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Dmitri Medvedev à l'épreuve de l'affaire Ioukos (Courrier International)

Par Aurialie le 04.03.2009 à 00h32

Merci à Courrier international pour cette traduction d’un article de Natalia Guévorkian sur le second procès de Khodorkovski (paru dans Gazeta.ru).

Le second procès Ioukos s’est ouvert le 3 mars à Moscou. Il offre au nouveau président russe l’occasion de rompre avec l’époque de son prédécesseur. Cependant, rien ne permet de dire s’il est prêt à oublier les méthodes de Vladimir Poutine.

Le second procès Ioukos est le premier procès Ioukos de l’ère Medvedev. C’est aussi une preuve flagrante que cette ère n’a toujours pas débuté, et que nous sommes encore dans l’ère Poutine. Quoi qu’il en soit, si les choses se déroulent comme la première fois, c’est bien le jeune président qui sera éclaboussé par cette affaire. Et il promet d’être intéressant, ce second procès. Tout d’abord, il se déroule à Moscou, au tribunal de Khamovniki [nom d’un quartier de la capitale], ce qui signifie que la presse n’aura pas à aller au bout du monde pour en rendre compte [certaines audiences judiciaires avaient eu lieu en Sibérie orientale].

Pour l’accusation, manifestement, la solution idéale serait que le procès se tienne sans témoins, sans avocats et sans couverture médiatique. Il serait alors plus simple d’accuser l’ancien PDG de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, et son ex-associé, Platon Lebedev, d’avoir, entre 1998 et 2003, fait disparaître 350 millions de tonnes de pétrole. Selon les chiffres officiels, Ioukos et ses trois filiales auraient extrait en tout 347 millions de tonnes d’or noir durant cette fameuse période. Cela voudrait dire qu’ils auraient détourné l’ensemble de leur production, et même un peu plus. L’argent que représente ce pétrole volé équivaudrait, d’après l’instruction, aux bénéfices de la société sur cette période.

Mais, au fait, avec quoi ont-ils payé pour les années concernées près de 17 milliards de dollars d’impôts, une somme que la justice a trouvée insuffisante, ce qui a constitué l’objet du procès précédent [en 2005] et le moyen d’anéantir Ioukos ? Si je comprends bien, ce dont on accuse aujourd’hui Khodorkovski est en totale contradiction avec le verdict du premier procès : il aurait volé tout l’argent gagné entre 1998 et 2003, alors qu’on l’a condamné pour ne pas avoir payé tous ses impôts. Du coup, à quoi riment les huit années d’emprisonnement qu’il est en train de purger ? Des gens intelligents m’ont répété que le pouvoir a maintenant bien d’autres soucis que Khodorkovski, et qu’il doit avant tout s’occuper de la crise. C’était ce que je pensais aussi. En effet, ce deuxième procès a lieu dans un pays qui n’a plus rien à voir avec celui du premier. A l’époque, le prix du pétrole s’emballait, le pouvoir jouait sur du velours, les gens avaient du travail, des revenus, ils étaient contents de leurs dirigeants, et aucun des dix plus grands oligarques n’avait été mis en prison. Mais au fond, peut-être que, dans la grave situation actuelle, un nouveau procès mettant en cause un oligarque tombe à pic ? Comme me l’a dit récemment un de mes collègues, le pouvoir dispose toujours, au pire, d’une formule qui a fait ses preuves : "Sus aux oligarques".

