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Voyage avec Ivan

Par Aurialie le 06.04.2013 à 00h12

Cet article participe à l’événement inter-blogueurs "Bloguer Russie" organisé par le blog Russie.fr. Vous trouverez ici la présentation de l’événement pour cette première édition : "Mon premier voyage en Russie".

Mon premier voyage en Russie n’a pas été géographique, il a été littéraire. Ma prof de français en 3e avait décidé de nous faire étudier le roman d’Alexandre Soljenitsyne "Une journée d’Ivan Denissovitch".
Aujourd’hui encore, je me dis que c’est une idée étonnante de faire étudier à des élèves de quatorze ans ce roman évoquant les goulags, les difficiles conditions de vie des zeks, le froid, les privations, les mesquineries entre détenus, …. Et c’est pourtant par cette porte que le russe est entré dans ma vie, puisque j’ai décidé de l’apprendre l’année suivante au lycée. Aujourd’hui, je me dis que ce voyage littéraire a façonné la suite de ma "relation" avec la Russie, notamment l’écriture de ce blog, qui, pendant près de 5 ans, a traité des violations des droits de l’Homme, de l’opposition civile, à défaut d’être politique, au pouvoir russe, mais aussi d’environnement, de culture, …

Je regrette de ne pas avoir retrouvé mes cours pour savoir ce que la prof nous avait fait étudier, mais pour écrire cet article, j’ai repris mon livre de l’époque. Ce qui m’a fasciné dans ce voyage, dans le récit de cette journée, ce ne sont pas les sonorités étranges des mots russes (il n’y en a presque pas), ni la découverte de grands espaces (le seul moment où les prisonniers sortent de leur camp c’est pour aller travailler dans un autre secteur, le temps est glacé, pas vraiment un temps à admirer le paysage comme le montre cet extrait "ce matin-là, on se mussait, tête basse, derrière le dos d’en face, chacun rentré dans son pensoir", p.58). Je pense que c’est le caractère de cet homme juste, connaissant bien les règles du camp, Ivan Denissovitch Choukhov, qui a passé une journée "sans seulement un nuage, presque de bonheur", parce qu’il avait, entre autres, "maraudé une kacha, (…), maçonné à cœur joie ; on ne l’avait point paumé avec sa lame de scie pendant la fouille ; il s’était fait du gain avec César ; il s’était acheté du bon tabac ; et au lieu de tombé malade, il s’était chassé le mal" (p.189).

La phrase suivante est également très intéressante, elle est pour moi une autre évocation de l’âme russe : "A présent, après ce recompte, pour la première fois depuis qu’à six heures et demie du matin on a sonné le rassemblement, le zek redevient un homme libre. Passé la grande porte de l’enceinte, passé la petite porte du chemin de ronde, et passé encore l’enclos de la place d’appel, va où tu veux."

Le bonheur dans une journée moins horrible que d’habitude, la liberté dans un camp entouré de deux portes et un enclos, ne serait-ce pas cette philosophie des petits bonheurs qui m’aurait donné envie d’en connaître plus sur la Russie, sa culture, son histoire, sa littérature, sa géographie, son peuple, ...

Sinon, je me rappelle quand même de mon premier vrai voyage en Russie. C’était à Petrozavodsk, en Carélie, chez Nadejda ("espoir", en russe). J’étudiais le russe depuis à peine 2 ans, je n’étais pas vraiment à l’aise pour m’exprimer. Il me reste seulement quelques images de ce court séjour de 15 jours : le lac Onéga, la visite de la maison des mariages, l’architecture différente des rues et immeubles, la flamme du soldat éternel, les soirées, la gentillesse de la famille de Nadia, leur peur (sans fondement) que je ne mange pas suffisamment (j’ai toujours bien mangé en Russie, contrairement à ce que certains pensent sur la gastronomie russe), les délicieux blinis à la confiture, ... Rien que d’y penser, ça me donne envie d’y retourner !

Image : Monument des "Pêcheurs" sur un quai de Petrozavodsk, que je n’ai pas eu la chance de voir (source : Wikipedia)

Un Russe dans le jeu de quilles moldaves

Par Aurialie le 23.09.2011 à 00h36

Depuis 4 mois Edouard Baguirov est enfermé dans une prison moldave pour avoir, soit-disant, organisé des émeutes à Chisinau en avril 2009.

