Tous les articles sur le mot clé : liberté d’expression

"Saint Pétersbourg, bonjour" ... ou pas

TESAMIE/ ?? ????? sont deux garçons - Esta et Jack - qui n’appartiennent à aucune organisation politique ou autre. Tous les matins, ils vont dans une station du métro de Saint Pétersbourg en costume, chapeau et masque vintages, et tiennent un panneau brillant portant un message positif : "Bonjour", "Aux gens de la terre, paix et amour", "Oublie la tristesse, sois heureux", "Houra, c’est vendredi", ect. Ils font cela sur le temps libre, indiquent leur emploi du temps sur leur site, y publient également quelques photos. A la question "pourquoi ils font cela ?", ils répondent : "C’est notre relation à la vie et nous pouvons faire cela simplement ! Soyez plus gentils les uns avec les autres. Soyez plus humains avec votre entourage."

Les réactions à ces messages du matin sont diverses : certains les adorent, certaines donnent aux garçons des bonbons ou des cartes postales, et d’autres ne comprennent pas ces actions, trop simples pour être honnêtes. Le commandant de la station de métro Ladojskaïa a demandé qu’ils obtiennent une autorisation pour faire cela et même comparé cette action à celle des Pussy Riot... Cela peut sembler un peu exagéré, voire absurde, les garçons seront tout de même lundi station ??????? ????????? (Place Vosstaniïa) entre 8h30 et 9h45.

Source image : Tesamie

Pierre, feuille, ciseaux... et la démocratie russe au fond du puit ?

Le titre est un peu poussé, je l’admets, j’exagère. Mais depuis la ré-élection de Vladimir Poutine au poste de président de la Fédération de Russie, la situation de l’opposition russe ne s’améliore pas. La semaine dernière, le parlement russe a adopté une loi multipliant par 15 l’amende pour toute manifestation non autorisée. Selon cet article de Radio Canada, (le Canada qui a également promulgué une "loi matraque" contre les manifestations étudiantes... il ne fait pas bon vouloir manifester en ce moment, et pas qu’en Russie, mais je m’éloigne...) avec cette loi, l’amende maximum va passer de 2.000 à 300.000 roubles, "ce qui est plus sévère que pour beaucoup d’autres méfaits en Russie, notamment la violation d’entrepôts de matériel nucléaire." Elle peut même atteindre 1 million de roubles pour les associations ou autre personne morale. Une infographie explique l’ensemble de la loi.

"Alexeï Koudrine, ancien vice-premier ministre qui a dit comprendre les manifestations de l’hiver dernier (celles contre les violations des élections parlementaires), mais qui conserve des liens forts avec Vladimir Poutine, a jugé dans un communiqué que cette loi violait la liberté constitutionnelle de réunion et a appelé à sa révision." D’où ce dessin de Sergueï Elkine, sur la pierre de la Constitution russe qui perd face au papier de la nouvelle loi de V. Poutine.

Aujourd’hui, la Russie fait encore parler d’elle, après une série de perquisitions chez les membres de l’opposition, la veille d’une nouvelle manifestation, appelée "la Marche des millions" (eh oui, rien que ça !). Dans un sujet de BestToday et cet article de Golos Ameriki, on peut avoir un peu plus d’informations sur ces perquisitions, qui ont notamment visé Alexeï Navalny, Sergueï Oudaltsov, Ksenia Sobtchak et Ilya Iachine, personnes que je n’ai plus besoin de présenter, vu le nombre de fois que j’en ai parlé. Le hashtag du jour a été ainsi # ??????37 ??? (#Bonjour1937), en référence aux répressions de 1937. Ces opposants, ils exagèrent toujours !

