Tous les articles sur le mot clé : violence

Vie et destin des défenseurs de Khimki

Par Aurialie le 16.04.2012 à 20h36

Deux nouvelles, une bonne et une mauvaise, ont concerné aujourd’hui des défenseurs de la forêt de Khimki, qui pour rappel, a commencé à être détruite pour construire une autoroute entre Moscou et Saint Pétersbourg. Commençons par la mauvaise nouvelle, Alekseï Dmitriev a été gravement agressé à la sortie de son appartement ce matin, alors qu’il allait au boulot. Il a donné une interview à Vesti, il pense que cette attaque est due à son activisme écologique, ses parents également. Deux défenseurs de Khimki ont déjà été agressés dans les années passées (comme la rappelle cette photo et les articles relatant l’agression de ce matin) : le journaliste Mikhaïl Beketov et l’activiste écologique Konstantin Fedotov. D’ailleurs, deux autres écologistes ont été agressés également aujourd’hui dans la forêt Tsagovski.

La bonne nouvelle concerne la plus célèbre écologiste de Khimki, et peut être bien de Russie : Evguenia Tchirikova a reçu le prix Goldman pour l’environnement 2012 pour l’Europe, une sorte d’Oscar du combat écologique, créé par Richard Goldman. Comme pour chaque lauréat, elle remporte un prix de 150.000$ pour lui permettre de poursuivre son engagement. Dans une vidéo, elle confirme qu’elle va utiliser cet argent pour ses activités écologistes. Le combat écologique n’est pas prêt de s’arrêter dans la région de Moscou !

Source image : ecmo.ru

Biélorussie - action choc pour décision irrémédiable

Cette photo a été prise à Varsovie, hier, par le journaliste biélorusse Pavel Sheremet : les deux jeunes hommes étendus sur le sol, une cagoule noire sur la tête, une corde autour du cou et une balle dans la cervelle, dénoncent l’exécution de deux condamnés à mort biélorusses, Dmitri Konovalov et Vladislav Kovalev, coupables d’avoir organisé les attentats dans le métro de Minsk le 11 avril 2011 et d’autres attentats, entre 2005 et 2008.

Le problème, c’est que la justice biélorusse n’a jamais pu prouver leur culpabilité et leur responsabilité dans l’organisation de ces attentats, faute de preuve matérielle. Condamnés à mort en novembre 2011, Dmitri Konovalov et Vladislav Kovalev n’auront pas eu le temps d’apporter de nouveaux éléments prouvant leur innocence et pouvant modifier leur peine. La vitesse avec laquelle la sentence a été exécutée est exceptionnelle, selon le politologue Victor Demidov.

L’Union européenne avait annoncé qu’elle renforcerait les sanctions à l’encontre de la Biélorussie si Minsk refusait de libérer les détenus politiques. Mais ce type de menace n’est pas du genre à impressionner un Alexandre Loukachenko, connu pour ses dérives autoritaires et ses déclarations surprenantes, la dernière en date étant "Mieux vaut être dictateur que pédé".

Source photo : Pavel Sheremet

Les Cahiers d'Igort

Par Aurialie le 15.03.2012 à 23h57

Contrairement à ce que je pensais, il y a pas mal de BD qui se déroulent en Russie ou en URSS. Dernières sorties, les BD du dessinateur italien, Igort, qui traitent d’aspects assez sombres de l’histoire russe et soviétique : Les Cahiers Ukrainiens - Mémoires du temps de l’URSS, sortis en juin 2011, mettaient en image les témoignages d’Ukrainiens ayant vécu la famine des années 30, la collectivisation forcée, la catastrophe de Tchernobyl, ... Les Cahiers Russes - La guerre oubliée du Caucase, sortis en début d’année, part de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, pour montrer la violence d’une partie de la Russie actuelle : la brutalité des soldats russes en Tchétchénie, les zatchistkas, les tragédies de Nord-Ost et de Beslan (pour lesquelles Anna Politkovskaïa a essayé de servir de médiateur), les assassinats de Stanislas Markelov et Anastasia Babourova, ...

Les dessins d’Igort sont d’une noirceur impressionnante, il tente de mettre en image les témoignages recueillis par Anna Politkovskaïa, mais aussi par lui-même lors de ses nombreux voyages en Russie, Sibérie et en Ukraine.