Pourtant, j’ai l’impression que même une foule avide de grand spectacle aura du mal à comprendre pourquoi on monte un nouveau show en reprenant les mêmes acteurs, qui sont déjà en détention et dont on ne peut plus rien tirer. La Russie est dirigée par deux juristes [telle est la formation universitaire de Medvedev et Poutine]. Poutine, on le connaît à peu près. Mais Medvedev ? Je l’ai déjà dit et je le répète, ce n’est pas "son affaire", et pourtant elle le deviendra dès l’ouverture du procès devant le tribunal de Khamovniki. Je ne pense pas que Dmitri Medvedev ait rêvé de cela. Mais c’est ainsi. Il sera jugé, entre autres, sur ce qui se passera lors du deuxième procès de Khodorkovski et de Lebedev, par les élites russes et étrangères. Et même, dans une certaine mesure, par une partie des simples citoyens, ceux qui réfléchissent et qui, depuis plusieurs mois, ont perdu le réflexe de manifester une joie infantile à propos de chaque décision du gouvernement. Quelle que soit la vraie structure du pouvoir, il tente de faire croire qu’il a deux visages. Avec le tribunal de Khamovniki qui reprend le rôle du tribunal de Basmanny [autre quartier de Moscou, où avait eu lieu le premier procès], cette illusion vole en éclats.

On peut toutefois ne pas réitérer l’erreur de Poutine. Celle-ci a entraîné un très grand nombre d’erreurs connexes qui ont mené le pays dans la siutation actuelle. Medvedev peut encore fixer ses propres priorités, en préférant, par exemple, le droit au populisme. Il a encore le choix, a condition bien sûr que ce soit effectivement lui qui rédige l’histoire de sa présidence.

Source photo : Le Monde

Sondage : l'affaire Ioukos intéresse encore un peu les Russes

Par Aurialie le 18.02.2009 à 00h51

Entre le 23 et 26 janvier 2009, le centre Levada a mené un sondage, auprès d’un échantillon de 1605 personnes représentatives de la population, sur l’affaire Ioukos et le sort de ses différents protagonistes : Vassili Aleksanian, Svetlana Bakhmina et Mikhaïl Khodorkovski.

43% des personnes interrogées jugent positivement la libération de l’ancien responsable de Ioukos, Vassili Aleksanian, gravement malade depuis plusieurs mois. Ils sont 41% à penser que le président Medvedev devrait suivre l’opinion publique et gracier Svetlana Bakhmina, juriste du groupe Ioukos, qui a accouché en prison de son 3e enfant fin 2008. Les répondants sont moins indulgents vis-à-vis du sort de Mikhaïl Khodorkovski : seulement 18% éprouvent de la sympathie pour lui et 56% n’en ont pas. Il sont 10% à penser qu’il joue un rôle important dans la vie publique en Russie et 33% estiment que dans la situation de crise actuelle des personnes comme Khodorkovski pourraient travailler pour le bien de la Russie (22% pensent au contraire qu’elles sont mieux en prison).

En ce qui concerne les bénéficiaires de l’affaire Yukos, seulement 6% des personnes interrogées déclarent que la faillite et la vente des actifs de l’entreprise ont été faites au bénéfice de l’ensemble de la population, plus de 60% sont convaincus que c’est le monde des affaires et les personnes proches du pouvoir qui en ont tiré un profit.

Enfin, environ 30% des sondés continuent de suivre le sort des anciens dirigeants du groupe pétrolier, 50% ne la suivent pas et près de 20% n’ont pas entendu parler de l’affaire ou ne peuvent se prononcer. Et c’est surtout cela qui est flagrant dans ce sondage : le désintérêt des personnes sur le sort des inculpés de Ioukos. Lorsqu’on regarde les différentes questions, on remarque que les scores les plus élevés sont souvent pour la réponse "difficile de répondre" (selon les questions, entre 26 et 45% des sondés, sauf à la question sur le fait de suivre ou non l’affaire). Et quand il est difficile de répondre à une question, c’est souvent parce que nous n’avons pas d’éléments pour répondre ou parce que nous nous n’intéressons pas vraiment à la question. En même temps, en France, personne ne s’intéresse à l’affaire et au procès de l’Angolagate.

Source photo : AFP, article concernant de nouvelles accusations visant Mikhaïl Khodorkovski, transmise par le parquet général russe à un tribunal, ouvrant ainsi la voie à un nouveau procès.