L’écrivain et bloggeur russe ne nie pas avoir relaté sur son blog les manifestations post-électorales en Moldavie, mais réfute avoir été en Moldavie début avril 2009 ("[le 7 avril 2009], j’étais à la maison. Je buvais un whisky, j’étais devant mon ordinateur, je suivais les évènements et racontais activement cela dans Live Journal. Tous mes déplacements Russie-Moldavie sont consignés par la douane, et mon absence en Moldavie pendant ces journées est un fait bien connu du procureur") et encore plus être l’instigateur des évènements. Et pourtant il a été la seule personne arrêtée après ces évènements, pas un seul Moldave, mais seulement lui, un Russe. Les autorités moldaves n’ont d’ailleurs pas admis immédiatement l’avoir arrêté et, un moment, ont également mis en cause la Roumanie d’être à l’origine des émeutes.

Selon Baguirov, ce serait un ordre direct du président moldave, Marian Lupu (PDM-Parti Démocrate de Moldavie), qui l’aurait en conduit en prison, mais il se demande bien pourquoi s’est tombé sur lui. Lors des nombreux interrogatoires, diverses personnes lui auraient dit "le Président est au courant, donne Marc [Tkatchouk] (PC)] et tu rentres à la maison."

Depuis 10 jours, Edouard Baguirov fait une grève de la faim pour essayer d’accélérer sa remise en liberté. Une manifestation (photo) a également été organisée aujourd’hui à Moscou pour demander sa libération. Le ministère des Affaires Étrangères russe a d’ailleurs reconnu il y a une semaine que cette histoire pourrait compliquer les relations entre la Russie et la Moldavie. Le Petit Poucet moldave va-t-il céder face au Géant russe, quitte à reconnaître la falsification (si falsification, il y a bien) ?

A lire : l’interview d’Edouard Baguirov, dont certains extraits ont été traduits ici.

Source photo : Drugoï

Déchets, circulez ! (2)

Par Aurialie le 20.06.2011 à 23h36

Il y a bientôt de 2 mois, le bloggeur Sergueï Dolya regrettait que ses compatriotes ne faisaient pas attention à la propreté des lieux dans lesquels ils se trouvaient en "jetant directement à leur pied leurs ordures" et décidait d’"organiser les bloggeurs de différentes villes de Russie pour nettoyer le territoire de ses ordures, ou au moins attirer l’attention sur ce problème" lors d’une grande journée d’action, prévue le 6 août. Son article a eu pas mal d’écho dans la blogosphère russe, puisqu’en l’espace d’un mois, des bloggeurs d’une cinquantaine de villes russes ont répondu présent : une communauté LiveJournal a été créée (http://blogerprotiv.livejournal.com/), un concours de création d’un logo a été lancée et des actions de nettoyage sont déjà organisées dans certaines villes russes (Krasnoïarsk, Kazan, Oskol, Dedovsk, Iochkar-Ola, ...).

Sergueï Dolya sera demain en direct sur AIF.ru pour parler de sa grande journée de nettoyage du 6 août (il espère au moins 30.000 personnes) et répondre à toutes les questions.

Photo : Résultat de la journée de nettoyage de Krasnoïarsk (source - ilve87.livejournal.com)

Voiles sur l'année 2010

Par Aurialie le 22.03.2011 à 00h12

Revenir sur les grands évènements et les personnes qui ont marqué la Russie en 2010 en les exposant sur des mouchoirs, n’est-ce pas une idée inattendue ? C’est ce que propose, et expose à la galerie ?III, l’artiste Alexandre Lavrov.

J’ai choisi le mouchoir illustrant les terribles incendies de l’été, mais j’aurais pu opter pour la manifestation en faveur de la sauvegarde de la forêt de Khimki, l’attentat à Vladikavkaz, la catastrophe dans la mine de Raspadskaïa ou encore, côté personnalités, pour le journaliste Mikhaïl Beketov ou l’artiste Oleg Mavromatti.

Merci à l’auteur des photos, Alexeï Sotchnev, de nous faire partager cette exposition.

