Tous les articles sur le mot clé : dissident

Un homme, des combats

Par Aurialie le 08.09.2009 à 01h14

Dans la nuit de samedi à dimanche, en zappant sur France5, je suis tombée par hasard sur un reportage intitulé "Mon mari, Andreï Sakharov", dans lequel Elena Bonner, la veuve du physicien, raconte leur vie, leur exil à Gorki, la surveillance du KGB, leur combat, les grèves de la faim, … le tout agrémenté de petites anecdotes sur leur vie commune. Par exemple, Elena Bronner préfére manger frais, Sakharov chaud, donc quand ils mangeaient de l’ananas, Elena Bronner mettait sa moitié au frigo, l’autre moitié était mise sur le radiateur pour Andreï Sakharov. Mais ce qui m’a le plus impressionné dans ce reportage a été l’intervention du Prix Nobel de la Paix 1975 au Congrès des députés des peuples le 9 juin 1989, la façon dont il a tenu tête à Gorbatchev en continuant son discours alors que son temps était écoulé, son micro coupé (à environ 3min30 sur la vidéo).

Son intervention concernait le (non-)vote du Décret sur le pouvoir. Il aurait voulu que les députés limitent le pouvoir du Président du Soviet suprême de l’URSS, que la concentration des pouvoirs ne soit pas dans les mains d’une seule personne. Il souhaitait également la suppression de l’article 6 de la Constitution de l’URSS ("Le Parti communiste de l’Union soviétique est la force qui dirige et oriente la société soviétique, c’est le noyau de son système politique, des organismes d’État et des organisations sociales. Le PCUS existe pour le peuple et est au service du peuple. Armé de la doctrine marxiste-léniniste, le Parti communiste définit la perspective générale du développement de la société, les orientations de la politique intérieure et étrangère de l’URSS, il dirige la grande œuvre créatrice du peuple soviétique, confère un caractère organisé et scientifiquement fondé à sa lutte pour la victoire du communisme.") Il proposait aussi de diminuer la durée du service militaire, de démobiliser les étudiants qui avaient déjà fait un an de service. Vous pouvez lire une retranscription de son intervention ici.

En faisant des recherches sur cette intervention, j’en ai trouvé une autre, tout autant intéressante, qu’il avait faite quelques jours auparavant, concernant la guerre en Afghanistan. C’est un sujet qui lui tenait à cœur ; il a été la cause de son exil à Gorki en 1979, quand il a dénoncé l’invasion de l’armée soviétique dans ce pays. Vous pouvez lire son intervention ici, dans un livre d’apprentissage de la langue russe pour les anglophones (j’aurais aimé avoir ce type de texte quand j’étudiais le russe au lycée).

Le courage, la force et la conviction qui se dégagent de cet homme, qui meurt 6 mois plus tard, le 14 décembre 1989, m’impressionnent vraiment.

Chemiakine, les vices et les enfants

Par Aurialie le 11.04.2009 à 17h53

La prochaine fois que j’irai à Moscou, je ne manquerai pas d’aller voir de mes yeux ce monument de Mikhaïl Chemiakine "Les enfants victimes des vices des adultes". Cette œuvre de près de 600 mètres, installée en 2001, est composée de deux statuts dorés d’enfants aux yeux bandés entourés de 12 autres statues de bronze représentant des dangers potentiels dans un style surréaliste grotesque (alcoolisme, exploitation, indifférence, drogue, prostitution, sadisme, ignorance, guerre, pseudo-savoir, vol, propagande de la violence, misère), plus une dernière statue pour ceux qui n’ont pas de mémoire.

Pour l’artiste, ce projet a été pensé et réalisé pour appeler à lutter pour la sauvegarde de la génération actuelle et de celles à venir : "En tant que peintre, j’appelle par cette œuvre à regarder en arrière, à entendre et voir ce qui se passe autour. Et il n’est pas trop tard pour former des hommes sensés et honnêtes." Certains détracteurs ont critiqué l’accentuation mis sur les vices, et non sur la défense des enfants, et souligné le côté nuisible du monument sur le psychisme de l’enfant.

Né à Moscou en 1943, Mikhaïl Chemiakine a passé son enfance en Allemagne, avant de revenir en URSS où il a intégré en 1957 le collège spécial de l’académie d’art Répine dépendante de l’Académie des Beaux-Arts de Léningrad. Mais la vie n’a pas été simple pour cet ami du chanteur Vissotski : il est exclu de l’école à cause de ses conceptions artistiques qui ne correspondaient pas aux normes du réalisme socialiste, occupe des emplois précaires (il est ouvrier, s’occupe de la maintenance, est postier), est interné dans un hôpital psychiatrique pour avoir osé présenter à un haut-gradé du Parti communiste ses principes sur le Synthétisme Métaphysique, écrits avec un groupe d’artistes. Les autorités soviétiques l’obligent à quitter l’URSS en 1971. Il s’installe alors en France, puis aux Etats-Unis, où il peut développer son art.

De nombreux monuments ont été installés en Russie depuis la chute de l’URSS : statue de Pierre Le Grand à l’intérieur de la forteresse Pierre et Paul, monument à la mémoire des victimes de répressions politiques (sur le bord de la Neva), monument à la mémoire des architectes, bâtisseurs de Saint Petersbourg, monument à la mémoire du député assassiné M. Manevich.
Si ses projets sont essentiellement liés à la Russie, il vit actuellement en France à Châteauroux, où il travaille à la création d’un monument consacré aux Français qui ont aidé les juifs à échapper aux nazis sous l’occupation.