Informatisation et droits d'auteur en Russie

Par Aurialie le 15.02.2009 à 00h47

On ne parle pas suffisamment des bonnes décisions de Dmitri Medvedev et pourtant ces derniers temps, ses déclarations et plans d’action mériteraient un meilleur écho : désir de réformer le système d’application des peines pour le rendre plus humain (j’en ai parlé), extension des droits matériels des prisonniers (permission d’acheter plus de biens de 1er nécessité et produits de consommation courante), inquiétude sur l’augmentation des crimes racistes, mise en place d’un Conseil du développement de la société informatisée en Russie. L’informatisation de la société est un point qui lui tient à cœur, lui qui est un Président à la pointe de la technologie, avec un blog vidéo. Cette semaine, il a dénoncé la lenteur actuelle du processus d’informatisation dans les services administratifs en Russie et déploré le gaspillage de tonnes de papier dans l’administration et l’utilisation des ordinateurs "comme si c’étaient des machines à écrire". Il a donc décidé de lancer un plan d’informatisation du pays, avec, entre autres, formation des professeurs et numérisation des dossiers médicaux, des archives des musées et bibliothèques nationales pour empêcher leur dispersion.

Pour ceux qui sont les plus en avance technologiquement, les blogeurs, l’inquiétude porte sur la modification de la loi sur les droits d’auteur, qu’ils considèrent comme le résultat d’un lobby dirigé contre tous les citoyens de bonne foi. La nouvelle rédaction de l’article 1273 de la 4e partie du Code civil de la Fédération de Russie prévoit que la reproduction d’œuvre sans rémunération de l’auteur est possible "en cas d’impératif catégorique et à des fins personnels uniquement". Donc, si l’œuvre est mise en ligne seulement à des fins personnels, les auteurs, les interprètes et les fabricants auront droit à une rémunération.

Maxime Mochkov, chef de la plus grande bibliothèque en ligne, souligne qu’avec une telle loi, la plupart des sites web de l’Internet russe violeront la loi. "Depuis quelques années, suite aux coups répétés des lobbyistes des droits d’auteur, notre législation se transforme en une maison de fous. Ainsi, si avant personne ne répondait de rien, aujourd’hui, tous sont devenus coupables à priori et par défaut. Toute la population du pays devient criminelle."

De nombreux internautes pensent que la loi ne sera pas appliquée, notamment Anton Nosik, rédacteur en chef du portail bfm.ru : "Je pense que la sévérité des lois russes est compensée par la non-obligation de leur exécution." Selon lui, la 4e partie du Code civil représente "un monstrueux document d’un abominable lobby, refusant à l’acquéreur des produits d’information, qui est de bonne foi, le droit à leur utilisation légitime". Il remarque qu’il manque quelque chose d’essentiel dans la loi : la notion de droit du consommateur.

Pour conclure cet article, j’aurais pu choisir de mettre la dernière intervention vidéo de Medvedev concernant les mesures en faveur des étudiants, mais j’ai préféré mettre l’initiative originale d’un musicien russe qui cherche un batteur et un bassiste pour former un groupe de post-rock (du style des groupes de Chicago Russian Circles ou Pelican).

Le combat d'Irek Mourtazin contre les autorités tatares

Depuis quelques jours, certains internautes russes affichent leur soutien à Irek Mourtazin, illustre blogueur de l’opposition tatare et ancien chef du service de presse du président du Tatarstan, accusé de diffamation, non respect de la vie privée (du président tatare Mintimer Chaïmiev) et incitation à la haine raciale. Deux affaires lui valent ces poursuites :

  • le 12 septembre 2008, il écrit sur son blog que le président Chaïmiev est mort pendant ses vacances en Turquie. Cette information, qui se répand sur plusieurs blogs, s’avère finalement fausse. Mourtazin explique, pour sa défense, qu’il n’est pas le premier à avoir évoqué ce fait divers, qu’il l’a lu sur la communauté Live journal de Kazan.
  • Mourtazin a également écrit un livre intitulé Mintimer Chaïmiev : le dernier président du Tatarstan, où seraient disséminées des "informations diffamantes pour l’honneur, la dignité et la réputation d’homme d’affaires du président tatare". Exemple de phrase incriminée (p.56) : "Chaïmievest un bon exemple d’un comportement dans lequel domine le nihilisme législatif. Pour cette raison, il ne sait pas comment lutter contre la corruption. Mais la corruption a toujours été et reste rampante (au Tatarstan)."