Plusieurs médias ont parlé du dernier ouvrage d’Igort : Télérama (média pour lequel l’auteur commente trois planches), FranceTV (qui rappelle que l’organisation Amnesty International s’est associée à cet ouvrage), le Mouv’, RFI, Rue89 ...

Bref, si vous n’avez pas beaucoup de temps pour lire, je vous conseille de lire ces deux BD témoignages, elles valent vraiment le coup.

"On n'oubliera pas, on ne pardonnera pas"

Par Aurialie le 26.02.2012 à 02h05

Cette semaine, à la galerie Marat Guelman, dans le cadre de la noart gallery, Skif Bratok, de son vrai nom Matveï Krylov, a organisé une performance intitulée " ?????????" (Cheptel), pour attirer l’attention sur l’absence de dialogue entre le pouvoir et la société civile et sur l’usage de la violence du premier contre les membres de la seconde. Les deux derniers exemples de cette situation sont l’agression de l’activiste Mikhaïl Choulman et le meurtre d’un autre activiste à Samara, Nikita Colin. Comme le montre la vidéo ci-dessous ou ce reportage photo (lien externe), sa performance a consisté à écrire avec sa tête et de la peinture rouge, comme du sang, le mot "Poutine" sur le sol en béton de la galerie puis à nettoyer le sol.

Quelques jours avant sa performance, voilà ce qu’il écrivait sur son blog : "Quand ils ont agressé un défenseur des droits de l’homme – je me suis tu, en effet, ils sont du genre à avoir ce genre d’ennuis.
Quand ils ont frappé un peintre –je me suis tu . À l’école j’ai eu un trois en dessin.
Quand ils ont tué un natsbol – je me suis tu. Je ne me reconnaissais pas trop dans leurs idéologies, et il me semblait qu’il devait en être ainsi.
Quand ils ont agressé un journaliste – je me suis tu. Enfin, j’ai laissé quelques commentaires furieux sur LiveJournal, car j’écris aussi, un peu comme journaliste.
Quand ils ont agressé un militant de la société civile – je me suis tu. Bien que j’étais un peu tendu. En effet, je suis un citoyen, et à certains égards, même un citoyen actif.
Mais quand on m’a agressé* - le journaliste, le militant des droits de l’homme, l’artiste, les natsbols encore vivants et les activistes de la société civile sont descendus dans la rue pour protester et exiger de trouver les coupables.
J’ai honte de m’être tu.
"
* Je pense que Matveï Krylov fait référence à son emprisonnement de quelques semaines pour avoir jeté une bouteille d’eau sur un procureur.

Dans un autre article, il explique : "Il y a un peu plus d’un an, dans la cour de sa propre maison, Oleg Kachine était agressé. Et avant lui, Mikhaïl Beketov, Marat Guelman, Konstantin Fetisov, Lev Ponomarev. Et étaient tués Iouri Tchervotchkine et Anton Stradymov – et c’est seulement une petite partie du nombre total des victimes de telles attaques. Pendant les 10 dernières années en Russie, de tels moyens ont été utilisés pour résoudre des situations conflictuelles et éliminer les personnes "inutiles". Vladimir Vladimirovitch a partiellement contribué à cela, il a créé ce climat dans le pays. Et il faut se rappeler que sur chacun de nous, au-dessus de chaque tête "problématique" il y a aussi cette épée de Damoclès. Et la personne qui a plus d’argent et de pouvoir qu’un autre, peut toujours résoudre son problème avec lui par ce moyen."

Et enfin voilà ce qu’il écrit après sa performance : "Poutine est pour moi la personnification de notre époque, une époque de violence, où ces méthodes [violentes] sont largement appliquées. Les attaques mentionnées ci-dessus ne font pratiquement jamais l’objet d’enquête et restent donc non résolues. En plus, ce sont souvent des militants des mouvements pro-Kremlin qui agissent ainsi. Pour moi, Poutine est, en premier lieu, non pas un escroc et un voleur, mais un assassin. On l’a mis facilement à la tête du pays. J’ai relativement vite écrit le mot "Poutine" sur le béton. J’ai mis près de deux heures pour laver ces cinq lettres. (...) Et même quand son époque se terminera, son ombre restera sur le pays, comme une tache incarnadine sur le béton du sol de la galerie."