La vie de Kronid Lioubarski

Par Aurialie le 06.04.2009 à 23h38

Ce soir le musée Andreï Sakharov organisait une soirée en mémoire du dissident Kronid Lioubarski, prisonnier politique et membre actif du mouvement de défense des droits de l’Homme en URSS, né il y a 75 ans, le 4 avril 1934. C’est l’occasion de découvrir le parcours d’un homme, dont le parcours est semblable à celui d’Alexandre Ginzbourg ou Andreï Sakharov, mais qui est bien moins connu que ces derniers.

De formation scientifique, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles d’astrophysique, étudie les conséquences de la météorite de Toungouska (1961), est aspirant à l’institut de physique nucléaire du MGOu (1966), participe au développement et à l’organisation des voyages sur Mars. Mais dés 1953, alors qu’il est étudiant, il est l’un des premiers à organiser l’envoi collectif de lettres de protestation au journal Pravda en cette période post-stalinienne. Ce mode de contestation a été appelé par le mouvement de défense des droits de l’Homme "l’oppositon esthétique". Lioubarski a notamment déclaré : "le système provoque une répugnance si profonde qu’un jour tu ressens l’impossibilité d’exister en lui."

Le 17 janvier 1972, il est arrêté pour l’affaire des "Chroniques des évènements en cours" et condamné à 5 ans de régime sévère pour agitation anticommuniste. Au cours de la perquisition ce sont près de 600 documents, manuscrits et livres (nombreux issus du samizdat) qui sont saisis.
En 1974, alors qu’il est enfermé dans un camp, lui vient l’idée d’organiser la Journée de résistance des prisonniers politiques, qui depuis a lieu chaque année le 30 octobre. A partir de 1991, cette journée devient officiellement la journée de souvenir des victimes des répressions politiques.

Libéré en janvier 1977, il est l’un des successeurs d’Alexandre Ginzbourg, arrêté le 3 février, à la tête du fonds Soljénitsyne d’aide aux prisonniers politiques (avec Malva Landa et Tatiana Xodorovitch). Il entre également à la section soviétique d’Amnesty internationale. De nouvelles actions judiciaires sont alors menées contre lui, d’abord pour parasitisme, puis violation des principes du contrôle judiciaire et enfin pour agitation antisoviétique. Le 14 octobre 1977, sous la pression du pouvoir soviétique, Kronid Lioubarski et sa famille sont obligés de quitter l’URSS, ils sont même destitués de leur citoyenneté soviétique.

Parti vivre en Allemagne, il continue de travailler, en éditant le bulletin d’informations bihebdomadaire "Nouvelles d’URSS" (????? ?? ????), la liste annuelle des prisonniers politiques en URSS et à partir de 1984 le magazine "Pays et paix" (?????? ? ???). En 1990, il retourne pour la première fois à Moscou en tant que membre de la commission internationale enquêtant sur les circonstances de la mort de Raoul Wallenberg. En août 1991, il participe à la défense de la maison Blanche. Le 2 juin 1992, lui et sa famille retrouvent leur citoyenneté russe et en février 1993 ils déménagent définitivement à Moscou. Lioubarski devient le premier vice-rédacteur en chef du magazine Novoe vremia. Pendant les événement d’octobre 1993, il organise la défense du bâtiment de la radio Echo de Moscou ( ??? ??????)

Il occupe ensuite des fonctions assez importantes : il participe à la rédaction de la loi sur la Citoyenneté en tant que membre de la Commission sur la citoyenneté, il a été l’auteur de certains articles de la Constitution de la Fédération de Russie, notamment ceux sur la liberté de déménagement et le choix de son lieu d’habitation et sur la liberté de sortie du territoire russe. En 1994, il quitte la Chambre civile auprès du Président de la Fédération de Russie en signe de protestation contre le début de la guerre en Tchétchénie. A partir de 1993, il est membre du groupe Helsinki Moscou et en devient même le représentant.

Mais le 23 mai 1996, il meurt tragiquement en se noyant lors d’un voyage à Bali. En 1997 il est reçoit à titre posthume le prix russe de la liberté de la presse dans la catégorie Master et au printemps 2000, c’est l’Institut International de la presse à New York qui le nomme héros du journalisme libre indépendant de la deuxième moitié du XX siècle.

Voilà maintenant un homme dont on connaît mieux la vie et le combat.

Source : Droits de l’Homme en Russie
Légende photo : Andreï Sakharov, Kronid Lioubarski et Mikhaïl Makarenko

19 ans sans Sakharov, 8 ans avec un prix en l'honneur des journalistes

Dimanche, pendant que l’opposition russe tentait de manifester, le Centre et Musée Andreï Sakharov organisait une cérémonie en l’honneur du physicien et dissident, décédé il y a 19 ans (le 14/12/1989). Comme chaque année, le prix portant son nom et récompensant "le journalisme comme action" était attribué à cette occasion et ce pour la 8e fois.

La lauréate du prix Sakharov est Tamara Proskouriakova, journaliste à la Volgogradskaïa pravda (journal paraissant dans la région de Volgograd), pour avoir décrit la vérité sur les événements d’une petite ville de la Volga, dans des conditions qui avaient été extrêmement difficiles.

