et dissident soviétique né le 9 avril 1912 et mort le 18 juin 1997. C’est plutôt léger. Quelques recherches supplémentaires, notamment sur la version anglaise, nous apprennent que Kopelev a été un ami d’Alexandre Soljenitsyne, qu’ils ont été emprisonnés ensemble et que Kopelev a inspiré le personnage de Roubine dans le Premier cercle.

Diplômé d’allemand à l’Institut des langues étrangères de Moscou en 1935, il est engagé volontaire en 1941 pour servir en Allemagne, notamment en qualité d’interprète. Dégouté par le comportement des troupes soviétiques en Prusse orientale vis-à-vis de la population allemande, il n’hésite pas à faire part de ses critiques. Il est alors arrêté et condamné à 10 ans de Goulag pour avoir fait preuve d’"humanisme bourgeois et de compassion envers l’ennemi".

Relâché en 1954 et réhabilité en 1956, il croit encore dans l’idéal communiste et est même membre du Parti communiste. Il rencontre l’éditeur Alexandre Tvardovski et le convainc de publier le roman Une journée d’Ivan Denissovitch de Soljénitsyne. A partir de 1968, il participe activement au mouvement des droits de l’homme. Cette même année, il est renvoyé de l’Institut de Polygraphie et de l’Institut de l’Histoire de l’Art, dans lesquels il enseignait. Il est également exclu du Parti communiste et de l’Union des Ecrivains pour avoir signé une lettre de protestation contre les persécutions des dissidents, soutenu publiquement Andreï Siniavski et Iouli Daniel, protesté contre l’expulsion de Soljenitsyne de l’Union des Ecrivains et dénoncé l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie. En 1977 il perd le droit d’enseigner et d’être publié. En 1980, alors qu’il effectue un voyage d’étude en Allemagne de l’Ouest, sa citoyenneté lui est retirée. Il reste alors en Allemagne où il est professeur à l’Université de Wuppertal. Il obtient le grade de docteur en philosophie à l’Université de Cologne et obtient de nombreuses récompenses internationales. En 1990, Gorbatchev lui restaure sa citoyenneté soviétique. Lev Kopelev décède en 1997 à Cologne.

Le Forum Lev Kopelev, organisme allemand, rend hommage depuis 1999 à des hommes, projets et organisations qui œuvrent dans l’esprit de l’écrivain et propagent des idées de compréhension mutuelle et de dialogue entre les pays, les peuples, les cultures. En 2001, le premier prix Lev Kopelev a été remis à l’organisation internationale HALO Trust qui lutte pour le retrait des débris de guerre, tels les bombes antipersonnelles. En 2002, c’est l’organisation russe de défense de droits de l’homme Memorial qui l’a obtneu. En 2003, ce sont l’Israélien Uri Avnery et le Palestinien Sari Nusseibeh qui ont reçu conjointement cette distinction pour la fondation du mouvement pour la paix Gush Shalom. En 2004, le lauréat est l’association culturelle polonaise Borussia ; en 2005 la défenseur des droits de l’Homme Zaïnal Gashaeva ; en 2006 le théologue et professeur Hans Küng et en 2009 l’écrivain allemand Siegfried Lenz.

Cette année, le prix a donc été remis au journal Novaya Gazeta, pour "son journalisme indépendant, libre penseur, courageux et inébranlable, qui est le signe distinctif de Novaya Gazeta, comme aucune édition russe".

Images : en haut - Lev Kopelev, Alexandre Soljenitsyne et Dmitri Panine (source - Pmeyer.web) ; en bas - prix Lev Kopelev remis à Novata Gazeta (source - LiveJournal Novaya Gazeta)

La revue de presse (non exhaustive) de Meriem

Par Aurialie le 28.10.2009 à 23h23

Fidèle lectrice et commentatrice de Spoutnitsi, Meriem m’envoie très régulièrement des liens vers des articles sur la Russie. Je les mets souvent sur ma page delicious pour qu’ils apparaissent dans la section Lire ailleurs. Mais hier et aujourd’hui, Meriem m’a envoyé plusieurs liens, dont j’ai eu envie de faire une petite revue de presse, qui, je le précise, est loin d’être exhaustive et représentative des opinions de Meriem.