Le titre de cet article était aussi celui qui annonçait cette performance, que l’on peut apprécier, ou pas, que ce soit d’un point de vue artistique ou idéologique.

Images chocs pour clics en série

Par Aurialie le 17.02.2012 à 01h37

Rien ne vaut une vidéo virale pour faire parler d’un sujet qui vous tient à coeur et la vidéo ci-dessous en est un parfait exemple, même si le but n’est certainement pas atteint au final.

Cet extrait de reportage, plus vrai que nature, traite de l’ouverture du procès d’un Vladimir Poutine enfermé dans une cage, tel Mikhaïl Khodorkovski, mais pour un tout autre motif : préparation d’acte terrorisme pour intimider la population et influencer le gouvernement actuel. Cette vidéo est en fait un teaser pour un reportage de 42min, intitulé "L’assassinat de la Russie", sorti en 2002, mais interdit en Russie, et tourné notamment par Alexandre Litvinenko, mort empoisonné au polonium le 23 novembre 2006. On voit d’ailleurs la jaquette du DVD à la seconde 36 du reportage.

Cette vidéo montre une fois de plus la créativité de l’opposition russe, puisque elle a été vue par plus de 3,5 millions d’internautes en l’espace de 3 jours, mais seulement 100.000 personnes ont regardé le reportage de Litvinenko à l’heure ou j’écris ces lignes. Cinquante secondes d’images chocs feront toujours plus de clics qu’un reportage sérieux de 42 minutes.

C'est pas brillant...

Par Aurialie le 13.12.2010 à 23h31

Cette photo de Kalantarov et ce dessin de Sergueï Elkine font référence au même évènement : la manifestation du 11 décembre sur la place du Manège à Moscou, en souvenir d’Egor Sviridov, un supporter du Spartak tué lors d’une bagarre avec des Caucasiens le 6 décembre dernier.

De cérémonie du souvenir (que montrent bien les photos de Dervishv et Kalantarov), l’évènement s’est transformée en manifestation nationaliste (voir les photos de Zyalt), en bagarre de rue avec les policiers (cf les photos de Dervishv), mais aussi en passage à tabac de Caucasiens, qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment (Vedomosti parle même de pogrom et ce n’est pas le seul).

Le sujet ne laisse indifférent ni la blogosphère russe, ni le président Medvedev.

IK-3 de Dimitrovgrad, un endroit où il ne fait pas bon être enfermé

Par Aurialie le 09.12.2010 à 23h58

Le témoignage qui suit fait froid dans le dos : il raconte les tortures affligées aux prisonniers dans le pénitencier 3 de Dimitrovgrad (IK-3) dans la région d’Oulianovsk. Publié sur le site svoboda.etorai.ru ("la liberté, c’est le paradis"), il est accompagné de photos d’un détenu mort sous les coups, qui ne peuvent laisser insensibles (c’est pourquoi, je n’ai choisi qu’une petite photo et celle qui était la moins choquante, l’homme ayant été recousu grossièrement tout le long du dos, sur le crâne, à la gorge...).

"J’ai été emprisonné dans cette prison de mars 2008 à mai 2010 et j’ai été moi-même frappé plus d’une fois par du personnel pénitencier et des "actifs"*, on m’a frappé violemment avec des manches de pelle, principalement dans la zone industriel. Ils frappent pour n’importe quelle raison, parce que tu n’as pas salué le personnel pénitencier, parce que tu n’es pas debout, que tu ne t’es pas levé, parce que tu as fait ceci ou n’as pas fait cela, ils frappent même sans raison ! Ils frappent tellement que pendant des semaines tu ne peux t’asseoir sur une chaise. Te frapper sur le cul, c’est leur méthode préférée d’exécution dans cette prison. Debout face contre le mur, les jambes plus écartées que les épaules, les mains sur le mur, ils te frappent avec des manches de pelle. Ils tapent tant que les jambes flageolent, la partie la plus tendre du corps a cette même couleur bleue, que celle sur les photos du mort [photos illustrant le témoignage]. L’administration, et plus particulièrement les gardiens, frappent les condamnés avec des bouts de bois ou des gants de boxe ; parfois les condamnés, après de tels traitements, passent de mois dans la zone des soins."