Les années précédentes, les primés ont été :

  • 2001 : Elvira Gorioukhina, Novossibirsk, pour ses reportages sur le Caucase
  • 2002 : Anna Politkovskaia, Moscou, que l’on n’a plus besoin de présenter
  • 2003 : Galina Kovalskaïa, Moscou, à titre posthume
  • 2004 : Mikhaïl Afanassiev, Abakan, pour ses qualités d’investigation et sa grande liberté de ton sur des sujets parfois sensibles, qui lui ont valu cinq poursuites pour diffamation en 2004
  • 2005 : Igor Naïdenov, Moscou, pour son cycle d’articles sur la situation à Beslan un an après la tragédie
  • 2006 : Anna Lebedeva, Rostov-sur-le-Don, collègue d’ Anna Politkovskaia, pour ses enquêtes sur les exactions des Omon, la corruption, la violence dans l’armée ou encore la stigmatisation et l’exclusion des Caucasiens.
  • 2007 : Evgueni Cholokh, Vladivostok pour sa série d’articles sur les côtés obscures de la flotte du Pacifique (tortures, meurtres).

Aujourd’hui, l’ONG Presse Emblème Campagne rapportait que 95 journalistes avaient été tués en un an dans 32 pays. Si le chiffre est en baisse par rapport à l’année dernière (110 tués), la situation s’est aggravée dans certains pays, notamment en Russie (4 tués, contre 1 en 2007) et en Géorgie (5 tués).

Source image : dbking sur flickr

Mandelstam, un poète qui vivait par la poésie

Ossip Mandelstam est un de ces poètes dont les vers n’ont guère été appréciés par les autorités soviétiques. En s’en prenant directement à Staline, cette figure de l’acméiste a joué un jeu dangereux et y a laissé sa vie. L’épigramme suivant lui a ainsi valu d’être arrêté une première fois le 16 mai 1934 et condamné à trois ans d’exil à Tcherdyne "pour composition et diffusion d’œuvres contre-révolutionnaires".

_ ?? ?????, ??? ????? ?? ??? ??????,
_ ???? ???? ?? ?????? ????? ?? ??????,
_ ? ??? ?????? ?? ?????????????,
_ ??? ????????? ???????????? ?????.
_ ??? ??????? ??????, ??? ?????, ?????,
_ ? ?????, ??? ??????? ????, ?????,
_ ????????? ??????? ?????,
_ ? ????? ??? ????????.

_ ? ?????? ???? ????? ????????? ??????,
_ ?? ?????? ???????? ?????????.
_ ??? ???????, ??? ??????, ??? ??????,
_ ?? ???? ???? ??????? ? ?????,
_ ??? ???????, ???? ?? ?????? ???? :

_ ???? ? ???, ???? ? ???, ???? ? ?????, ???? ? ????.
_ ??? ?? ????? ? ???? - ?? ??????
_ ? ??????? ????? ???????.

Traduction française :
Nous vivons, sourds au pays en dessous de nous,
Dix marches plus bas personne n’entend nos paroles,
Mais si nous tentons la moindre conversation
Le montagnard du Kremlin y prend part.

Ces doigts sont comme des vers
et ses mots ont le poids lourd de la vérité
Il rit au travers de son épaisse et broussailleuse moustache
et le cirage brille au sommet de ses bottes

Autour de lui, un tas de chefs minces de cou
Les sous-hommes zélés dont il joue et se joue,
Tel siffle, tel miaule, geint ou ronchonne,
Lui seul frappe du poing, tutoie et tonne,
En forgeant, tels des fers à cheval, ses décrets :

Qui à l’aine, qui au front, qui au sourcil, qui à l’oeil
Chaque tuerie est douce comme la confiture de baies
Pour l’Ossète arrogant à la vaste poitrine.

Après une tentative de suicide et l’intervention de Pasternak, sa sentence est commuée en exil à Voronej. Il y reste jusqu’en mai 1937. Mais un an plus tard, il est de nouveau arrêté et en aout 1938, il est condamné pour activités contre-révolutionnaires à 5 ans de travaux forcés dans un camp près de Vladivostok. Il n’y a pas survécu plus de trois mois à cause des privations, du froid et de la faim, et meurt le 27 décembre 1938. Il est réhabilité en 1956 pour sa condamnation de 1938 et en 1987 pour celle de 1934.

Sa mémoire continue d’être honorée aujourd’hui, notamment avec l’inauguration d’une statue dans un square du centre de Moscou, près d’un appartement communautaire où il avait vécu avec son frère. Deux autres sculptures ont déjà été inaugurées en Russie : la 1e à Vladivostok, la 2e à Voronej, ses deux lieux d’exil.

Sa représentation moscovite, une œuvre de Dmitri Chakhovskoï, Elena Mounts et Alexandre Brodski, a été choisie à l’issue d’un concours organisé par des adeptes de la poésie de Mandelstam l’année dernière. Les architectes ont voulu le montrer à la fois abandonné, ouvert et fort. La statue représente la tête du poète, les yeux levés au ciel, sur 4 blocs de basalte où deux de ses vers sont gravés : "Pour les siècles futurs et pour leur gloire altière/ Pour l’altière tribu des hommes..."