Fichage - Lu sur Regard sur l’Est "La Russie compte tester le fichage de ses citoyens et immigrés" : Le gouvernement russe étudie activement le programme d’établissement du « gouvernement électronique » ou « e-gouvernement », dont l’un des aspects est l’établissement d’une « carte électronique universelle personnelle » devant remplacer le passeport intérieur, tout en le complétant. Cette carte, qui accumulera les données sur l’état civil, la sécurité sociale, le permis de conduire, les avantages sociaux en tous genres, les diplômes, les données bancaires, etc., est censée simplifier la vie de son utilisateur. (...)

Internet - Lu sur Courrier international "Le Kremlin à la pêche aux blogs" : Inspirées par l’exemple du président Medvedev, qui anime un blog, les autorités russes envisagent d’explorer les innovations de la blogosphère et des réseaux sociaux sur Internet, explique Vedomosti. (...)

Témoignage – Lu sur l’Express "Travailler à Novaïa Gazeta, c’est davantage que du journalisme" : Chroniqueuse judiciaire à Novaïa Gazeta, pour lequel elle couvre le procès de l’ex-oligarque Mikhaïl Khodorovski, qu’elle raconte comme un roman policier, Vera Tchelicheva, 23 ans, décrit l’atmosphère de son journal où, depuis l’année 2000, six collaborateurs ont perdu la vie. Assassinés par des tueurs à gages. (...)

Enquête - Lu sur Courrier international et Kommersant "Piste néonazie dans le meurtre de l’avocat Markelov" : qui a tué l’avocat Stanislav Markelov et la journaliste Anastasia Babourova, du bihebdomadaire d’opposition Novaïa Gazeta, le 19 janvier 2009 au coeur de Moscou ? Mikhaïl Markelov, ancien député et frère de la victime, a mené sa propre enquête. Contrairement aux hypothèses initiales, "ce meurtre n’a rien à voir avec les affaires sur le Caucase dont était chargé mon frère, notamment avec l’affaire Boudanov (...)

Portrait – Lu sur Courrier de Russie "Vitali Ziusko, Moscovite du monde" : Ouvrir les jeunes Russes aux cultures étrangères pour leur apprendre la tolérance et faire bouger la société, un objectif bien ambitieux qui, dans la bouche de Vitali Ziusko, semble pourtant à portée de main. Ou plutôt à portée de clic. Rencontre avec le créateur de KompasGuide, site Internet qui se veut une boussole pour s’orienter dans un Moscou cosmopolite. (...)

Agenda : Lu sur Yahoo news "7ème semaine du cinéma russe à l’Arlequin du 28 octobre au 3 novembre" : Le festival " Regards de Russie ", consacré à la production russe contemporaine, s’installe cette semaine à Paris pour sa septième édition. L’occasion de découvrir un cinéma encore méconnu en Occident, dont la distribution en France reste très limitée. Au-delà des quelques réalisateurs chéris par la critique internationale - Alexandre Sokourov (Le Soleil), Pavel Lounguine (Un nouveau Russe) - on connaît mal le cinéma russe. Cette semaine a pour vocation de faire découvrir le cinéma contemporain au public français à l’Arlequin, anciennement " Cosmos ", salle officielle du cinéma soviétique pendant plus de dix ans. (...) 

Léger - Lu sur le Nouvel Obs et EnglishRussia "Les Russes aiment les belles montres" : Une enquête du quotidien russe Vedomosti révèle que les hauts fonctionnaires de Russie, du maire-adjoint au président, possèdent des montres de luxe, certaines valant des centaines de milliers de dollars. (...)

Et encore merci Meriem pour tous ces liens !

Journaliste, profession à risque ?