Mais trêve de plaisanterie, voilà deux tweets assez marrants... ou pas, en fait : un tweet de Roustem Adagamov (qui tient le blog drugoi.livejournal.com) " ???????, ??????? ????????, ??? ?????? ?????? ? ?????? : " ?????? ????? ?????????????, ?????? ??? ?????? ????? ?????? ???????". # ????" ("On dit que la police s’est réjoui de la saisie d’argent chez Sobtchak : "les manifestants seront peu nombreux, car maintenant il n’y aura plus rien pour les payer") et un tweet de Ksenia Sobtchak : " ????? ????? ?????? ??? ???????? ??????? :" ???? ?? ?? ????????? ? ?????? ?????????- ??????? ?? ?? ????, ????? ? ????? ????? ?? ???????" # ?????" ("le maire m’a dit ce matin franco :"si tu ne t’étais pas liée avec cette mauvaise équipe, tu n’aurais pas eu de problème, tu ferais mieux de te marier à un tchékiste" #conseil").

Heureusement, la Russie a gagné les Mondiaux de hockey sur glace il y a 3 semaines, Maria Sharapova a gagné Roland Garros ce week-end et devient ainsi la 1e au classement WTA et l’équipe de foot a bien commencé sa coupe d’Europe en gagnant son 1e match 4-1 contre la République tchèque. Franchement, que peut demander de plus le peuple russe pour être heureux ? Peut être pas la liberté de manifester, mais pourquoi pas le titre de champion d’Europe de foot et plus de 110 médailles aux JO de Londres pour faire mieux que les USA aux derniers JO, mais là aussi, j’exagère... ou pas.

Source dessin : Sergueï Elkine

Les Pussy Riot restent en prison

Par Aurialie le 20.04.2012 à 20h22

Je sais que le sort des 3 membres des Pussy Riot, actuellement emprisonnées pour une prière punk dans la cathédrale du Christ Sauveur, intéresse beaucoup mes lecteurs, je ne résiste donc pas à l’envie de remettre un 2e dessin de suite de Sergueï Elkine. Celui-ci est plutôt dur, puisque l’on voit un prête orthodoxe et Poutine frapper les Pussy Riot, déjà à terre. L’image est bien sûr exagérée, mais c’est sûrement ce qui est venu à l’esprit du dessinateur, suite à l’annonce du maintien en détention des Pussy Riot jusqu’au 24 juin au moins, date de la prochaine audience.

Je profite de cet article pour répondre au commentaire de Meriem au sujet de l’article publié dans Courrier International : je l’avais bien mentionné, dans l’article intitulé Pussy Riot Matriochkas. J’ai remis le lien vers l’article, car il y a eu un problème avec votre lien. Je mets également le chapeau : "L’affaire de la "performance" tapageuse des Pussy Riot dans la principale cathédrale du pays a pris des proportions inattendues. L’hebdomadaire Ogoniok y voit une provocation inutile, mais critique aussi ceux qui demandent une peine de prison exemplaire à l’encontre de ces jeunes femmes." Elles risquent en effet une peine de prison de 7 ans pour cette performance, qui a choqué de nombreux orthodoxes, ce que je peux comprendre. De nombreuses personnes et associations de défense de droits de l’homme demandent leur mise en liberté, mais aussi le délégué pour les droits de l’Homme auprès du Kremlin, Vladimir Loukine, qui a demandé une attitude chrétienne à leur égard (mais aussi de prier pour elles). Que sa volonté soit faite !

Source dessin : Sergueï Elkine

Pussy Riot Matriochkas

Par Aurialie le 12.04.2012 à 23h51

Enlever l’habituel châle à fleurs à des matriochkas pour leur mettre une cagoule, façon Pussy Riot, en soutien aux 3 filles du groupe emprisonnées, ça n’avait pas encore été fait et c’est plutôt bien trouvé. Ces matriochkas punk pourraient d’ailleurs remplacer les petites poupées rouges du header, encore faut-il savoir dessiner :-)

Source image : Marat Guelman

Pas de photo, pas de démocratie

C’est par cette action des Femens "Pas de photo, pas de démocratie" (illustrée ci-dessous), que j’ai appris cette histoire de photographes géorgiens arrêtés le 7 juillet à Tbilissi pour espionnage en faveur de la Russie. Ils ont depuis fait des aveux, sous la pression psychologique, selon leur avocat. D’autres actions ont été menées sur ce thème de façon moins voyante, à Moscou notamment.