Image : 1-Monument moscovite, source Bunimovich.ru (Evgueni Bounimovitch, député membre du jury ayant choisi le monument moscovite)
2- Photo de Mandelstam prise par le NKVD lors de sa 1e arrestation (source Wikipedia

Petite chronique sur le barde Galitch

Par Aurialie le 21.10.2008 à 00h37

Il y a quatre heures, je ne connaissais pas Alexandre Galitch, né il y a 90 ans à Ekaterinoslav. Et pourtant deux fois son nom avait résonné à mes oreilles, sauté à mes yeux. Récemment sur cette photo, témoignage d’une manifestation contre l’intrusion russe en territoire géorgien, on peut lire sur la banderole une citation de Galitch : "Citoyens ! La patrie est en danger ! Nos tanks sont en terre étrangère."

Autre moment, autre citation, dans le film Le Nouveau Russe de Pavel Lounguine :
- Tu te souviens du poème de Galitch : "Tu engendreras des loups sur terre. Tu leur apprendras à remuer la queue..." Tu te souviens de la suite ? (...)
- Comment finit le poème ?
- Lequel ?
- Celui avec les loups.
- "Tu engendreras des loups sur la terre. Tu leur apprendras à remuer la queue. Et s’il faut plus tard en payer le prix. Qu’importe : ce sera plus tard." (extrait de  ??? ??? ? ?????, 1969)

De son vrai nom Alexandre Ginzbourg, ce poète, scénariste, auteur est, avec Okoudjava et Vyssotki, un des grands bardes, un représentant de la chanson d’auteur russe. Critique envers le régime soviétique, il est exclu de l’Union des écrivains en 1971 et de l’Union des réalisateurs en 1972. Deux ans plus tard, les autorités l’expulsent d’URSS. Il meurt électrocuté en 1977 à Paris ; des rumeurs mettent en cause le KGB.

Source photo : Club Alexandre Galitch

Interview d'Elena Bonner

Le 15 février, Elena Bonner, la veuve du dissident Andreï Sakharov, célébrait ses 85 ans. A cette occasion, Radio Svoboda lui a demandé de parler du rôle des défenseurs des droits de l’homme, des dissidents, des opposants dans la Russie contemporaine. Extraits.

Les défenseurs des droits de l’homme dans la Russie d’aujourd’hui sont-ils des dissidents ?
Le terme de "défenseur des droits de l’homme" est utilisé dans le monde entier, mais le mot "dissident" j’arrêterai de l’utiliser. Leurs missions sont totalement différentes. Je ne suis pas du tout d’accord avec mes collègues qui disent que les défenseurs de droits de l’homme ne doivent pas s’occuper des problèmes politiques. Dans une société démocratique normale, où il y a un mélange des élites politiques, c’est une profession comme une autre, faite justement pour répondre aux problèmes politiques.

D’après vous qu’est-ce qui est le plus important pour un mouvement démocratique en Russie ? Quand il n’y a pas de liberté dans les médias, que le parti au pouvoir domine totalement la vie politique, que les hommes politiques de l’opposition démocratique ne s’entendent pas, que peut-on faire ?
- Il ne peut pas y avoir d’accord, parce que chaque homme politique de l’opposition démocratique, ou parti politique, a son programme, ses propres solutions. Mais ce qui n’a pas été fait (et qui me semble être une grave erreur), c’est l’union sur un seul motif clair : la tenue d’élection honnête. Et donc je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent : "ah jamais je ne serais avec Limonov", "ah, je ne peux pas discuter avec Ziouganov". J’estime que la population en dehors de toute sympathie politique, les membres de parti et autres, doivent résoudre ensemble le problème de transparence des élections et ne pas valider de loi qui annule de fait les élections. Mais pour cela, il faut que tous s’unissent.

D’ailleurs, je vais vous dire comment je considère Limonov. Quand il a fondé son parti, Limonov l’a appelé "national-bolchevique". Mais tout cela c’était de l’esbroufe infantile. C’est un homme capable et adulte et il est le temps pour lui d’arrêter cette esbroufe et de donner un nom normal à son parti. Les jeunes de son parti sont très bien.

Comment jugez-vous l’activité de Garry Kasparov ?
Je viens juste de soutenir sa nomination pour l’obtention d’un prestigieux prix américain. J’aime beaucoup Kasparov. Il aurait davantage besoin du soutien de ce qu’on appelle notre intelligentsia.

Où se trouve notre "intelligentsia" ? Pourquoi la Russie est-elle tellement apathique ? Pourquoi les personnes qui ont conscience de la nécessité de défendre les droits de l’homme représentent jusqu’à présent une si petite majorité ?
Nous étendons tout phénomène dans le temps. Le mot "intelligentsia", comme vous le savez, est apparu au milieu du XIXe siècle, les idéaux de l’intelligentsia se sont épanouis parfaitement au XXe siècle, mais en parler maintenant à notre époque n’est plus d’actualités. Il y a longtemps qu’il n’y a plus d’intelligentsia, à la place, il y a une couche de la population éduquée, professionnelle, compétente. Il y a simplement des gens riches. Il y a des voleurs, il y a beaucoup de voleurs. Ceux que nous nommons aujourd’hui les intellectuels, sont dans toutes ces couches. Chez les voleurs, il y en a aussi beaucoup.