Par Aurialie le 22.09.2009 à 00h01

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la Russie est devenue l’un des trois pays "les plus dangereux pour les journalistes" avec 17 assassinats depuis 2000 (et 30 depuis 1992), après l’Irak et l’Algérie. Dans cette vidéo en anglais, Nina Ognianova and Muzaffar Suleymanov parlent de l’impunité de ces meurtres (un dossier très complet est également consultable en ligne).

Le CPJ est en contact avec les responsables du Comité d’enquête auprès du Parquet de Russie et les 2 comités ont décidé de se revoir dans 6 mois pour évoquer les différents problèmes qui les préoccupent : manque de recherches dans les mobiles des meurtres, absence d’interrogatoire des témoins principaux, rares contacts avec les parents des victimes.

Dans l’affaire Afanassiev (rédacteur en chef du site internet d’informations Novy Fokous, ayant accusé les autorités de dissimuler la vérité sur l’accident de la centrale de Saïano Chouchenskaïa du 17 août qui a fait au moins 75 morts), les poursuites pour diffamation ont finalement été classées sans suite. Cependant le journaliste a été passé à tabac par 2 inconnus quelques jours après. Une enquête a été ouverte.

A lire demain

Par Aurialie le 14.04.2009 à 23h07

Demain vous aurez deux bonnes raisons de lire Novaïa Gazeta : Dmitri Mouratov, le rédacteur en chef d’un des seuls journaux indépendants de Russie, a réussi à obtenir la première interview donnée à la presse écrite par Dmitri Medvedev. Ils ont discuté du développement de la société civile, de la lutte contre la corruption ou encore du perfectionnement du système judiciaire.

Natalia Timakova, membre du secrétariat presse de Medvedev, explique que le président a choisi Novaïa Gazeta car il l’avait promis à Dmitri Mouratov et Mikhaïl Gorbatchev, actionnaire du journal, lors d’une rencontre le 29 janvier, tout de suite après l’assassinat de l’avocat Stanislav Markelov et de la journaliste de NG Anastasia Babourova. Suite à cette interview, Medvedev a déclaré vouloir donner plus d’interviews à la presse écrite.

Autre article à l’accroche intéressante : "en un an et trois mois (du 1er janvier 2008 au 14 avril 2009) la Russie a été condamnée à payer 9.170.416 euros cumulés de dommages et intérêts par la Cour européenne des droits de l’Homme, soit 2 fois plus qu’en 2007. Pourquoi devons-nous [les Russes] règler pour les vices des oligarches et des fonctionnaires ?" C’est en effet une bonne question.

MAJ (15/04/2009) : liens des articles cités ci-dessus
Interview de Medvedev
Les amendes de la Cour européenne des droits de l’Homme

Les Allemands aiment les journalistes russes

Après l’attribution par Transparency International, ancienne ONG allemande devenue internationale, du Prix de l’intégrité 2008 au journaliste russe Roman Chleïnov, c’est la fondation allemande Zeit Stiftung qui lui a remis le prix Gerd Bucerius de la presse libre d’Europe de l’Est 2009. Il est récompensé pour ses enquêtes sur la corruption et l’action des autorités, non connue de l’opinion publique.

Le prix a également été attribué à la journaliste moscovite Zoé Svetova, qui écrit sur le thème de l’arbitraire dans les procédures judiciaires et l’inhumanité des organismes d’exécution des peines pour Novykh Izvestii, Ejednevnii journal, Doch, le portail des Droits de l’Homme en Russie, ...

Source : site des droits de l’Homme en Russie

Prix de l'intégrité 2008 à un journaliste russe

Par Aurialie le 13.02.2009 à 23h34

L’organisation non gouvernementale Transparency International a attribué vendredi son Prix de l’intégrité 2008 à deux journalistes, dont le responsable de la cellule investigations du journal russe indépendant Novaya Gazeta, Roman Chleïnov.

Le co-lauréat de ce prix est le Britannique David Leigh, responsable du service investigations du quotidien The Guardian, a précisé l’ONG dans un communiqué publié à Berlin.