Source photo : Alexeï Sotchnev

La blogosphère russe passée au crible

Par Aurialie le 22.11.2010 à 23h15

Le Centre Berkman pour l’Internet et la Société de l’Université d’Harvard a mené un grand projet de recherches de 2 ans sur le rôle d’Internet dans la société russe et notamment en matière de politique. Il a passé en revue près de 5 millions de blogs russes, identifié les 11.000 plus actifs et ainsi analysé les réseaux de discussions autour de la politique et des affaires publiques. Le rapport final fait 46 pages, je me contenterais donc d’en traduire ici le résumé et les principales conclusions.

Ce rapport nous apprend donc que contrairement à leurs homologues aux États-Unis et ailleurs, les blogueurs russes préfèrent utiliser des plateformes qui combinent les caractéristiques typiques des blogs avec des fonctions de réseautage social (de type Facebook). Et la plateforme la plus utilisée, notamment pour les sujets politiques et sociaux, est, sans surprise, LiveJournal.

Les principales discussions se divisent, sans surprise également, en quatre grands groupes :
- Politique et affaires publiques (y compris les affaires, la finance, les activistes sociaux et les mouvements politiques)
- Culturel (y compris la littérature, le cinéma, la "grande" culture et la culture populaire)
- Régional (blogueurs en Biélorussie, Ukraine, Arménie, Israël, etc.)
- "Instrumental" (blogs payés et blogs pour des incitations externes).

Les blogueurs politiques couvrent un large spectre de comportements, qui vont de ceux qui ont un point de vue indépendant à ceux affiliés à des mouvements politiques qui ne sont pas en ligne, notamment ceux de l’opposition démocratique mais aussi des nationalistes. Les blogueurs pro-gouvernementaux ne sont pas particulièrement nombreux et ne constituent pas un groupe propre, mais participent aux discussions générales sur les affaires publiques en Russie. Cependant, il y a une concentration de blogueurs affiliés à des groupes de jeunes pro-gouvernementaux parmi les blogueurs "instrumentaux".

L’actualité en ligne suivi par les blogueurs russes est plus indépendante, internationale et tournée vers l’opposition que celle des utilisateurs d’Internet en général, et encore plus que celle des non-utilisateurs d’Internet, qui regardent davantage les chaînes de télévision contrôlées par l’Etat fédéral.

Enfin, les vidéos politiques populaires de YouTube se concentrent sur la corruption et les abus de pouvoir par les élites, le gouvernement et la police.

Personnellement, il ne me semble pas avoir appris grand chose sur la blogosphère politique russe, peut être parce que j’ai l’habitude d’en "fréquenter" une partie. Le rapport de 46 pages est certainement plus instructif, je l’ai donc mis en téléchargement.

Source image : Berkman center for Internet and Society

PDF - 7.1 Mo
Public Discourse in the Russian Blogosphere

Pourquoi la Russie ne sera jamais membre de l'Otan

Par Aurialie le 21.11.2010 à 00h14

Le 19 et 20 novembre se tenait un sommet Otan/Russie à Lisbonne. Pour rappel, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord avait pour vocation initiale d’assurer la sécurité de l’Occident au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en prévenant d’éventuels soubresauts d’impérialisme allemand et en luttant contre les ambitions de conquête de l’empire soviétique, militairement organisé dans le cadre du Pacte de Varsovie (merci Wikipedia). Depuis la fin de l’URSS, il est parfois question de l’intégration de la Russie dans l’Otan. Mais un article de Michael Bohm, publié dans The Moscow Times, rappelle les 5 raisons pour lesquelles la Russie ne rentrera jamais dans l’Alliance Atlantique (et que l’ours ne mettra jamais son costume de l’Otan). En voilà une traduction partielle.

1- Les règles de l’Otan
L’Otan exige que ces membres aient un contrôle civil et démocratique de leurs forces armées, que leur budget de la défense soit transparent et que des investigations indépendantes soient menées sur les erreurs et les abus militaires. Mais en Russie, selon le journaliste, "le contrôle civile sur le militaire est un anathème des principes de base de la verticale du pouvoir du Premier ministre, Vladimir Poutine. (…) En Russie, un manque de responsabilité publique et parlementaire permet au ministre de la Défense de masquer l’étendue véritable de ses déficiences, erreurs et retards généreux. En outre, une structure militaire fermée permet également que se perpétue la corruption généralisée à tous les niveaux de l’armée."