Pourquoi la société russe actuelle n’a-t-elle pas un haut niveau de défense citoyenne, pour au moins freiner ce pouvoir non démocratique ?
Je ne sais pas. Cela m’étonne. L’Ukraine résiste, la Géorgie résiste, seule la Russie ne la fait pas… Je ne sais pas pourquoi. (…)

La Cour de cassation dit "non" à Boukovski

Sans grande surprise, la Cour de Cassation a refusé définitivement l’enregistrement de la candidature de Vladimir Boukovski à l’élection présidentielle russe du 2 mars 2008. L’ancien dissident soviétique a déclaré dans uneinterview à Radio Svoboda que ses avocats réfléchissaient à l’opportunité de porter l’affaire à la Cour européenne des droits de l’Homme de Strasbourg. Il confirme également son soutien au seul candidat de l’opposition démocratique, Mikhaïl Kassianov. Si ce dernier le lui demande (après acceptation de sa candidature), il pourrait s’investir fortement dans sa campagne.

A la question "Comprenez-vous pourquoi la Russie va élire si docilement Poutine ou son successeur ?", il répond que l’on ne peut pas parler réellement d’élections, quand on voit l’absurdité des élections parlementaires de décembre 2007, qui ont rappelé certaines œuvres de Beckett ou Kafka. "Quand les gens sont forcés de photographier leurs bulletins de vote et de les présenter sur leur lieu de travail ou d’études, quand en Ingouchie il s’est révélé que plus de la moitié des gens n’ont pas voté, mais qu’officiellement il y a plus de 98 % de votants, il est clair que l’on a dépassé quelques limites. Comment peut-on parler d‘élections ? Il faut que la société trouve en elle-même les forces de résister au régime dictatorial actuel."

Selon lui, la résistance dans le pays grandit, peut-être plus lentement que les forces de l’opposition le souhaiterait. Mais cela s’explique par les décennies de régime soviétique, qui ont privé les gens d’initiative, et par les répressions assez féroces qui ont fait naître une certaine frayeur.

Vladimir Boukovski oublie aussi l’indifférence d’une société pour laquelle l’augmentation de son pouvoir d’achat et un accès gratuit à l’éducation et aux soins est plus importante qu’une libre expression de ses choix.

Soutenons Boris Stomakhine

Exprimer ses opinions est-il forcément un appel à l’action ? C’est en tout cas ce que pense la justice russe qui a condamné le journaliste, activiste et éditeur radical Boris Stomakhine à cinq ans d’emprisonnement pour "appels publics à une activité extrémiste" et "incitation à la haine nationale" le 20 novembre 2006. Ce sont notamment les déclarations suivantes qui ont choqué les autorités russes :

- "La Russie moderne est l’Empire du Mal et doit donc être détruite",
- "Les Tchétchènes ont un droit moral de faire sauter en Russie tout ce qu’ils veulent, après ce que la Russie et les Russes ont fait d’eux",
- "Que des dizaines des nouveaux snipers tchétchènes prennent place sur les pentes des montagnes et dans les ruines urbaines, et des centaines, des milliers d’agresseurs tomberont sous des balles justes ! Aucune grâce ! Mort aux occupants russes !" 

Boris Stomakhine est un grand défenseur de la cause tchétchène, il considère Chamil Bassaev et Salman Radouïev comme des héros de la résistance tchétchène et donne toute légitimité à leurs activités terroristes, ce qui a tout pour déplaire à l’État russe. La justice a commencé ses poursuites en avril 2004 (perquisition, confiscation, tentative d’internement) et il est finalement arrêté le 21 mars 2006. Ce jour-là, il saute du 4e étage pour échapper aux forces de l’ordre, ce qui lui a causé de nombreuses blessures au dos et à la cheville. Sa famille a d’ailleurs demandé sa libération durant son procès pour qu’il puisse se soigner, ce que les autorités judiciaires ont refusé. Valeria Novodvorskaïa, dissidente politique et porte-parole de l’Union démocratique, a déclaré à ce sujet : "Une grande tragédie est arrivée en Russie. Le destin malchanceux de Stomakhine a marqué une nouvelle époque dans le domaine de la justice, celle où les autorités judiciaires n’ont pas honte de mettre un handicapé dans le box. Ils l’ont apporté sur une civière et l’ont posé dans le box avec une froideur totale, et quelquefois il montait au cinquième étage en béquilles." Elle a ajouté : "D’un point de vue juridique Stomakhine ne pouvait pas être inculpé sous l’article 282 du code pénal de la Fédération de Russie, parce qu’il n’est pas un représentant d’une minorité ethnique qui pourrait être condamnée pour russophobie. Boris Stomakhine est russe. Et donc il aurait incité à la haine ethnique contre lui."

Aujourd’hui Boris Stomakhine est donc emprisonné dans une prison de la région de Nijni Novgorod. Il a le soutien de nombreuses organisations de défense de la liberté d’expression : le fonds de défense de la Glasnost, Article 19, le Comité de défense des journalistes, la section russe de l’organisation mondiale des écrivains, … Vous pouvez lire ses vers sur son site de soutien, qui demande notamment de lui envoyer une lettre, pour la nouvelle année et à tout moment pour le soutenir, à l’adresse suivante : 606935, ????????????? ???., ??????????? ?- ?, ???.?????????, ??-4, ???.13, ????????? ?????? ?????????????.