Le témoignage d’un autre détenu confirme ce récit : "dans ce camp, comme dans de nombreux lieux de ce type, des choses cauchemardesques ont lieu. Tous les évènements et récits sur le forum en ce moment me sont connus et non pas par des on-dits. Devant purger ma peine au IK-3 de Dimitrovgrad, je confirme tous les récits décrits plus haut. Que dire, bien sûr, toute cette opération a été planifiée par la direction et conduite par l’administration de l’IK-3 par le biais des mains des condamnés faisant partie des "actifs". Les agents du pénitencier y participent principalement dans les cabinets, où ils y ont tous les moyens à leur disposition (bâton, gants, planches, …). Si l’administration donne son feu vert pour un programme entier [de représailles], alors ils frappent partout sans réfléchir, avec les mains, les pieds, des bâtons, sans tenir compte de l’age et de l’état de santé. Et cette méthode, qui vise à supprimer le moindre désir de résistance, est tout à fait efficace. Dans tous les cas, la majorité des personnes rencontrées ne posent aucune question sur un tel régime jusqu’à la fin de leur peine. Et contre ceux qui se sentiraient capables de protester contre ce bordel, un "travail" spécifique est prévu dans la zone de la quarantaine, que je décris après.

Tout d’abord je veux préciser que ce ne sont pas tous les "actifs" qui sont capables de ces actes, qui sont commis par des personnes spécifiques (je ne donnerai pas de noms). Pendant ma peine, avec des nombreux "actifs" (je n’en suis pas un moi-même), j’ai eu des relations plus ou moins de confiance, ils m’ont donné des conseils, ils m’ont fait des confidences. Dans une de ces conversations, j’ai appris que pendant la quarantaine de juin 2010, il s’est passé les horreurs suivantes : les condamnés, faisant preuve de résistance, allaient l’un après l’autre dans la salle de sport de la quarantaine, on les frappait au corps, bandait leur bouche avec du scotch, et on attachait leur main à une barre, où ils pouvaient y passer quelques heures, recevant périodiquement des coups sur le corps. L’administration savait très bien ce qu’il se passait, puisque lors des visites régulières de contrôle des condamnés, les inspecteurs voyaient les absents dans les rangs. Et c’est seulement après l’issue fatale que tout cela s’est arrêté : dans la zone de quarantaine, il y avait après constamment un gardien, pour montrer que l’administration ne savait pas et que maintenant tout allait bien se passer. Tout ce qui s’est passé dans ce camp était parfaitement connu des gardiens ... Se battre contre cela de l’intérieur n’est pas possible..."

Un autre témoignage, celui de Mikhaïl, résume la situation dans l’IK-3 de Dimitrovgrad :
* les condamnées subissent constamment des tortures et des violences
* la direction de la prison donne personnellement les ordres de battre les condamnés, souvent en leur présence, ou frappe personnellement dans les cabinets avec des gants de boxe et des bâtons en résine
* le tabassage commence dès la quarantaine, dans les zones habitables où passent les condamnées, qui perdent totalement la volonté de protester contre ces actes illégaux de l’administration
* l’administration utilise des "actifs" pour faire subir des sévices aux condamnés
* les condamnés ne parlent pas des violences et tortures, car ils ont peur pour leur vie
* les condamnés qui ont essayé de se plaindre des actions de l’administration, sont maintenus en isolation, dans des conditions plus strictes, ...

Le témoignage est précédé de la mention suivante : "l’année prochaine, l’homme qui gère les prisons et les camps, le chef du FSIN (Service fédéral d’application des peines), Alexandre Reimer, prendra peut être la place de Nourgaliev. Ce sont ces personnes qui s’occupent du respect de l’ordre juridique."

* J’espère que j’ai réussi à bien traduire ces témoignages, mais le langage et le vocabulaire utilisés ne m’étaient pas vraiment familiers... Et malgré mes nombreuses relectures, il peut encore y avoir des fautes.

La mort en direct ... ou presque

Par Aurialie le 08.11.2010 à 00h41

Il y a un peu plus d’un mois, j’évoquais le cas de l’artiste Oleg Mavromatti qui n’avait pas pu renouveler son passeport russe au Consulat de la Fédération de Russie de Sofia, où il réside depuis une dizaine d’années avec le statut de refugié politique. En 2000, il était poursuivi par les autorités russes pour incitation à la haine religieuse (art 282 du code pénal) suite à une performance dans laquelle il se crucifiait.