2- La Russie a besoin de l’Otan comme un "ennemi", non pas comme un partenaire
L’Otan est perçue par les forces conservatrices et nationalistes, qui dominent l’establishment de la défense et la sécurité, comme une alliance intrinsèquement anti-russe. L’Otan est vu comme un outil de l’agression impérialiste des Etats-Unis et de son expansion militaire, un "Léviathan de fer qui écrase toute l’humanité", comme l’a dit Maxime Chevchenko, journaliste à Pervyi Canal.

3 – La Chine
Si la Russie devenait membre de l’Alliance, cette dernière se trouverait alors à la frontière de la Chine (la Russie a une frontière commune de 4.000 km avec la Chine). Cela romprait l’équilibre de la sécurité mondiale tripolaire entre l’OTAN, la Russie et la Chine, qui pourrait voir l’union des deux premiers comme un moyen de la contenir ou de l’affaiblir. Ce qui n’est clairement pas dans l’intérêt de la Russie ou des États-Unis, qui ont tous deux de profonds liens économiques avec la Chine.

4 – L’Organisation du traité de sécurité collective
L’OTCS est une organisation à vocation politico-militaire regroupant la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. L’adhésion à l’Otan signifierait donc la fin de l’OTSC et comme le dit Vladimir Rogozine : "Nous pouvons traiter nos problèmes de sécurité de façon indépendante. ... Nous n’avons pas besoin de l’OTAN."

5 – Les ambitions mondiales de la Russie
L’adhésion de la Russie à l’Otan signifierait la fin du rêve de la Russie de rétablir son ancien statut de superpuissance. La Russie deviendrait "juste un autre grand pays européen" au même niveau que l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou la France - un "sacrilège" pour les nationalistes, qui se souviennent de l’époque où l’Union soviétique était plus grande et plus puissante que ces trois pays combinés.

Source : The Moscow Times

Du développement de la démocratie

Par Aurialie le 14.09.2010 à 00h41

Lors du Forum mondial de la politique de Iaroslavl, Dmitri Medvedev a fait plusieurs déclarations intéressantes, notamment sur la démocratie. Il a tout d’abord constaté que la démocratie en Russie était "jeune, imparfaite et inexpérimentée" (en effet, elle a à peine 20 ans), mais, "elle existe et elle est aujourd’hui meilleure qu’il y a cinq ans" [sous Vladimir Poutine], et encore "meilleure qu’il y a 12 ans" [sous Boris Eltsine]. Selon lui, cinq principes sont importants pour l’améliorer :

  • l’incarnation juridique des valeurs et idéaux humanistes
  • le soutien au développement technologique de haut niveau (développement de l’innovation, modernisation)
  • l’aptitude de la démocratie à se protéger des atteintes du monde criminel (pour cela un pouvoir judiciaire indépendant est nécessaire, ainsi qu’un système pénitentiaire humain)
  • un haut niveau de culture et d’enseignement (nécessité de discussions publiques sur les problèmes pointues)
  • une impression personnelle de liberté, supposant un refus du paternalisme.

Le programme qu’implique ces principes ne sera pas rempli avant la fin de son mandat, c’est un travail de longue haleine (d’où le dessin de V.Bogorad). La démocratie met du temps à s’installer dans un pays, et comme on peut le voir actuellement ces principes peuvent être rapidement remis en cause, même dans une vieille démocratie...

Source : Vedomosti

Homosexualité en Russie - un sondage peu rassurant

Par Aurialie le 28.08.2010 à 23h21

Fin juillet le centre Levada a mené un sondage auprès de 1600 Russes de 130 villes pour connaître leur opinion sur l’homosexualité, les résultats ne sont pas glorieux, l’homophobie est largement répandue dans l’opinion publique russe. A la question "qu’est pour vous l’homosexualité ?", 38 % des personnes interrogées pensent que c’est "du laisser-aller, une addiction nocive", 36% "une maladie, le résultat d’un traumatisme psychologique " et seulement 15% "une orientation sexuelle, égale en droit à l’orientation traditionnelle" (11% ne se prononcent pas).

La question suivante interrogeait les gens sur la façon de se comporter vis-à-vis des homosexuels. Un quart des répondants estiment qu’il faut agir avec eux, comme avec les autres. Après c’est moins drôle : 24% pensent qu’il faut leur fournir une aide psychologique, 21% les soigner, 18% les isoler de la société et 4% les liquider (9% ne se prononcent pas).