Le combat de Sakharov doit continuer

Par Aurialie le 13.12.2007 à 00h17

A la veille du 18e anniversaire de la mort du physicien nucléaire soviétique, militant des droits de l’homme et prix Nobel de la paix (1975), Andreï Sakharov, le meilleur hommage qui peut lui être rendu est de relayer l’appel (en français) du directeur du musée portant son nom.

Le manque de moyens ne permet plus au musée Sakharov, haut lieu de la mémoire des persécutions staliniennes et porte-parole des violations des droits de l’homme du régime de Poutine, de fonctionner.

Dans son appel, Youri Samodourov, directeur du musée, souligne le désintérêt de l’Occident pour les problèmes de la Russie ("En 2007 et au cours des années précédentes le Musée et le centre Sakharov ont existé pratiquement grâce aux subventions provenant de fondations étrangères. Mais comme l’intérêt de l’Occident envers les problèmes de Russie diminue, ce soutien se réduit aussi.") Il rappelle également les très nombreuses expositions permanentes et ponctuelles qui sont organisées, nécessitant 8.330.000 roubles ou 230.000€ pour une année de fonctionnement.

C’est pourquoi il demande le soutien de tout ceux qui pensent que le combat d’Andreï Sakharov était essentiel.

La journée d'Alexandre Soljenitsyne

Par Aurialie le 12.12.2007 à 00h10

Le dissident soviétique, Alexandre Soljenitsyne a fêté aujourd’hui (11 décembre) ses 89 ans. Du haut de son grand âge, il a répondu aux questions du journaliste de Vesti.ru, notamment une, particulièrement intéressante : "que pensez-vous de la Russie d’aujourd’hui ? Est-elle loin de ce pour quoi vous vous êtes battu ? Ou bien est-elle proche de ce que vous aviez rêvé ?"
Réponse sans appel : "Est-elle proche de la Russie que j’avais rêvée... Elle est très, très éloignée. Et par sa structure étatique, et par sa constitution sociale, et par son état économique. Mais l’ordre actuel se distingue considérablement de celui qui était précédemment. (...) Malheureusement, il a ses défauts et ses obligations de développement."

-Quelles sont les principales obligations de développement de la Russie ?
-L’essentiel dans la sphère internationale est atteint : le retour de l’influence de la Russie et la place de la Russie dans le monde. Mais sur le plan intérieur, nous sommes éloignés de l’état moral que nous souhaitions, que nous avions besoin organiquement. On ne peut pas passer par-dessus un développement spirituel difficile, que l’on n’accompli pas par des standards étatiques ou parlementaires. C’est un processus spirituel très complexe. [Selon son épouse, ce qui inquiète le plus Alexandre Soljenitsyne est la rupture entre les pauvres et les riches dans un pays où l’État se bat faiblement contre cela.]

Dernière question : "Quel cadeau vous ferait le plus plaisir ?"
-Mon cadeau est en préparation – l’édition du dernier tome de "la Roue rouge", qui aideraient à mieux comprendre la marche vers la Révolution de février.

Le jour même de son anniversaire, une nouvelle édition enrichie de "l’Archipel du Goulag" est déjà sortie en Russie, 16 ans après la précédente. Coïncidence étonnante : l’auteur avait également attendu 16 ans avant de voir son livre publié en URSS. Heureusement son expression française préférée est : tout vient à point à qui sait attendre !

Brejnev is back

Par Aurialie le 30.10.2007 à 00h52

"Les dissidents sont certainement plus connus à l’extérieur que chez nous. Sans parler de subversion, comment peut-on exprimer la moindre idée originale lorsque aucun journal, aucune onde ne vous donneront jamais la parole même si la sincérité de votre marxisme ne peut être mise en doute. Et puis, il y a la suspicion. Nombre de nos petites gens ont la conviction que les dissidents sont manipulés par la police. Après tout, ce ne sont que des intellectuels et des artistes et vous savez combien ces deux termes sont péjoratifs dans la bouche du peuple. De plus, ils fréquentent les étrangers, disposent de devises, vivement gracieusement en calomniant le régime soviétique et sont protégés par des mécènes intouchables. Comment voulez-vous que des gens dont la préoccupation permanente est de gagner la pitance et la vodka quotidiennes puissent imaginer une action politique désintéressée en dehors des efforts qui leur sont demandés pour venir en aide à des pays frères en lutte ?"

Ce passage est un extrait (p.109) du livre témoignage Rue du prolétaire Rouge de Nina et Jean Kéhayan, communistes français ayant passé près de deux ans en URSS. Revenus en France, ils ont voulu montrer la réalité de la vie en Union soviétique, celle niée par le parti communiste français : les pénuries, l’alcoolisme, la propagande dès l’enfance, la corruption, les pertes de temps multiples pour empêcher le citoyen de réfléchir, …

Les propos repris ci-dessus sont ceux d’un peintre, rencontré par le couple à Leningrad. Cette description du dissident peut être reprise à quelque chose près aujourd’hui ; il suffit de remplacer les mots "marxiste" et "soviétique" par des expressions plus actuelles : "poutinisme" et "poutinien" par exemple. Et ce n’est pas sans raison que le manifeste de l’ancien dissident soviétique de l’époque brejnévienne, Vladimir Boukovski, s’appelle "la Russie au crochet des tchékistes" et qu’une se des interviews soit titrée "Et revient Brejnev…".

