Tous les articles sur le mot clé : URSS

Petite chronique sur le barde Galitch

Par Aurialie le 21.10.2008 à 00h37

Il y a quatre heures, je ne connaissais pas Alexandre Galitch, né il y a 90 ans à Ekaterinoslav. Et pourtant deux fois son nom avait résonné à mes oreilles, sauté à mes yeux. Récemment sur cette photo, témoignage d’une manifestation contre l’intrusion russe en territoire géorgien, on peut lire sur la banderole une citation de Galitch : "Citoyens ! La patrie est en danger ! Nos tanks sont en terre étrangère."

Autre moment, autre citation, dans le film Le Nouveau Russe de Pavel Lounguine :
- Tu te souviens du poème de Galitch : "Tu engendreras des loups sur terre. Tu leur apprendras à remuer la queue..." Tu te souviens de la suite ? (...)
- Comment finit le poème ?
- Lequel ?
- Celui avec les loups.
- "Tu engendreras des loups sur la terre. Tu leur apprendras à remuer la queue. Et s’il faut plus tard en payer le prix. Qu’importe : ce sera plus tard." (extrait de  ??? ??? ? ?????, 1969)

De son vrai nom Alexandre Ginzbourg, ce poète, scénariste, auteur est, avec Okoudjava et Vyssotki, un des grands bardes, un représentant de la chanson d’auteur russe. Critique envers le régime soviétique, il est exclu de l’Union des écrivains en 1971 et de l’Union des réalisateurs en 1972. Deux ans plus tard, les autorités l’expulsent d’URSS. Il meurt électrocuté en 1977 à Paris ; des rumeurs mettent en cause le KGB.

Source photo : Club Alexandre Galitch

Nous autres, 1e contre-utopie

Par Aurialie le 20.10.2008 à 00h18

"Délivrer l’humanité ! C’est extraordinaire à quel point les instincts criminels sont vivaces chez l’homme. Je les dis sciemment : criminels La liberté et le crime sont aussi intimement lié que, si vous le voulez, le mouvement d’un avion et sa vitesse. Si la vitesse de l’avion est nulle, il reste immobile, et si la liberté de l’homme est nulle, il ne commet pas de crime. Le seul moyen de délivrer l’homme du crime, c’est de le délivrer de la liberté."

Cette citation est issue du roman de sciences-fiction Nous autres d’Evgueni Zamiatine, écrit en 1920 (p.45). Il dénonce les risques de totalitarisme que la société encourent dans la Russie nouvellement soviétique : l’État décrit dans cette dystopie organise et contrôle de façon mathématique les moindres aspects de l’existence de ses citoyens (travail, sexualité, temps de loisir, ...). Le narrateur D-503 profite de son Heure Personnelle pour écrire des notes sur le fonctionnement de l’Etat unique, dans le but de laisser un témoignage sur la perfection de la vie édifiée par le Bienfaiteur. Mais comme dans toute machine bien huilée, un grain de sable vient perturber la vie du mathématicien : une femme I-330, membre d’un groupe de résistants voulant remettre de la fantaisie, de l’imagination et de l’inconnu dans l’ordonnancement parfait de ce monde.

"Les ennemis du bonheur ne dorment pas. Tenez votre bonheur d’une main ferme. Tout travail cessera demain pour permettre à chaque numéro de subir l’Opération. Ceux qui ne la subiront pas seront envoyés à la Machine du Bienfaiteur (p.82)."

Le pdf du livre est téléchargeable ici.

Solovki, l'ile où est né le goulag

Par Aurialie le 15.10.2008 à 00h20

Le site des Droits de l’Homme en Russie nous rappelle aujourd’hui que l’histoire du camp de travaux forcés de l’archipel Solovetsky a commencé il y a 85 ans, suite à une décret de Lénine le 13 octobre 1923. Avec la transformation de ce monastère en colonie pénitentiaire à mission spéciale, c’est l’histoire même du goulag qui commence.

Les sources d’informations pour en apprendre plus sur le système du goulag et plus particulièrement sur le camp Solovki ne manquent pas. Je conseille tout de même la lecture de ce très riche site canadien solovki.ca et des romans d’Alexandre Soljénitsyne, Varlam Chalamov et Evguenia Ginzbourg.