L’accusation d’incitation à la haine raciale vient du fait que dans ses écrits il diviserait la société en deux catégories : la population et le pouvoir de la République du Tatarstan. Dans l’acte d’accusation du 14 janvier il est écrit : "En jugeant de manière négative l’activité des personnes responsables du pouvoir exécutif et législatif de la république, il a opposé la population au pouvoir, en décrivant les membres de ce dernier par des caractéristiques mensongères et négatives, accusant sans fondement les structures du pouvoir de vénalité, de violation des lois, de nihilisme juridique, d’utilisation de narcotiques, d’alcoolisation de la population, d’incitation à participer à des groupes sectaires et criminels, de destruction de l’économie ayant pour conséquence une gestion déficiente, d’accomplissement d’actions à caractère criminel ; et accusant le président de la république du Tatarstan d’être responsable du déclenchement de la guerre en Tchétchénie."

Irek Mourtazin poursuit toutefois son travail de journaliste et écrit actuellement un livre sur l’implication de la mairie de Kazan dans la corruption du système de transport public de la ville. Mourtazin semble en tout cas réellement gêner les autorités locales car il a été grièvement blessé par deux jeunes gens le 30 décembre, sans que rien ne lui ait été dérobé. Il pense donc que ce sont des personnes liées à la mairie de Kazan qui l’ont agressé. Pour ces partisans, il est évident que ces poursuites politico-pénales ont pour but de réprimer la volonté et l’activité d’un opposant régional.

Source bannière : Rem-lat
Source image : Opasny-tip

Libérez Soutiaguine et les prisonniers politiques !

Le cas des scientifiques accusés d’avoir divulgué des secrets d’État avait été brièvement mentionné dans un article évoquant une lettre ouverte à Dmitri Medvedev demandant de libérer les prisonniers politiques russes. A l’occasion de l’anniversaire de l’un d’eux, Igor Soutiaguine, une soixantaine de personnes se sont rassemblées aujourd’hui à Moscou pour demander une révision juste de son procès et sa libération, mais aussi celle des autres prisonniers politiques ; et pour exprimer leur préoccupation des atteintes aux droits de l’Homme et aux libertés dans la Russie moderne.

Igor Soutiaguine était chercheur en science nucléaire, à l’Institut États-Unis-Canada de l’Académie des sciences russe, lorsqu’il est arrêté en 1999 pour trahison (article 275 du Code pénal russe). Le FSB l’accuse d’avoir transmis à des officiers du renseignement américains des informations sensibles concernant les systèmes d’armement russes. Or les informations transmises étaient accessibles au grand public, ce qui fait dire que les motivations de ce procès sont politiques. Soutiaguine a d’ailleurs été acquitté une première fois, mais le FSB n’a pas lâché sa proie et a cherché d’autres preuves. Lors d’un 2e procès entaché d’irrégularités (normes internationales en matière d’équité non respectées, manque d’indépendance des magistrats), il est condamné à 15 ans de prison dans un camp à régime sévère d’Arkhanguelsk.

Vous pouvez lui écrire à l’adresse suivante :
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Source photo : Kasparov.ru

Aleksanian bientôt libre ?

Par Aurialie le 23.12.2008 à 00h05

Deux semaines après la décision du tribunal de Moscou de mettre fin à la détention provisoire de Vassili Aleksanian, ex-responsable du groupe pétrolier Ioukos poursuivi pour délits financiers, contre une caution de 50 millions de roubles, la Cour européenne des droits de l’Homme a exigé sa libération immédiate.