C’est avec un nouveau projet, tout aussi extrême, qu’Oleg Mavromatti fait parler de lui aujourd’hui. Il a décidé d’effectuer une performance en ligne, intitulée " ????/ ?????" (Allier/Ennemi), ayant comme objet un "supplice" public : une sorte de chaise électrique sera connectée à Internet via un ordinateur, un vote en ligne décidera alors si une décharge électrique de 200.000 volts lui sera envoyée pendant 1 seconde ou pas ; il sera physiquement puni par ceux qui veulent sa condamnation. Les décharges pourront aller jusqu’à 600.000 V pendant 2 secondes, toujours en présence d’un médecin et d’un électricien.

Aujourd’hui (le 7 novembre) de 19h à 23h, heure de Sofia, avait lieu la première connexion entre l’artiste et les internautes ; les résultats du vote sont visibles sur cette page. Le projet doit durer encore 6 jours, jusqu’au 14 novembre. Oleg Mavromatti considère la prison comme une menace réelle, du fait de la violence qui y règne. Cette performance est une expression métaphorique de cette menace, qui reste souvent invisible pour les autorités judiciaires, selon lui.

Source image : article 282

Il y a des mots et il y a des actes

Par Aurialie le 07.11.2010 à 00h39

Le 11 août, sur le site de la Jeune Garde de Russie unie, était publié une article intitulé "Les journalistes-traîtres doivent être punis !", dans lequel l’œuvre d’Oleg Kachine, journaliste politique à Kommersant, était décrite comme une "activité de sabotage journalistique semi-clandestine de dépravation des lecteurs et de discrédit des autorités". L’article était illustré d’une photo du journaliste avec la mention "sera puni". Et le journaliste a bien été puni : après avoir été attaqué par 2 inconnus dans la nuit de vendredi à samedi, il souffre d’un grave traumatisme crânien, a des fractures d’un tibia, des mâchoires inférieure et supérieure, des phalanges des mains. Il a dû être amputé d’un doigt et se trouve actuellement dans un coma artificiel. Comme l’a dit le directeur général de Kommersant : "Ils voulaient qu’Oleg ne marche pas, n’écrive pas et ne parle pas."

Aujourd’hui, l’article de la Jeune Garde est toujours en ligne, mais une autre mention apparaît au début de l’article : "La Jeune Garde est extrêmement indignée de l’attaque barbare du journaliste Kachine. Il y a une lutte politique civilisée, et il y a un crime. Il y a des images, et il y a une vie. Nous appelons tout le monde à le comprendre."

Il y a peu de doutes sur le fait que l’activité professionnelle d’Oleg Kachine soit à l’origine de son agression : rien ne lui a été volé, ni son argent, ni son téléphone. Il a beaucoup écrit sur l’opposition, les mouvements extrémistes, les manifestations, notamment celles pour la défense de la forêt de Khimki. D’ailleurs, un activiste écologiste, Konstantin Fetissov, a également été agressé cette semaine, il se trouve aussi dans un état grave et a été plongé dans un coma artificiel.

Le président Medvedev souhaite que les agresseurs soient punis, comme ces quelques Russes manifestant devant le siège de la police de Moscou.

Image : Oleg Kachine (source - Kommersant)

Vidéo - Réfugiés ouzbeks à la frontière kirghize

Par Aurialie le 18.06.2010 à 00h28

Il n’y a pas que la Coupe du Monde de foot en ce moment : les inondations dans la Var, le passage de la retraite à 62 ans, la marée noire en Louisiane, mais surtout les violences interethniques au Kirghizistan, dont on parle très peu en France.

La vidéo ci-dessus montre les très nombreux réfugiés ouzbeks essayant de franchir la frontière entre le Kirghizistan et l’Ouzbékistan.

Le dessin du jour de S. Elkine

Par Aurialie le 25.11.2009 à 23h16

Le dessin quotidien de Sergueï Elkine est aujourd’hui assez sanglant. Cela n’apparaît pas forcément au premier coup d’œil, mais le blanc (du ciel ? du fond ? du vide ?), le bleu des policiers et le rouge du sang versé forment le drapeau russe. Le tout est entouré d’un liseré noir, le message est assez clair.