L'Europe vue de Moscou en 1952

Par Aurialie le 18.09.2008 à 23h12

En 1952, Moscou se représentait ainsi l’Europe. Le changement de perspective est intéressant pour notre habituel point de vue ethno-européo-centré. Avoir une vision actuelle aurait fait un bon parallèle, mais quitte à avoir une image du passé, autant remettre la statut de Dzerjinski sur la place de la Loubianka, pour "sa loyauté, son honnêteté et son professionnalisme."

Source carte : Strange Maps

Passage en Transnistrie

Par Aurialie le 11.09.2008 à 23h39

Après la reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, des journalistes ukrainiens ont souhaité voir sur place comment se déroule la vie en Transnistrie, enclave russe non-reconnue (pour le moment) entre la Moldavie et l’Ukraine.

Après avoir attendu leur accréditation trois heures à la frontière, ils ont pu aller à Tiraspol, la capitale, où l’on a parfois l’impression de "vivre encore au temps de l’URSS" (parade militaire pour la journée de l’indépendance en présence du pope et du président, symbole soviétique avec la faucille et le marteau, ...). Evgueni Bodounov explique dans son article, entrecoupé de photos de Dima Stoïkov, que cette république est dirigée depuis 18 ans par Igor Smirnov, qui ne va jamais à Chisinau, la capitale moldave, de peur d’être arrêté pour révolte ; et par la compagnie Sherif, dont les activités sont très larges : téléphonie, supermarchés, agence publicitaire, télévision, production de biens de consommation courante et industriels, complexe sportif, équipe de foot ...

Les Moldaves considèrent la Transnistrie comme une partie de leur pays et les sécessionnistes comme de victimes de la propagande. Sur la banderole de la dernière photo, on peut lire "notre langue est le roumain".

Trotsky : une vie vouée à la Révolution

Par Aurialie le 23.08.2008 à 00h51

Continuons avec la commémoration des évènements tragiques des 21 août soviétiques : après la répression du Printemps de Prague en 1968 et le putsch de Moscou en 1991, on remonte le temps jusqu’à 1940 et l’assassinat de Trotsky.

La plus émouvante évocation de ses dernières journées est bien sûr celle de sa femme Natalia Sedova, qui l’a vu mourir après l’avoir suivi dans son exil, d’Europe au Mexique. Artisan de la Révolution d’Octobre 1917 (au même titre que Lénine), fondateur de l’Armée rouge et de la IVe Internationale, opposant farouche à Staline et à la bureaucratisation croissante du régime soviétique, historien et théoricien de la Révolution russe, Trotsky a donné sa vie à cette dernière, prenant parfois des décisions brutales et contestables, notamment la répression du soulèvement des marins du Cronstadt en 1921 (certains avaient perdu l’esprit révolutionnaire de 1917).

A la lecture de la biogaphie de Victor Serge, écrite en collaboration avec Natalia Sedova (donc forcèment partisane), Vie et mort de Léon Trotsky, on garde tout de même l’image d’un homme intègre et profondèment intelligent, (me) donnant envie (personnellement) de lire son autobiographie Ma vie.

Source photo : communisme.wordpress.com

21 août 1968 : fin du Printemps de Prague

Par Aurialie le 21.08.2008 à 20h59

Quelques images de l’invasion des armées du Pacte de Varsovie il y a tout juste 40 ans (le 21 août 1968), pour "normaliser" la situation en Tchécoslovaquie où le secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque, Alexander Dub ?ek, avait eu l’impudence d’introduire une dose de libéralisation (liberté de la presse, de circulation et d’expression, décentralisation de l’économie, développement de l’industrie des biens de consommation, ...).

Le quotidien allemand Frankurter Rundschau (repris dans la section Opinion de Courrier International) s’est demandé ce que les jeunes générations ont gardé de cet épisode historique.

"La plupart de ceux qui appartiennent à la véritable première génération mondialisée ne se demandent jamais (et n’ont pas à se demander) en quoi leur vie a quelque chose à voir avec le "printemps de Prague" ou l’agitation de 1968. Ils profitent aujourd’hui de la mondialisation de la musique, de la mode, de la consommation, des moyens de communication et de toutes les libertés qui en découlent. Mais ils ne sont pas pour autant aussi apolitiques ou inconscients que ce que pensent leurs aînés", écrit le journal.