La Russie est en effet coupable de violation de plusieurs articles de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : articles 3 (interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants), 5-3 (détention provisoire trop longue), 8 (droit au respect de la vie privée), 13 (droit à un recours effectif) et 34 (non-respect des prescriptions de la CEDH). La CEDH a déjà demandé à la Russie à maintes reprises d’améliorer les conditions de détention de Vassili Aleksanian. Toutefois, pour le moment il n’y a eu aucun commentaire des autorités russes.

Le site des droits de l’Homme en Russie relaie depuis vendredi l’appel de la famille d’Aleksanian demandant de l’aide pour réunir l’importante somme exigée. Vu l’état de santé de Vassili, plus vite il sera sorti, mieux ça sera.

Le chiffre du jour : 50

Par Aurialie le 08.12.2008 à 23h17

C’est le nombre de millions de roubles (soit 1.381.734€) que va devoir payer Vassili Aleksanian pour être temporairement libre. Pour rappel, V. Aleksanian, ancien vice-président de la société pétrolifère Ioukos, est poursuivi pour des délits financiers (notamment fraude fiscale) et en détention provisoire depuis avril 2006. Il est également grièvement malade (HIV, tuberculose, cataracte, tumeur au rein, infection des ganglions lymphatiques et problèmes cardiaques lui ont été diagnostiqués début janvier) et se trouve dans une clinique de la capitale depuis février 2008.

Ce n’est pas l’aggravation de son état de santé qui lui permet d’être libéré sous caution, mais l’expiration du délai de prescription. Un de ses chefs d’accusation, le détournement d’actions "Tomskneft", se serait passé en 1998 et la prescription pour de tels crimes, selon la législation de la Fédération de Russie, est de 10 ans. C’est pourquoi, le tribunal de Moscou a accepté la demande des avocats de V. Aleksanian et a modifié la décision du tribunal de Simonovski, qui avait demandé son maintien en détention provisoire le 20 octobre. On ignore toujours quand la cour examinera l’affaire d’Aleksanian, et ses avocats ne savent pas s’il sera capable de payer la caution de 50 millions.

Un nouvel indice du climat d'oppression de la société civile

C’est en tout cas ce que pense l’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International de la perquisition menée jeudi dans les locaux de l’ONG russe Memorial à Saint-Pétersbourg. Des policiers masqués et armés ont confisqué les disques durs des ordinateurs, contenant les résultats de 20 ans d’enquête historiques sur les répressions staliniennes et le travail du critique d’art Alexandre Margolis, connu pour défendre l’architecture de la ville.

Cette perquisition aurait pour origine la publication d’un article jugé extrémiste dans le journal Novyi Peterbourg. Or, Memorial ne sait rien sur la rédaction du papier, ni sur l’hebdomadaire. Cela ressemble donc un faux prétexte. Iouli Rybakov, membre de cette organisation de défense des droits de l’homme, a ainsi déclaré à l’AFP : "la perquisition est à mon avis une simple vengeance de la part de l’ex-KGB après la projection il y a deux semaines dans nos murs du film d’Andreï Nekrassov "L’Emeute. L’Affaire Litvinenko".(...) Pour le pouvoir, l’affaire Litvinenko [l’ex-agent russe empoisonné au polonium en 2006 à Londres] est un sujet délicat. Memorial a osé montrer ce film et voilà leur réponse", a-t-il ajouté.

Selon Amnesty International, il y a eu des violations du Code de procédure pénal russe pendant la perquisition car aucune liste des objets saisis et du contenu des disques durs n’a été dressée et l’avocat n’a pas été autorisé à être sur place, ni aucun autre témoin.

"C’est la première fois que les forces de l’ordre nous touchent aussi fort. Même en Tchétchénie et dans l’Ingouchie voisine, on n’a pas vu d’actions du type de celle de jeudi à Saint-Pétersbourg", a déclaré à l’AFP Alexandre Tcherkasov, un des responsables de Memorial à Moscou.

Source : Droits de l’homme en Russie et le Monde

Chronologie d'un procès à rebondissements

Par Aurialie le 26.11.2008 à 23h16

Le procès de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa a commencé il y a dix jours et il a connu aujourd’hui une nouvelle péripétie. Retour sur les évènements de ces derniers jours :

Encore un ou deux rebondissements et Hollywood pourra en faire un film.