Mais s’il faut encore des explications, voilà ce que l’on peut lire dans un commentaire :
- ?? ??????? ???? - ?????. ??? ???????. (sur le fond rouge, c’est le peuple, c’est clair)
- ?? ?????, ????? ????, - ???? ????????. (sur le fond bleu, ça doit être les enfants de Charikov)
- ? ?? ?????? ???? ?????? ??? ??? (et sur le fond blanc ? Le pouvoir ?)

L’expression "enfants de Charikov" m’a interpellée car je ne savais pas qui était ce Charikov. C’est un personnage de la nouvelle Cœur de chien de Milkhaïl Boulgakov, un chien devenu humain, après la transplantation de l’hypophyse et des testicules d’un homme par le professeur Préobrajenski. Le chien/homme apprend à parler, se développe, mais avec les défauts de son donneur d’organes. Alcoolique et voleur, Charikov veut dénoncer le professeur et l’envoyer au goulag, mais une nouvelle opération va le faire redevenir un chien. Charikov serait donc la représentation du prolétaire le plus misérable, sans manière, sans moral, ni éducation. Pour la petite histoire, le donneur d’organes alcoolique et misérable, s’appelle Klime Tchougounkine, dont le nom vient du mot "tchougoun" signifiant "fonte de fer", et "fer" en russe se dit notamment "stal’", mot dont est tiré le surnom de Staline... Rien d’étonnant à ce que cette nouvelle écrite en 1925 n’ait pas été publiée à l’époque (elle était jugée contre-révolutionnaire).

Les antifascistes russes perdent encore l'un des leurs

Par Aurialie le 19.11.2009 à 01h14

Ilia Djaparidzé - 28/06/2009
Fedor Filatov – 10/11/2008
Alekseï Krylov - 16/03/2008
Alexandre Rioukhine - 16/04/2006
Timour Katcharav – 13/11/2005
Le sixième nom sur cette liste déjà trop longue est celui de Ivan Khoutorskoi, militant antifasciste tué lundi dernier d’une balle dans la tête dans l’entrée de son immeuble. Il a été assassiné le 16 novembre, journée internationale de la tolérance, ce qui fait preuve d’une certaine ironie.

Son adresse et sa photo, comme celles d’autres antifascistes, étaient publiées sur les sites de mouvements néonazis, tout porte à croire que son assassin est à chercher parmi eux (certains pensent même qu’il s’agit d’un assassinat commandé). Par trois fois, ils avaient déjà attenté à sa vie : coup de batte de baseball, coup de tournevis dans le cou, coups de couteau dans le ventre... par 3 fois il avait survécu. Il était un des leaders des RASH russes (Red and Anarchist Skinheads), une communauté de skinheads antifascistes ayant des opinions politiques de gauche et entretenait de bonnes relations avec les SHARP (Skinheads Against Racial Prejudice ou Skinheads contre les préjugés raciaux), skinheads antifascistes, mais apolitiques, agissant contre toutes discriminations racistes.

A notre époque, nous associons trop souvent les skinheads aux mouvances d’extrême-droite, alors qu’à l’origine ce sont des jeunes apolitiques, écoutant du ska et du reggae, formant une contre-culture assez reconnaissable (par leur coiffure et les tenues vestimentaires). La page wikipedia fait un point assez complet sur l’histoire et l’évolution du phénomène skinhead.

Ce nouvel assassinat risque de mener à une exacerbation des antagonismes entre les antifascistes et les néo-nazis russes, les locaux de Rossia molodaïa ont en tout cas été saccagés, selon eux, par des antifa...

Source photo : Lenta.ru

Africains en Russie

Par Aurialie le 02.09.2009 à 00h01

En complément d’un article paru dans le Monde sur la vie des Africains vivant à Moscou, intitulé "sobrement" "Chaque fois que je me trouve avec des Russes, je me fais insulter. Je déteste être noir", il y a un lien vers cette vidéo de l’agence de presse Enogo.com "Les Africains de Russie".