Cette arrestation et les manifestations qui ont suivi pour la libération des photographes m’ont fait pensé à une autre initiative d’un photographe blogueur, déjà mentionné plusieurs fois sur ce blog, Ilya Varlamov. Lors d’une excursion à Moskva-City, avec le photographe Dmitri Tvernovskyi, des policiers les ont empêché de prendre des photos des gratte-ciel. Même chose à la gare de Leningrad à Moscou. Ilya Varlamov a alors eu l’idée d’imaginer un symbole pour indiquer que la prise de photos est autorisée. C’est le Studio Lebedev qui a élaboré le signe "Permis de Photographier", que vous pouvez télécharger ici. Dans le cadre de son action "Liberté de photographier", Ilya Varlamov est même allé expliquer à des membres des OMON (forces spéciales) de Moscou leurs droits et devoirs sur ce sujet, par exemple, le fait que les gens avaient le droit de les photographier. Maintenant, il cherche des partenaires pour décliner le symbole vert sur des tee-shirts et autres supports.

Source photo : Femen

Je ne suis pas Sakharov

Fin mars sont apparues dans le métro de Moscou les premières affiches " ? ?? ???????" (Je ne suis pas Sakharov), publicité pour le mouvement Sakharov, du nom du physicien nucléaire russe, militant des droits de l’Homme et des libertés civiles, et prix Nobel de la Paix en 1975.

Le mouvement Sakharov, créé à l’initiative du Musée et Centre public Sakharov, de l’agence d’information Mémorial, et des étudiants de l’Université de Moscou, de l’École supérieure d’économie et du MGIMO, souhaite rassembler les personnes intéressées par l’héritage du physicien et l’actualiser dans la conscience publique.

Il y a quelques jours, ils ont demandé à de célèbres activistes et bloggeurs de compléter la phrase "Je ne suis pas Sakharov mais…" pour en faire des affiches. J’ai choisi les versions de l’écrivain Zakhar Prilepine et de l’artiste activiste du groupe Voïna Leonid Nikolaev pour illustrer cet article.


"Je ne suis pas Sakharov, mais je désire être idéaliste à notre époque"

"Je ne suis pas Sakharov, mais j’exige la libération des prisonniers politiques"

Ont également participé à ce projet :
- Evguenia Tchirikova, très active dans la défense de la forêt de Khimki,
- Artiom Louskotov, artiste de Novossibirsk organisateur des Monstratsia (cf article précédent),
- Marat Guelman, directeur du Musée d’art contemporain de Perm,
- Chachi Martynova, directrice de la librairie Magic Bookroom,
- Marina Litvinovitch, rédactrice en chef du site Besttoday.ru,
- Oleg Kozyrev, bloggeur et scénariste à l’origine des Roulitiki,
- Ekaterina Tchistiakova, vice-directrice du fonds  ?????? ?????,
- ou encore, le photographe Ilia Varlamov.

Comme Sakharov, ils veulent "montrer la vérité", "provoquer des réactions en chaine", "agir au nom de ce qu’ils croient", "proclamer la paix entre les gens", "prendre la défense de la nature" ou encore ne "[supportent] pas l’injustice".

Alors, je ne suis pas Sakharov mais je soutiens cette belle initiative !

Enfants de prisonniers politiques : 1e photo

Par Aurialie le 13.02.2011 à 03h31

Cette photo de Iouri Chevchtchouk et d’une petite fille blonde, prise par Vladimir Teleguine, est la première d’une série intitulée "Les enfants de prisonniers politiques dans la Russie contemporaine". À l’origine de ce projet, on trouve Maxime Gromov, ancien prisonnier politique et défenseur des droits de l’homme. Le but de cette action est de soutenir les personnes privées de liberté pour la défense des droits et libertés civiques, politiques et constitutionnels en Russie.