Source image : Alexander Basalayev, Reuters (via Yahoo news)

Les communistes veulent-ils faire du buzz sur Internet ?

Par Aurialie le 21.11.2008 à 00h27

De jeunes membres des sections de Moscou et de Krasnoïarsk du Parti communiste de la Fédération de Russie ont fait preuve d’une certaine créativité, mais d’un vrai manque de respect pour les droits d’auteurs et la création artistique. Séduits par le clip de Liapis Troubetskoï "Ogonki", animation très travaillée d’anciennes cartes postales de l’ère soviétique, mais préférant les paroles de la chanson de Oundervoud "J’ai très envie de vivre en Union Soviétique" (" ????? ??????? ? ????????? ????"), ils ont décidé de faire un mash-up des deux.

Les deux groupes déplorent bien sûr cette action du PCRF. Mais le plus remonté est Alekseï Terekhov, réalisateur du clip "Ogonki", qui a déclaré vouloir attaquer les auteurs de cette création : "Le pire c’est que ça n’a rien à voir avec de l’art, tout est exclusivement fait dans des buts politiques et propagandistes. Je ne veux pas qu’avec mon aide on propage des idées avec lesquelles je ne suis pas d’accord. C’est vraiment d’une grande violence, il n’y a pas d’autres mots."

Pour leur défense, les jeunes communistes expliquent qu’ils ne sont pas nostalgiques de l’URSS, bien qu’ils aient passé leur enfance pendant cette période. "Retourner en enfance est impossible. Nous voulons revenir dans un pays, dans lequel il y avait de l’égalité sociale, et surtout, des sentiments humains vivants, la sensation d’appartenir à une seule et même grande famille, à une grande cause."

On ne touche pas à la liberté des médias !

Une déclaration, une information qui se répand comme une trainée de poudre, un démenti : la liberté des médias fait réagir ... les médias. Le 18 novembre, Dmitri Medvedev déclare qu’il assigne un rôle prépondérant aux médias dans la résorption de la crise financière par le pays. Il précise que de la précision, de la délicatesse et de l’exactitude journalistiques dépendent de nombreux processus dans le pays.

Dans son édition du 19 novembre, le journal Kommersant fait un article sur la prochaine campagne du Parquet général contre les médias publiant des informations inexactes ou démesurées sur l’ampleur de la crise économique. Seraient en particulier visées les attaques contre les banques. Cette information n’est pas sans fondement, le journaliste du Kommersant écrit que le Parquet de la région de Sverdlovsk a déclaré qu’il commençait à vérifier les médias locaux qui pourraient déstabiliser le climat dans la région. D’autres journaux russes ont immédiatement jugé cette action des Parquets comme un début de censure contre les médias écrivant sur la crise financière.

Le soir même, les représentant du Parquet général de Russie ont déclaré qu’ils n’avaient pas l’intention de mener une vérification massives des médias, mais contrôleront attentivement la couverture de la situation sur le marché financier. Marian Gridneva, représentant officiel de l’institution, a rajouté : "Le Parquet général de Russie n’a pas l’intention d’instaurer une censure sur les médias. Il s’agit seulement d’exiger le respect de la législation et la publication d’information authentique, sans participer aux attaques informationnelles contre les organismes de crédit."

Les médias seront-ils rassurés par cette déclaration ? Rien n’est moins sûr. Le réseau Indymedia Russie ne souhaite pas relacher la pression et diffuser largement l’information sur le début de censure des médias indépendants.

Source image : Utro.ru

Le chiffre du jour : 4,3 millions

C’est le montant cumulé en euros des amendes que la Russie a dû payer à ses citoyens suite à des condamnations pour violation de leurs droits à la Cour européenne des droits de l’Homme.

Voilà là 10 ans que la Russie participe à la convention des droits de l’homme de la Cour européenne et pendant cette période 46.000 plaintes de citoyens russes ont été déposées, ce qui représente 20% de l’ensemble des plaintes.