Concernant l’égalité des droits, 45% sont plutôt d’accord pour dire que les homosexuels doivent avoir les mêmes droits que les autres citoyens, 41% ne sont pas d’accord, et 15% ne se prononcent pas. Mais l’égalité des droits ne va pas jusqu’au mariage, puisque 30% sont plutôt contre les unions homosexuelles et 54% carrément contre. Et même l’organisation de gay-pride en Russie n’est pas tolérée par la majeure partie des personnes interrogées : 24% sont plutôt contre et 58% formellement contre.

Enfin, la dernière question portait sur l’adoption d’une loi sur l’interdiction de la discrimination liée à l’orientation sexuelle : 41% des répondants sont plutôt pour une telle loi, 31% sont contre et 26% ne se prononcent pas.

Le centre Levada a déjà posé ces questions en 2005 et la comparaison des résultats indique que le niveau de tolérance vis-à-vis de l’homosexualité a légèrement diminué dans la société russe en 5 ans. Il nous en apprend également un peu plus sur le profil des personnes homophobes dans la société russe : l’homophobie est plus prononcée chez les hommes de plus de 55 ans, avec un niveau d’éducation moyen et des revenus faibles. Les femmes entre 18 et 39 ans, avec un bon niveau éducatif et de bons revenus sont plus tolérantes envers les personnes homosexuelles.

Image : manifestation contre l’homophobie à Tomsk (source : communauté LiveJournal ru_rainbowflash)

Attention aux charmes qui cachent des atrocités

Dans le cadre de l’année officielle France-Russie 2010, Amnesty international France mène une campagne d’informations et d’actions pour sensibiliser le public sur les droits de l’homme en Russie, thème peu abordé dans les différentes manifestations organisées. La vidéo est plutôt bien faite, elle est accompagnée d’une pétition à l’attention de Dmitri Medvedev.

Mais Amnesty s’occupe également du cas de la France en publiant un communiqué invitant "les autorités françaises à faire preuve de sang-froid" : (...) "Qu’il s’agisse de l’évacuation des campements illicites des Roms et des gens du voyage, de l’extension des peines planchers, des peines incompressibles, de la déchéance de la nationalité française, de la responsabilité des parents lorsque des mineurs commettent des infractions ou de la décision d’« engager une guerre contre les trafiquants et les délinquants », AIF s’inquiète des graves conséquences que des décisions et des mesures présentes ou futures pourraient avoir sur les droits humains. (...)" Amnesty doit être sur tous les fronts.

PS : Ceci est officiellement le 1.000e article de Spoutnitsi, yeah !

Etre (démocrate) ou ne pas être

Il y a une semaine, j’avais commencé à traduite un article de David J. Kramer (charcheur au German Marshall Fund) paru sur The Moscow Times intitulé Medvedev is no democrat. En voici les premiers paragraphe : "Ceux qui avaient espéré que le président Dmitri Medvedev apporterait à la Russie un avenir plus démocratique, tourné amicalement vers l’Ouest, ont connu des montagnes russes d’émotions ces derniers temps. Ils ont été enthousiasmés par le discours que Medvedev a donné devant les ambassadeurs de Russie il y a [trois] semaines, dans lequel il a parlé de la nécessité d’une "modernisation des alliances" avec les États-Unis et d’autres pays occidentaux. Une fois de plus, Medvedev a exprimé son soutien à l’État de droit, à la démocratie et aux institutions de la société civile : "Il est dans l’intérêt de la démocratie russe que le plus grand nombre de nations possible suive les normes démocratiques dans leur politique intérieure."

Trois jours plus tard, cependant, les commentaires de Medvedev lors d’une conférence conjointe avec la chancelière allemande Angela Merkel ont été carrément déprimants, lorsqu’il a pris sur soi la responsabilité d’une loi qui ferait dangereusement accroître les pouvoirs du Service fédéral de sécurité.
Ce projet de loi a été soumis par le gouvernement à la Douma d’État après les attentats du métro de Moscou en mars. Entre autres choses, il permettra d’élargir les pouvoirs du FSB qui pourra avertir les citoyens que leurs actions pourraient constituer une violation future de la loi. Combien de fonctionnaires de police peuvent deviner ce que Dieu seul sait, mais l’une des craintes, c’est que le projet de loi soit utilisé pour intimider les opposants au gouvernement qui seront amenés à réfléchir deux fois avant de parler ou d’agir.
 [...]