"Le haut degré d’intégrité et la poursuite sans relâche de la vérité dont font preuve David Leigh et Roman Chleïnov montrent que mettre des faits en lumière est une arme puissante contre la corruption", a souligné le président du jury, Sion Assidon.

Roman Chleïnov a notamment enquêté sur le trafic de cigarettes, d’une valeur de plusieurs milliards d’euros, entre Kaliningrad et l’Europe, et sur les détournements de fonds d’un ancien ministre de l’Energie nucléaire.

Commentaire : le fait qu’un journaliste britannique ait également été récompensé pourra amoindrir les critiques de ceux qui disent que les ONG internationales désignent toujours la Russie comme un mauvais élève... ou pas !

Source : AFP via le Figaro

Les illusions perdues de la Russie

Par Aurialie le 28.01.2009 à 23h38

Cette semaine, Courrier International fait sa une sur la Russie avec le titre "Nos illusions perdues". Selon leur introduction, "le triomphalisme n’est plus de mise au Kremlin, car depuis l’été dernier, les difficultés s’accumulent. Au lieu de consacrer la puissance de la Russie, la guerre avec la Géorgie puis le conflit gazier avec l’Ukraine n’ont fait que renforcer la méfiance occidentale. Et la violence de la crise économique annonce des remous sociaux d’une ampleur inhabituelle."

Cinq extraits de journaux et magazines russes illustrent ce dossier :

  • un article d’Itogui, que Courrier International a titre "l’Année de tous les dangers" : "Le tandem Medvedev-Poutine résistera-t-il à la crise ? Malgré sa popularité, il devra compter avec le mécontentement d’une population inquiète."
  • un article d’Ogoniok, intitulé "Et maintenant, le retour au bon vieux troc" : "Quand on ne peut plus régler les fournisseurs, verser les salaires ou payer les impôts, on peut toujours échanger des marchandises. Et les Russes ont beaucoup de savoir-faire en la matière."
  • un article de Kommersant-Vlast, titré "Gazprom battu en brèche" : "Réaction inattendue des Européens au conflit russo-ukrainien : ils cherchent désormais à s’approvisionner en Asie centrale. Un mauvais coup pour la stratégie russe."
  • un article de Profil, intitulé "Vive la solidarité" : "Le gouvernement ne peut pas se contenter d’un saupoudrage de mesures économiques. Un véritable contrat social entre l’État et les employeurs doit être conclu."
  • un article de Vzgliad titré "La futilité et le glamour, c’est fini" : "Avant même la crise économique, la guerre russo-géorgienne a fait l’effet d’un électrochoc pour l’élite intellectuelle. Réflexions."

Ce dossier est intéressant puisqu’il donne le point de vue de journaux russes sur la crise et ses conséquences sur la vie quotidienne, politique, sociale en Russie. Si ces mêmes articles avaient été rédigés par des journalistes occidentaux, on les aurait certainement taxé d’anti-russisme primaire...

19 ans sans Sakharov, 8 ans avec un prix en l'honneur des journalistes

Dimanche, pendant que l’opposition russe tentait de manifester, le Centre et Musée Andreï Sakharov organisait une cérémonie en l’honneur du physicien et dissident, décédé il y a 19 ans (le 14/12/1989). Comme chaque année, le prix portant son nom et récompensant "le journalisme comme action" était attribué à cette occasion et ce pour la 8e fois.

La lauréate du prix Sakharov est Tamara Proskouriakova, journaliste à la Volgogradskaïa pravda (journal paraissant dans la région de Volgograd), pour avoir décrit la vérité sur les événements d’une petite ville de la Volga, dans des conditions qui avaient été extrêmement difficiles.