Source image : biblimonde
A lire également, l’article de Pierre Haski sur la réédition de Rue du prolétaire Rouge sur Rue89.com

Le musée Sakharov menacé de fermeture

Pas un mot à enlever ou à rajouter dans ce très intéressant article de Gonzalo Aragonés, publié dans le journal espagnol La Vanguardia et traduit par Courrier International.

Le musée Sakharov, à Moscou, est un lieu qui ressemble à son fondateur : libre. Mais "les jours du musée sont comptés" s’il ne trouve pas rapidement de nouveaux financements.

Un panneau présente des photos et des documents sur la répression stalinienne, le Goulag, en face de souvenirs des dissidents soviétiques. Une autre salle confronte la conquête de l’espace et la propagande avec la société civile de l’époque. Une partie de la salle des expositions du musée Sakharov est consacrée à l’époque moderne. En ce moment, on peut y voir des affiches et des caricatures du président de la Russie, Vladimir Poutine. Sur le mur opposé, plusieurs tableaux évoquent la journaliste d’investigation Anna Politkovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006 par un tueur à gages. "Nous sommes le seul musée de Moscou à organiser des expositions de ce genre, à la fois critiques vis-à-vis du pouvoir et favorables aux droits de l’homme", explique le directeur, Iouri Samodourov. "Mais nos jours sont comptés."

Le musée Sakharov lutte tous les jours pour survivre. Ses actuels bienfaiteurs ont commencé à réduire leurs aides l’année dernière. Les 24 salariés de l’institution (dont la moitié travaillent à temps partiel) sont renouvelés d’un mois sur l’autre. Le budget 2007 s’élève à 250 000 dollars, "bien en dessous des 400 000 dollars nécessaires au fonctionnement du musée".

Ce lieu entend perpétuer la mémoire de celui qui est peut-être le plus célèbre des dissidents soviétiques, le physicien nucléaire et Prix Nobel de la paix Andreï Sakharov (1921-1989). Sa veuve, Elena Bonner, a fondé en 1994 les Archives Sakharov. Celles-ci et le musée, ouvert en 1996, sont hébergés dans le bâtiment où a vécu le couple avant d’être assigné à résidence dans la ville de Gorki (aujourd’hui redevenue Nijni-Novgorod) pour avoir critiqué, en 1979, l’invasion de l’Afghanistan par l’armée soviétique et appelé au boycott des Jeux olympiques de 1980 organisés à Moscou. La mairie de Moscou a cédé le bâtiment au musée pour vingt-cinq ans. C’est la seule aide que le centre reçoive des autorités russes.

Les donations et apports privés provenant de Russie sont très faibles. "Les gens ont peur", affirme Samodourov en nous conduisant en dehors du bâtiment. Sur deux fenêtres, à l’extérieur, on voit clairement les impacts de plusieurs balles. "Nous avons découvert ces impacts peu de temps après avoir inauguré l’exposition sur les affiches de Poutine." En 2003, l’une des expositions du musée a déclenché un tollé. "Attention : religion !" a suscité des protestations de la frange la plus radicale de l’Eglise orthodoxe : Samodourov et un autre salarié ont dû payer une amende. Des groupes radicaux ont manifesté devant les portes du musée en mars dernier pour exiger la fermeture de l’institution.

Par le passé, des organismes comme la Fondation Soros, la Fondation Jackson ou la Fondation Russie ouverte (créée par l’ancien patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, aujourd’hui emprisonné) ont apporté des fonds au musée. Même Boris Berezovski, l’oligarque qui a aidé Poutine à arriver au pouvoir et qui vit aujourd’hui en exil volontaire à Londres, ennemi déclaré du Kremlin, a fait un don de 3 millions de dollars en 2000 au musée, lors de la dernière crise qu’a connue cette institution.

Joyeux anniversaire M. Chakleïne

En ce 22 août, l’association de défense des droits l’homme russe fête les 70 ans d’un des ses ferveurs défenseurs : Vladimir Chakleïne. Dès 1967, il co-fonde, avec Valéry Balakirev l’organisation Société Civilisatrice, dont le but est diffuser la littérature interdite en URSS, telle que les ouvrages de Sakharov ou Martchenko. Il est arrêté une première fois en 1972 et enfermé plus d’un an dans la prison Lefortovo (KGB). Filatures et menaces du KGB sont ensuite son lot quotidien pendant plusieurs années, il a même vécu en résidence forcé en Estonie. En 1986, il revient à Sverdlovsk (actuellement Ekaterinbourg), où il a une part active dans la création d’organisations et mouvements démocratiques dans l’Oural, comme le Front civil d’Oural, Mémorial, Russie démocratique, … et est finalement élu député du soviet de la ville d’Ekaterinbourg.

Il est actuellement président du Conseil de coordinateurs du centre interrégional des droits de l’homme, membre de l’association internationale des droits de l’homme et coordinateur du Mouvement public de tous les Russes pour les droits de l’Homme pour la région de Sverdlovsk. Il a activement défendu l’avocat et prisonnier politique Mikhaïl Trepachkine, condamné arbitrairement à quatre ans d’emprisonnement le 15 avril 2005. V. Chakleïne a même été arrêté en mars 2006 pour “vérification d’informations” lors d’un rassemblement de soutien devant la Cour de Sverdlosk à Ekaterinbourg et condamné à une amende de mille roubles (environ 30 euros).