Les principaux militants des droits humains russes ont averti dans une lettre ouverte récente que cette loi serait le retour dans le pays à la "tyrannie judiciaire, l’intimidation des dissidents et le contrôle par les services de sécurité des activités pacifiques des citoyens." Eux et d’autres opposants au projet de loi avaient espéré que Medvedev opposerait son veto à la législation, mais ses discussions avec Mme Merkel ont tué ces chances. "La loi sur le FSB est un projet de loi interne. Chaque pays a le droit d’améliorer sa législation, notamment celles relatives aux services spéciaux", a déclaré M. Medvedev." […]

La suite de l’article fait ensuite référence à d’autres lois ou projets de loi : l’un interdisant aux personnes déjà condamnées pour des infractions - y compris des infractions au code de la route, tel un excès de vitesse - d’organiser des rassemblements publics et des manifestations ; l’autre donnant aux services de police un plus grand pouvoir pour fermer des sites web et poursuivre les fournisseurs de services Internet ; un 3e accordant plus de pouvoirs aux gouverneurs locaux, notamment celui des renvoyer des maires, ce qui rendrait l’élection directe des maires dénué de sens.

L’auteur souligne ensuite le peu de résultat dans l’enquête sur les meurtres de la militante des droits de l’Homme en Tchétchénie Natalia Estemirova et de l’avocat Sergueï Magnitski ; et termine sur un bilan peu flatteur : "’Plus de moitié de la présidence de Medvedev a passé et la situation politique en Russie reste catastrophique. Le rapport 2009 sur les Droits de l’Homme du Département d’Etat américain donne des informations détaillées sur le nombre élevé d’assassinats parmi les opposants du gouvernement, les journalistes et militants des droits de l’Homme, dont la plupart reste impunie. En outre, la corruption s’aggrave, l’État de droit est pratiquement inexistante, et le Caucase du Nord est un foyer de violations des droits de l’homme et du terrorisme. [...]"

Quelques jours après la parution de cet article, un autre était publié annonçant la démission de la conseillère en Droit de l’Homme du Kremlin, Ella Pamfilova, du fait de l’atmosphère actuelle en Russie. Depuis quelques mois, elle critiquait la politique intérieure de la Russie et notamment l’échec du gouvernement d’engager le dialogue avec la société civile.

Et enfin, ce week-end, le rappeur engagé Noize MC (aka Ivan Alekseev) a été arrêté après un concert à Volgograd et condamné hier à 10 jours d’arrestation administrative pour "hooliganisme", pour avoir offensé verbalement des policiers dans une de ses chansons. Le conflit a commencé quand le batteur du groupe, Pavel Teterin, est descendu dans la foule avec sa casquette pour demander de l’argent à la foule. Ce geste symbolique, traditionnel dans les concerts de Noize Mc, a été pris pour une action réelle de mendicité par les policiers présents.

En réponse, Alekseev a entamé une chanson, qui accuse les officiers de police de violence, corruption et stupidité, devant un cordon de policiers (vidéo). Le refrain est le suivant : " ?????????, ????- ???? ; ?? ???????? – ????- ????, ?? ?????? – ????- ????, ? ???? ??????, ????!". (dont la traduction pourrait être : Citoyen, stop-stop ; Montre tes poches – hop-hop ; Et maintenant tes reins – pan-pan ; Va-t-en et fume la moquette !). Le chanteur aurait également comparé les policiers à "des animaux avec des emblèmes rouges sur leurs têtes’. Lors de la comparution immédiate, il a demandé pardon et a mis son comportement sur le stress causé par la naissance de son fils trois jours avant. Une pétition a été mise en ligne pour demander sa libération immédiate.

Source image : The Moscow Times

PS : Malgré mes nombreuses relectures, il peut rester des fautes, et je m’en excuse par avance.

Ne pas crier aux loups, ... ni aux Russes

Par Aurialie le 16.03.2010 à 23h32

Après quelques jours de pause, petit retour en douceur avec ce dessin de mon illustrateur préféré, Sergueï Elkine, sur cette étonnante affaire de fausse invasion russe en Géorgie, annoncée par la chaîne Imedi, ce week-end. Cet article de l’AFP explique bien cette histoire, qui a porté atteinte à la crédibilité de Saakachvili.