Cette nouvelle génération se retrouve bien sûr face à un contexte qui n’a plus rien à voir avec celui des années 1960, aussi bien sur le plan économique que politique. Mais le journal estime qu’elle ne vit pas pour autant dans un paradis hérité des combats du passé. "La génération mondialisée a grandi en affrontant ses propres périls. Comme la précarité, qui pèse lourdement sur les choix de vie. Comme l’autoritarisme, qui fleurit aussi dans les démocraties et les économies de marché, en menaçant les libertés d’une tout autre façon. Et tant que le capitalisme triomphant se développera, les mouvements de protestation ne disparaîtront pas."

L'hymne soviétique pour les nuls

Par Aurialie le 15.06.2008 à 19h39

Voilà une vidéo plutôt drôle, permettant aux non-russophones de chanter l’hymne soviétique.

Et pour les russophones, les vraies paroles !

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Et pour la traduction c’est ici.

A quand un mémorial pour les victimes de Staline ?

Par Aurialie le 13.06.2008 à 22h11

Quelle famille soviétique n’a pas été touchée de près ou de loin par les répressions staliniennes ? Pour cette raison, des personnalités de la société civile russe, notamment l’ancien président Mikhaïl Gorbatchev, le chanteur Iouri Chevtchouk ou encore l’écrivain Daniil Granine, estiment qu’il est nécessaire d’ériger un mémorial en l’honneur des victimes et pour les générations futures.

Gorbatchev propose de transformer la prison de Bourtyrka en musée : "Comme prison, elle n’est plus satisfaisante, mais comme musée, elle convient parfaitement." Ce haut lieu des répressions staliniennes a vu passer dans ses murs de célèbres prisonniers : l’écrivain Alexandre Soljenitsyne, le poète Vladimir Maïakovski, l’anarchiste ukrainien Nestor Makhno, le pionner de la musique électronique Lev Thermen, l’écrivain Evguénia Guinzbourg, ...

"La prison de Boutyrka est une des variantes. Nous avons besoin d’un grand territoire à Moscou ou à côté. La création d’un espace commémoratif vers le canal" Moscou-Volga" est également possible. C’est le plus grand camp soviétique des années 30 sur le territoire moscovite", a déclaré Roginsky, responsable de l’association Mémorial.

Une lettre ouverte est en ligne, tout signataire est le bienvenu.

Famine 1932/1933 : génocide ?

Par Aurialie le 21.05.2008 à 22h32

Via Courrier International

"La polémique a été résolue au profit de la Russie", estime le quotidien Izvestia. Du moins pour l’instant, et dans le cadre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Ainsi que le rapporte le chef de la délégation russe de l’APCE, Konstantin Kossatchev : "La commission politique n’a pas adopté la proposition de l’Ukraine de considérer la famine des années 1930 comme une tragédie ayant frappé exclusivement le peuple ukrainien. Elle a soutenu celle de la Russie qui suggère de traiter cette question uniquement dans le contexte soviétique." La proposition russe a obtenu trois fois plus de voix que l’ukrainienne.

Les Ukrainiens, les plus durement frappés lors de la famine qui a fait des millions de morts dans le sud de la Russie, en Ukraine, dans l’ensemble de la région du Caucase et au Kazakhstan, estiment que les autorités soviétiques ont délibérément organisé cette famine pour éliminer le peuple ukrainien et veulent que cette tragédie soit officiellement qualifiée de génocide. La position de Moscou est la suivante : si une responsabilité devait être attribuée, elle le serait au régime soviétique [et non à la Russie]. Par ailleurs, les victimes de ce régime accusé d’avoir organisé la grande famine seraient les koulaks en tant que classe et non les seuls paysans ukrainiens (bien qu’ils aient été les plus nombreux représentants de cette classe).

"Une défaite pour Viktor Iouchtchenko", insiste le quotidien. Et ce n’est pas faute d’efforts. Le président ukrainien exhibe ces derniers temps au poignet gauche un bracelet de silicone noir où est inscrit en lettres blanches "Ukrainian genocide 1932-1933", et revient de Londres où il a inauguré, dans une salle du Parlement britannique, une exposition consacrée au 75e anniversaire de ce que les Ukrainiens appellent l’Holodomor [extermination par la faim].

Par ailleurs, le président a annoncé que des monuments à la mémoire de la terrible famine qui a fait plusieurs millions de morts en Ukraine seraient érigés dans tout le pays.