Le reportage a deux ans, mais reste d’actualité. En septembre 2005, j’ai passé 6 mois à Moscou, à l’Université de l’Amitié entre les Peuples, citée dans le reportage. Et les étudiants gabonais et tchadiens que j’ai rencontrés, évoquaient tous cette peur de se faire frapper, de prendre le métro et de se rendre dans le centre de Moscou la nuit. Une amie a même été témoin d’une descente de skins devant l’Université. Même si cette violence n’est le fait que d’une minorité, le sentiment d’insécurité est palpable. L’article du Monde évoque tout de même une amélioration de la situation depuis 2002, ce qui est plutôt encourageant.

Militante des droits de l'Homme russe : -1

Ceux qui ont vu ou lu les dernières infos savent que Natalia Estemirova, militante des droits de l’homme russe, travaillant pour l’ONG Mémorial et dénonçant les exactions et enlèvements en Tchétchénie, a été elle-même enlevée hier à Grozny et retrouvée assassinée le soir même dans une forêt ingouche. Tous les journaux relatant cet assassinat font un parallèle avec le meurtre d’Anna Politkovskaïa, parallèle d’autant plus évident que Natalia Estemirova avait servi d’interprète à la journaliste lors de certains de ses déplacements dans le Caucase, avait reçu le prix Anna Politkovskaïa en 2007 et avait été nommée pour le prix Sakharov en 2004.

Le président russe Dmitri Medvedev s’est dit indigné, le président tchétchène Ramzan Kadyrov a qualifié le meurtre d’inhumain, promis de superviser personnellement l’enquête et précisé qu’il y aurait une enquête officielle mais aussi non officielle. Selon un article de France 3, il l’avait personnellement démise de ses fonctions de présidente du Conseil civique de Grozny, un organe consultatif, parce qu’elle avait critiqué son ordre de porter le foulard islamique. Oleg Orlov, représentant du Conseil du Centre Mémorial met directement en cause Ramzan Kadyrov dans cet assassinat : "Je sais, je suis sûr de savoir qui est coupable du meurtre de Natacha Estemirova. Nous connaissons tous cette personne. Elle s’appelle Ramzan Kadyrov, c’est le président de la République de Tchétchénie. Ramzan avait déjà menacé Natalia, injurié, considéré comme son ennemi personnel. Nous ne savons pas s’il a donné lui-même l’ordre ou si c’est un de ses proches collaborateurs qui l’a fait pour plaire à son chef." Toujours selon France 3, ses derniers jours, elle avait révélé des informations qui pouvaient être gênantes : "Lundi encore, elle dénonçait la mort dans des circonstances troubles d’une jeune femme de 20 ans, Madina Iounoussova, soupçonnée d’être l’épouse d’un rebelle et dont le corps avait été remis à des proches début juillet avec l’ordre de l’inhumer "sans faire d’histoires". Le 9 juillet, elle rendit publique une autre affaire qui fit grand bruit sur les sites internet et auprès des ONG spécialistes du Caucase russe : l’exécution sommaire d’un homme, devant les jeunes de son village, accusé d’être un rebelle."

Il semble que tous les moyens vont maintenant être mis en œuvre pour retrouver le(s) assassin(s) de Natacha Estemirova. Les auteurs sont-ils des proches de Kadyrov, comme l’avance l’association Mémorial, ou bien pourquoi pas, des personnes voulant montrer que la Tchétchénie n’est pas encore pacifiée, contrairement à ce que prétend le pouvoir russe ? Dans notre monde actuel tout n’est-il pas possible...

En complément : à lire le rapport d’enquête de RSF sur le Caucase russe "Le Rideau de fer médiatique"

Source photo : index.org.ru via Lenta.ru

Arrêtez-moi, je suis un artiste

Par Aurialie le 29.05.2009 à 00h41

Dans différentes villes de Russie sont organisées des actions de soutien et de solidarité avec l’artiste Artiom Loskoutov, arrêté la semaine dernière par le département " ?", le centre de lutte contre l’extrémisme. Manifestation (d’une dizaine de personnes) à Moscou, invitation à dessiner et grève de la faim d’artistes à Saint-Pétersbourg, performance artistique de l’artiste britannique Kimbal Bumstead à Novossibirsk (vidéo).

Pour toutes les personnes présentes à ces différentes actions, une certitude : l’affaire de vente de narcotique et de violation de l’ordre public a été montée de toutes pièces par la police politique pour faire taire l’artiste, et par extension pour faire taire les artistes.

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