Le mouton sur le dessin explique aux autres : "Et dans le conte le garçon crie ’Les loups ! Les loups !’" Et Saakachvili dit : "Les Russes ! Les Russes !"

Le Transsibérien, comme si vous y étiez

Par Aurialie le 01.03.2010 à 23h24

Si vous avez toujours voulu voyager dans le Transsibérien, sans avoir pu réaliser ce rêve jusqu’à aujourd’hui, j’ai une solution : le voyage virtuel, proposé par Google map et les chemins de fer russes. Ce site propose des heures de vidéo, comme si vous étiez accoudé à la fenêtre du train et le bruit des roues, la station Russkoe radio, de la balalaïka ou la lecture d’un chef d’œuvre de la littérature russe en accompagnement sonore.

Il ne vous reste plus qu’à vous préparer un bon thé chaud (voire une bonne grosse théière) et quelques accompagnements sucrés ou salés, et voilà vous êtes prêt à profiter de ce merveilleux voyage !

Du bonheur

Par Aurialie le 26.02.2010 à 23h53

Le moral des français a beaucoup chuté en février, le médiateur de la République a déclaré cette semaine que les Français étaient "fatigués psychiquement", les médailles aux Jeux Olympiques ne sont pas aussi nombreuses qu’on le voudrait, ... alors je ne sais pas si les Russes sont plus heureux, mais cette photo avec le mot "bonheur" écrit un gros met un peu de baume au cœur, non ?

Source : Photo de Denis Grigorev via le LiveJournal de Marat Guelman

Une photo du Bestof Russia 2009

Par Aurialie le 24.02.2010 à 23h21

Hier c’était la journée des défenseurs de la patrie, considérée comme la fête de l’armée. Cette magnifique photo de Leïla Tourkina illustre à sa façon une de ces facettes : le sort des vétérans, souvent blessés ou malades, vivant avec le souvenir des batailles remportées, des médailles obtenues.

Ce cliché fait partie du projet Bestof Russia, les meilleures photographies de Russie, créé en 2008 par Vinzavod (que j’avais évoqué l’année dernière). Preuve de la qualité de ce concours, le président en personne a inauguré l’exposition 2009. Toutes les photos gagnantes sont visibles ici.

Attention à la grippe des légumes

Par Aurialie le 10.02.2010 à 00h43

Une nouvelle épidémie sévit, et en Russie certaines personnes tentent d’alerter la population avec un site d’informations et un affichage dans les rues : la grippe des légumes. Cette maladie virulente affecte les parties du cerveau responsables de la réflexion et de la prise de décisions indépendantes. Les symptômes de la grippe des légumes sont l’humilité, la passivité et l’indifférence. Dans les formes les plus graves, il y a des signes d’obséquiosité et de lâcheté ouverte. Sous sa forme extrême, on observe une atrophie complète du cerveau, une perte de l’aspect humain et une mutation en légume.

Le virus se répand par la télévision, la publicité et la presse people. Le mécanisme de transmission agit instantanément, infectant tous ceux qui entourent le malade. Les groupes à risque sont les enfants, les adolescents et les conformistes. Le traitement de la grippe des légumes nécessite l’élimination complète des feuilletons, presse people et publicités du régime du malade ; une diète rigoureuse de littérature russe classique et de dessins animés soviétiques. En prévention, il est conseiller de lire des classiques et d’avoir une action civile active.

A l’origine de cette initiative, on trouve les auteurs du site ovoscham.net (signifiant "non aux légumes"), des citoyens qui ne veulent pas être considérés comme des légumes, des personnes sans cerveau, par les autorités de leur pays. Le site a ouvert en novembre 2009 et recense quelques une de leurs actions, principalement sous forme d’affichage (voir par ex. celui de la publicité Google).

NTV a fait un reportage sur ces citoyens ordinaires, qui essaient de se faire entendre et/ou comprendre des autorités : une maman qui souhaite connaître le meurtrier de son fils ; Artiom Loskoutov, jeune artiste arrêté arbitrairement, dont j’ai déjà évoqué le cas ici ; la concierge d’un immeuble opposé au maire de sa ville...

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