Quelques informations supplémentaires

Cette carte, trouvée sur Wikipedia, montre combien les régions de l’Ukraine ont souffert de la famine, beaucoup plus que ces voisines. Les historiens sont en tout cas partagés sur le statut à accorder à cette famine : volonté délibérée de Staline d’exterminer le peuple ukrainien ou d’anéantir "seulement" la classe paysanne pour accélérer l’industrialisation de l’URSS. A ce jour, une vingtaine de pays reconnaissent le statut de génocide (du peuple ukrainien) à la famine de 1933.

Le désespoir est le suicide du coeur (JP Richter)

Par Aurialie le 14.11.2007 à 20h22

Effrayantes et angoissantes têtes des victimes du communisme, perdues dans un parc moscovite (près du Musée d’art moderne) où reposent différentes statues de leurs bourreaux (Staline et Dzerjinski) et autres monuments de l’ère soviétique.

Source photo : Englishrussia.com

"Eh toi, attends !"

Par Aurialie le 15.09.2007 à 17h25

Retour vers le passé avec ces épisodes du célèbre dessin animé soviétique Nou Pogodi !, une sorte de Tom & Jerry ou Bip-Bip et coyote, avec dans le rôle du méchant un loup très stylé à chemise rose ou marcel blanc, une cigarette à la bouche, et dans le rôle du gentil un petit lapin malin. A la fin de chaque épisode, le pauvre loup qui n’a pas réussi à attraper sa victime, malgré divers plans imaginatifs, crie " ??, ?????? !" ("Eh toi, attends !").

Certains critiques soviétiques voyaient dans ce dessin animé un soutien à cause homosexuelle, le loup offrant parfois des fleurs au lapin pour l’amadouer. Autre analyse : les animations représenteraient la lutte entre la classe ouvrière (le loup) et l’intelligentsia (le lapin), interprétations que le metteur en scène, Alexeï Kotionochkine, juge sans fondement.

La vidéo montrée ici est le premier épisode de la série, diffusé en 1969 sous le titre Ville et plage. EnglishRussia, pour le plaisir de tous, diffuse l’ensemble de la série, qui a pris fin à la mort d’Anatoli Papanov, doubleur du loup. Quatre autres épisodes ont tout de même été sortis grâce à des échantillons de sa voix.

Enfin, une vidéo en bonus pour finir : une chanson de Rammstein sur des images de Nou Pogodi, rien à dire, ça va parfaitement bien !

Une vie consacrée au piano

Par Aurialie le 10.09.2007 à 00h42

La pianisteVéronique Lautard-Chevtchenko, très peu connue en France, est de ces femmes au destin surprenant qui ont décidé de vivre en Union Soviétique par amour. Mais à la fin des années 30, la vie en URSS est dure, la suspicion du Parti omniprésente et son mari Vladimir Chevtchenko est alors arrêté et fusillé (en 1941). Véronique, Véra pour les Russes, est, quant à elle, envoyée dans un camp à Sakhaline puis à Sevuralag. Elle avait fait de sa passion, le piano, sa profession, et continua de pratiquer son art, malgré ses mains déformées par le travail, sur un clavier muet qu’elle avait taillé dans le bois de sa couchette. Pendant treize ans, elle "joue" ainsi du Bach, Beethoven, Debussy, … Son premier jour de liberté à Nijniï Taguil est consacré à la recherche d’un piano, qu’elle trouve à l’école de musique.

En 1965, un article de la Komsomolskaïa Pravda change sa vie : l’académicien Mikhaïl Lavrentiev, fondateur de la branche sibérienne de l’Académie des Sciences d’URSS l’invite à travailler à Akademgorodok, près de Novossibirsk. Dans son petit deux-pièces, où se pressent ses admirateurs, elle joue sans relâche sur un piano à queue. Elle enchaîne les tournées, à Moscou, Leningrad, Odessa, Novossibirsk, Kiev, … Elle refuse de rentrer en France, malgré les nombreuses propositions, pour ne pas "trahir la mémoire des femmes russes qui [l]’ont aidée à survivre à l’enfer de la réclusion." Vera Lautard-Chevtchenko s’éteint en 1981, ne laissant que sept morceaux enregistrés.

En 2006 un concours international de piano portant son nom est organisé de Novossibirsk. Les lauréats de ce concours seront en représentation gratuite les 18 et 19 septembre à 20h30 à la salle Cortot (78 rue Cardinet Paris 17e, programme en pièce jointe), mais aussi à Pau le jeudi 20 septembre (Théâtre St Louis) et à Bordeaux le vendredi 21 septembre (Maison cantonale de La Bastide). La prochaine édition du concours Véra Lautard-Chevtchenko aura lieu a Novossibirsk du 1er au 14 décembre 2008.