Rien qu’en 2007, la Russie a perdu 140 affaires sur 192, dont 175 concernaient des violations de la Convention européenne des droits de l’Homme. Elle occupe alors la 4e place des amendes réglées en 2007, après la Turquie, la Grèce et la Roumanie. Entre janvier et avril 2008, il y a eu déjà 65 arrêts. La Russie est donc bien partie pour battre son record !

Source : Droits de l’Homme en Russie

Quand parler est nocif pour la liberté

Nouvel épisode dans l’affaire Khodorkovski : l’ancien patron de Ioukos s’est vu infligé 12 jours de cellule disciplinaire pour la publication dans le magazine Esquire de sa correspondance avec l’écrivain Boris Akounine.

Or le règlement intérieur de la prison interdit aux prisonniers de recevoir du courrier en dehors de la procédure. Cependant la violation de cette interdiction n’est confirmée par aucunes preuves, puisque Mikhaïl Khodorkovski n’a écrit aucunes lettres " illégales" et n’en a reçu aucunes, ont déclaré ses avocats. Ils s’appuient sur le fait qu’un prisonnier a droit sans restriction de communiquer avec ses défenseurs, qui peuvent lire tout document et prendre des notes sur ce qu’ils pensent utile à sa défense.

Trois membres du comité de soutien de Khodorkovski ont entamé une grève de la faim hier pour protester contre cette mise au cachot. Celle-ci devrait durer au moins jusqu’au 15 octobre, date de l’audience examinant le pourvoi en cassation des avocats de Khodorkovski sur sa demande de libération conditionnelle.

Il y a d’autres pays où accorder une interview peut avoir de graves conséquences sur la liberté de l’interviewé. En France, Jean-Marc Rouillan, qui a purgé la part incompressible de sa condamnation à la réclusion à perpétuité, est retourné en prison après répondu aux questions de l’Express sur ses possibles regrets sur ses actions passées en tant que membre d’Action directe.

Source photo : hro1.org

Free Svetlana Bakhmina

Par Aurialie le 10.10.2008 à 23h11
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Quand une femme enceinte de huit mois, déjà mère de deux enfants (de 7 et 9 ans), incarcérée pour des raisons politiques, se voit refuser sa libération anticipée après avoir purgé la moitié de sa peine, les internautes se mobilisent pour essayer de la faire sortir. Vous êtes invité à vous rendre sur le site bakhmina.ru pour signer une lettre demandant au président Medvedev de gracier Svetlana Bakhmina , ancienne chef adjoint du département juridique de Ioukos. En trois jours, plus de 12.000 personnes ont signé la demande de grâce. La petite bannière verte permet de voir l’évolution du nombre de signataires.

14 000 mafieux lâchés dans la nature

Par Aurialie le 09.10.2008 à 00h04

Via Courrier International

Ayant purgé leur peine d’emprisonnement, environ 14 000 détenus de la région russe de Sverdlovsk, située dans l’Oural, vont être libérés d’ici la fin de 2008. C’est deux fois plus que les années précédentes. La Komsomolskaïa Pravda rappelle que la région de Sverdlovsk est tristement réputée pour l’impitoyable et sanglante guerre des gangs qui opposa des organisations mafieuses rivales – les groupes Ouralmach et Centre – dans les années 1990.

Durant cette période, la police a emprisonné par milliers de dangereux criminels. Leur libération est désormais imminente. Sur les 14 000 prisonniers libérables, 4 000 sont des mafieux condamnés pour des crimes particulièrement graves. L’absence de programme de réinsertion fait craindre une explosion de la criminalité jusque dans la capitale russe, rapporte le journal moscovite.

En illustration, une photo prise à Ekaterinbourg (capitale administrative de l’oblast de Sverdlovsk), représentant la tombe d’un de ces mafieux tués en 1992 : une table en marbre pour ses amis qui voudraient boire un verre à sa santé, des clés de Mercedes dans sa main droite, la grande classe !

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