Les années précédentes, les primés ont été :

  • 2001 : Elvira Gorioukhina, Novossibirsk, pour ses reportages sur le Caucase
  • 2002 : Anna Politkovskaia, Moscou, que l’on n’a plus besoin de présenter
  • 2003 : Galina Kovalskaïa, Moscou, à titre posthume
  • 2004 : Mikhaïl Afanassiev, Abakan, pour ses qualités d’investigation et sa grande liberté de ton sur des sujets parfois sensibles, qui lui ont valu cinq poursuites pour diffamation en 2004
  • 2005 : Igor Naïdenov, Moscou, pour son cycle d’articles sur la situation à Beslan un an après la tragédie
  • 2006 : Anna Lebedeva, Rostov-sur-le-Don, collègue d’ Anna Politkovskaia, pour ses enquêtes sur les exactions des Omon, la corruption, la violence dans l’armée ou encore la stigmatisation et l’exclusion des Caucasiens.
  • 2007 : Evgueni Cholokh, Vladivostok pour sa série d’articles sur les côtés obscures de la flotte du Pacifique (tortures, meurtres).

Aujourd’hui, l’ONG Presse Emblème Campagne rapportait que 95 journalistes avaient été tués en un an dans 32 pays. Si le chiffre est en baisse par rapport à l’année dernière (110 tués), la situation s’est aggravée dans certains pays, notamment en Russie (4 tués, contre 1 en 2007) et en Géorgie (5 tués).

Source image : dbking sur flickr

Sept ans avec Anna Politkovskaïa

Il y a bientôt un an, Macha Novikova sortait un film intitulé "Anna, 7 années sur la ligne de front", retraçant les 7 dernières années d’Anna Politkovskaïa.

Ce reportage montre des images de la journaliste assassinée dans les locaux de Novaya Gazeta, journal où elle travaillait, mais aussi et surtout en Tchétchénie où elle a passé beaucoup de temps. Afin de bien comprendre le travail d’Anna Politkovksaïa, son caractère, ses peurs, sa volonté de montrer ce qu’il se passait en Tchétchénie, Macha Novikova interroge trois autres femmes, qui se tenaient à ses côtés pendant les moments difficiles et de grande solitude : Galina Mousalieva, sa collègue, Lidia Iousoupova, avocate à Grozny, et Svetlana Gannouchkina, qui vient en aide aux immigrés des pays de l’ex-Union soviétique.

Point presse

Par Aurialie le 02.10.2008 à 23h23

Alors que Sarkozy veut sauver la presse française, on apprend la réapparition du journal Moskovskii korrespondent, fermé par son riche propriétaire et député à la Douma, Alexandre Lebedev, après l’annonce du supposé prochain mariage de Vladimir Poutine avec la jeune ancienne gymnaste Alina Kabaeva. Bien sûr, officiellement le journal cessait d’être diffusé pour des raisons financières.

Or le journal réapparaît sous le même format, mais avec une équipe rédactionnelle remaniée. Et monsieur Lebedev a bien souligné qu’un tel scandale comme celui d’avril (celui du mariage de Poutine) ne se répèterait pas. Autre anecdote "presse" : le journal de propagande Edinaïa Rossia du parti du même nom (le parti de Vladimir Poutine), tiré à 417.000 exemplaires depuis 2003, va cesser de paraître du fait de son manque d’efficacité et de son côté non moderne.

Libé ne commémore pas la mémoire des morts d'Ossétie

Par Aurialie le 17.09.2008 à 22h46

Selon la tradition chrétienne, 40 jours après la mort de quelqu’un, son âme s’envole et quitte définitivement les siens, la famille et les amis commémorent alors sa mémoire pour qu’il repose en paix. Et dans la guerre osséto-georgo-russe, ce 40e jour était hier, le mardi 16 septembre.

A cette occasion, des commémorations avaient lieu dans toutes les ambassades russes à l’étranger. En France, l’ambassade de la Fédération de Russie avait rédigé un message de condoléances aux parents des morts d’Ossétie du Sud. Le texte, contenant notamment la phrase "En l’hommage des victimes de la tragédie en Ossétie du Sud - Ossètes, Russes, Géorgiens. Nous partageons le deuil des familles", avec une photo de Tskhinvali, devait être publié dans le journal Libération. Si un accord avait été conclu lundi (aux dires de l’ambassadeur), mardi aucune annonce n’était publiée, refusée par le Conseil de rédaction du journal. N’est-ce pas cela la censure ?