Programme des concerts de Paris

Hommage à Ginzbourg

Par Aurialie le 19.07.2007 à 00h48

Il y a cinq ans, Alexandre Ginzbourg, célèbre dissident soviétique, condamné plus fois à de longues peines de camp, s’éteignait à Paris à l’âge de 65 ans.

Sa première condamnation, à deux ans d’emprisonnement, est la conséquence de la création d’un almanach, Sintaxis, distribué en samizdat, alors qu’il a 23 ans. Six ans plus tard, il réuni t l’ensemble des documents liés au procès des auteurs Siniavski et Daniel pour en faire un Livre Blanc. Cet ouvrage est à l’origine d’un nouveau genre de littérature de samizdat : le recueil documentaire sur les processus politiques. Ginzbourg est alors arrêté pour préparation et diffusion de littérature antisoviétique en relation avec des centres étrangers antisoviétiques. Il est condamné à cinq ans d’emprisonnement le 12 janvier 1968. Dix ans plus tard, il est de nouveau arrêté et condamné à huit ans de camp d’un régime spécial accompagné de trois ans d’exil pour participation à la rédaction de documents pour le groupe Helsinki de Moscou, créé en 1976. Cependant, il ne va pas au bout de la peine et connait le même sort que Boukovski : il est échangé avec d’autres prisonniers politiques, contre deux citoyens soviétiques condamnés pour espionnage aux Etats-Unis. Il s’installe alors dans ce pays, puis va en France.

Il devient alors le directeur du centre culturel russe de Montgeron, puis rédacteur en chef du journal Rousskaïa Misl’ (l’Idée russe). C’est dans son appartement parisien qu’il accroche le règlement intérieur d’un baraquement du camp de Perm, qu’il avait dérobé à sa libération en avril 1979, comme souvenir : pour ne pas oublier et lutter contre l’envie de rentrer à Moscou.

Source image : Novaya gazeta

La CIA, amateur de littérature russe

Par Aurialie le 25.02.2007 à 01h59

Au moment où il y a un arrière-goût de Guerre froide dans les relations américano-russes, Ivan Tolstoï, chercheur russe descendant du célèbre auteur des Guerre et Paix, sort un livre au sujet du coup de pouce de la CIA dans l’attribution du prix Nobel de littérature à Pasternak en 1958.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Comité Nobel s’intéressait à l’œuvre de l’auteur de Docteur Jivago, qui avait déjà publié Ma sœur la vie, Correspondances à trois, La seconde naissance, ... Quatre années présent dans la liste des nominés (entre 1946 et 1950), Pasternak n’avait jamais reçu suffisamment de votes. Il transmet alors le manuscrit de Docteur Jivago à un éditeur communiste italien et la CIA pense que c’est le moment de couronner un auteur, considéré comme antisoviétique et persécuté dans son pays. Pasternak, lui, ne pensait pas voir fait un livre qui porterait préjudice à l’URSS.

Toutefois, selon une règle du Comité Nobel, pour qu’un auteur soit primé, il faut que son œuvre soit publiée dans sa version originale, ce qui n’était pas le cas de Docteur Jivago. C’est alors que la CIA est entré en jeu en dérobant lors d’un vol le manuscrit présent dans la valise d’un voyageur, en le recopiant et en le publiant. Les membres du Comité Nobel ayant reçu un exemplaire du manuscrit en russe, Pasternak pouvait recevoir son prix Nobel de littérature "pour ses mérites exceptionnels dans la poésie lyrique contemporaine et dans le domaine de la grande prose russe."

Dans un télégramme, Pasternak se disait "reconnaissant, content, fier, confus", mais quelques jours plus tard, il a dû refuser le prix, sous la pression du Parti et a écrit au Comité : "Du fait de l’importance qu’a reçue dans la société à laquelle j’appartiens la récompense qui m’a été attribuée, je dois y renoncer. Je vous prie de ne pas prendre mon refus bénévole pour offense."

Olga Ivinskaïa, la femme qui l’a inspiré pour le personnage de Lara, a été arrêtée en 1960, à la mort de Pasternak, et condamnée à 8 ans de travaux forcés en Sibérie (mais libérée après quatre années) pour perception de royalties illégaux pour la publication du Docteur Jivago.

Source : Ria Novosti et Timeonline

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