En 2005, V. Chakleïne a été en Ingouchie et en Tchétchénie pour faire un point sur la situation des conditions de vie et des droits des réfugiés. Sans compter les problèmes de logement, nombreux se sont plaints d’avoir été exclus des listes des destinataires de l’aide humanitaire et de l’impossibilité d’obtenir des compensations pour la destruction de leurs maisons.

Devant la grandeur d’âme de cet homme, l’association de défense des droits l’homme russe ne pouvait que lui souhaiter "d’être aussi énergique et compatissant envers le malheur d’autrui", ainsi que d’avoir "de nouvelles forces et une bonne santé".

Source photo : ispras.ru

Psychiatrie politique

Dernièrement, les journaux français se sont fait écho de l’enfermement en hôpital psychiatrique de la militante, Larissa Arap, membre du mouvement d’opposition Front civique unifié. Pour avoir dénoncé les sévices infligés aux patients d’hôpitaux psychiatriques (électrochocs, viols, privation de nourriture, coups, ...), L. Arap s’est elle-même retrouvée enfermée contre son gré depuis le 5 juillet, alors qu’elle passait des examens pour renouveler son permis de conduire. Seule bonne nouvelle : une éventuelle sortie est prévue dans deux semaines, selon le médecin principal de l’hôpital psychiatrique.

Autre opposant au régime, autre enfermement :Nikolaï Balouev, membre du Parti national bolchevique, accusé de détention d’arme et de préparation d’attentat, doit rester dans un hôpital psychiatrique spécialisé de Novossibirsk jusqu’à guérison de son état considéré comme "malade", suite à une décision du tribunal local de Novossibirsk. Cependant les conclusions de la première expertise psychiatrique étaient tout autre : les experts de l’hôpital spécialisé ?3 de Novossibirsk ont conclu que Balouev était responsable de ses actes au moment de leur accomplissement, mais qu’une maladie mentale sous forme de "psychose réactive" s’était développée pendant sa garde à vue. L’accusation a alors demandé une contre-expertise, qui a été mené par l’Institut de psychiatrique sociale et juridique de Moscou. Les experts ont reconnu Balouev irresponsable, ce qui a permis au Tribunal de Novossibirsk, qui a également déclaré infondées les conclusions de la défense sur une fabrication de toute cette affaire, d’envoyer l’accusé en hôpital psychiatrique.

Pourquoi envoyer un jeune opposant en hôpital psychiatrique plutôt qu’en prison ? Pour les mêmes raisons qu’au temps de l’Union soviétique : isoler les prisonniers politiques du reste de la société, discréditer leur idées, les briser physiquement et mentalement. Et l’Institut de psychiatrique social et juridique de Moscou portant le nom du psychiatre russe Vladimir Serbsky a toujours été un instrument du pouvoir et de répression. Dans les années soviétiques, on compte parmi ses victimes le général Petro Grigorenko, le mathématicien Alexandre Essenin-Volpin, le poète Viktor Nekipelov et l’écrivain géorgien Zviad Gamsakhurdia, tous devenus des dissidents qui ont lutté contre les abus des autorités soviétiques.

La directrice de l’Institut a affirmé que la psychiatrie russe aujourd’hui n’était plus utilisée de façon abusive. Ce que réfute Iouri Savenko, président de l’association psychiatrique indépendante de Russie, en expliquant que de tout temps (soviétique et actuel), des institutions étaient spécialement conçues pour servir les intérêts de l’État. Il cite notamment l’affaire Boudanov, cet officier russe accusé d’avoir étranglé une jeune Tchétchène en mars 2000. L’Institut Serbsky avait déclaré Boudanov dément, donc irresponsable, au moment du meurtre. Des contre-enquêtes avaient été menées, notamment par l’Association, arrivant à des conclusions contraires. L’Institut, au lieu de faire valoir des arguments psychiatriques, avait alors déclaré que les experts de l’association avaient été payés. Le colonel Boudanov, après avoir été jugé irresponsable de son acte une première fois, a finalement été condamné à 10 ans d’emprisonnement en juillet 2003, remettant en cause la pertinence et la véracité des conclusions de l’Institut Serbskiy.

Il y a deux jours un responsable de l’Institut a déclaré dans le Daily Telegraph que le candidat à l’élection présidentielle russe de 2008, Vladimir Boukovski, était "sans aucun doute psychotique". "Après son arrestation, il a écrit des centaines de lettres de plaintes. Tout le monde ne fait pas ça. C’est une autre symptôme de sa condition", a-t-il poursuivi. Après avoir déclaré que Boukovski n’avait pas la nationalité russe, qu’il n’avait pas vécu 10 ans en Russie, que sa double nationalité russo-britannique l’empêchait de se présenter, les adversaires du dissident soviétique évoquent la maladie mentale comme raison à la non validation de sa candidature... Pourquoi le pouvoir russe a-t-il si peur de Vladimir Boukovski et des accusations de quelques éléments de la société civile ?

Photo1 : Instants de Folie de Julian Renard
Photo2 : Institut Serbsky sur Rol.ru
Photo3 : Nature Morte 2 de Antje Poppinga

Russie01
Russie07
Russie29
Russie19
Russie03
Russie02
Russie32
Russie11
Russie40
Russie34
Russie13
Russie08