Source : Lenta.ru

Fin mortelle pour un site d'opposition ?

Par Aurialie le 31.08.2008 à 18h55

Les ennuis avaient commencé fin mai pour le site internet Ingushetya.ru, menacé de fermeture pour incitation à la haine et à l’hostilité entre les peuples. Le propriétaire du site, Magomed Evloev, se battait depuis pour obtenir l’annulation de la décision du tribunal de Moscou, tout en poursuivant l’activité d’Ingushetya.ru, enregistré aux États-Unis. Mais ce matin, une rencontre fortuite lui a été fatale : alors qu’il rentrait en avion en Ingouchie, il s’est trouvé dans le même appareil que celui du président ingouche, Mourat Ziazikov. Il a alors été entouré des agents de la protection du ministère des affaires intérieures et à son arrivée, emmené de force dans une voiture. C’est là qu’une balle aurait été tirée, le touchant mortellement à la tête. Il est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital.

Le site internet Kavkaz Times affirmait hier que le parlement non reconnu du peuple d’Ingouchie (opposition au président Ziazikov) avait pris la décision de sortir la république ingouche de la Fédération de Russie et souhaitait récolter des signatures pour entériner cette décision. L’annonce de cette sortie pourrait être un motif de la détention d’Evloev. Une centaine de personnes se sont réunies à Nazran, près de ses bureaux, en sa mémoire.

Source photo : Lenta.ru

Les 50 ans d'A. Politkovskaïa

Aujourd’hui, entre 150 et 300 personnes se sont rassemblées place Triumfalnaïa à Moscou en mémoire d’Anna Politkovskaïa, qui aurait eu 50 ans aujourd’hui.

Assassinée le 7 octobre 2006, la journaliste de Novaïa Gazeta avait dénoncé sans relâche les atteintes aux droits de l’Homme en Russie, notamment en Tchétchénie. Le procès de son assassinat doit s’ouvrir début septembre, mais seuls les hommes de main sont dans le box des accusés (des hommes de 2e-3e rang pour Sergueï Sokolov, vice rédacteur en chef de NG), les commanditaires n’ont pas encore été retrouvés (volontairement ?). S. Sokolov rajoute dans son interview à Svobodanews que le déroulement du procès en huis-clos serait un premier signe de l’abandon progressif de l’enquête, mais que celle-ci serait poursuivie de leur côté pour trouver toutes les personnes liées à l’assassinat.

Photo : Novaya Gazeta

Opposante, donc malade ?

Le 31 juillet 2008, Nadira Isaeva, rédactrice en chef du journal d’opposition daguestanais Tchernovik, apprenait qu’elle était poursuivie pour incitation à l’action extrémiste par utilisation des médias (art. 280 du code pénal) et incitation à la haine ou à l’hostilité et dégradation de la dignité humaine (art. 282).

Elle estime que ces poursuites judiciaires n’ont aucun fondement, car aucune référence, ni citation n’ont été apportées par le ministère public pour les étayer. Toutefois, ce dernier met en cause l’article "Terroristes n°1", sorti début juillet et traitant d’une opération spéciale sur Akouchinsky. Les auteurs de l’article mettaient en doute l’opération spéciale, organisée par des agents du ministère de l’intérieur, en affirmant qu’il y a eu de nombreuses victimes innocentes, que la police ne savait pas qui elle bloquait, qui elle tuait, du fait d’informations contradictoires sur les forces en présence.

Aujourd’hui, on apprend que Nadira Isaeva a reçu il y a quelques jours un avis d’expertise psychologique judiciaire. Les autorités judiciaires auraient-elles un doute sur sa lucidité ?

Source : Lenta.ru et Svoboda news

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