L’enfant de la photo est la fille du défenseur des droits de l’homme d’Ekaterinbourg Alexeï Sokolov, auteur du film "la Fabrique des tortures" (traitant des violations dans les prisons du pays), officiellement emprisonné pour vol depuis mai 2009. Amnesty International l’a reconnu prisonnier de conscience et s’inquiète des mauvais traitements qu’il pourrait subir dans une prison de la région sibérienne de Krasnoïarsk, à des milliers de kilomètres de chez lui.

Plusieurs photos de cette séance sont visibles sur le blog de Vladimir Teleguine. L’ensemble des photos issues de cette série, ainsi que les livres avec les autographes, seront expédiées aux prisonniers politiques.

Lev Kopelev, un homme, un prix

Par Aurialie le 24.11.2010 à 00h21

Connaissez-vous Lev Kopelev ? Jusqu’à aujourd’hui, je n’avais jamais entendu ce nom, c’est la remise d’un prix à son nom au journal Novaya Gazeta qui me l’a fait connaître.

La page française de Wikipédia nous apprend simplement que Lev Kopelev était un écrivain et dissident soviétique né le 9 avril 1912 et mort le 18 juin 1997. C’est plutôt léger. Quelques recherches supplémentaires, notamment sur la version anglaise, nous apprennent que Kopelev a été un ami d’Alexandre Soljenitsyne, qu’ils ont été emprisonnés ensemble et que Kopelev a inspiré le personnage de Roubine dans le Premier cercle.

Diplômé d’allemand à l’Institut des langues étrangères de Moscou en 1935, il est engagé volontaire en 1941 pour servir en Allemagne, notamment en qualité d’interprète. Dégouté par le comportement des troupes soviétiques en Prusse orientale vis-à-vis de la population allemande, il n’hésite pas à faire part de ses critiques. Il est alors arrêté et condamné à 10 ans de Goulag pour avoir fait preuve d’"humanisme bourgeois et de compassion envers l’ennemi".

Relâché en 1954 et réhabilité en 1956, il croit encore dans l’idéal communiste et est même membre du Parti communiste. Il rencontre l’éditeur Alexandre Tvardovski et le convainc de publier le roman Une journée d’Ivan Denissovitch de Soljénitsyne. A partir de 1968, il participe activement au mouvement des droits de l’homme. Cette même année, il est renvoyé de l’Institut de Polygraphie et de l’Institut de l’Histoire de l’Art, dans lesquels il enseignait. Il est également exclu du Parti communiste et de l’Union des Ecrivains pour avoir signé une lettre de protestation contre les persécutions des dissidents, soutenu publiquement Andreï Siniavski et Iouli Daniel, protesté contre l’expulsion de Soljenitsyne de l’Union des Ecrivains et dénoncé l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie. En 1977 il perd le droit d’enseigner et d’être publié. En 1980, alors qu’il effectue un voyage d’étude en Allemagne de l’Ouest, sa citoyenneté lui est retirée. Il reste alors en Allemagne où il est professeur à l’Université de Wuppertal. Il obtient le grade de docteur en philosophie à l’Université de Cologne et obtient de nombreuses récompenses internationales. En 1990, Gorbatchev lui restaure sa citoyenneté soviétique. Lev Kopelev décède en 1997 à Cologne.

Le Forum Lev Kopelev, organisme allemand, rend hommage depuis 1999 à des hommes, projets et organisations qui œuvrent dans l’esprit de l’écrivain et propagent des idées de compréhension mutuelle et de dialogue entre les pays, les peuples, les cultures. En 2001, le premier prix Lev Kopelev a été remis à l’organisation internationale HALO Trust qui lutte pour le retrait des débris de guerre, tels les bombes antipersonnelles. En 2002, c’est l’organisation russe de défense de droits de l’homme Memorial qui l’a obtneu. En 2003, ce sont l’Israélien Uri Avnery et le Palestinien Sari Nusseibeh qui ont reçu conjointement cette distinction pour la fondation du mouvement pour la paix Gush Shalom. En 2004, le lauréat est l’association culturelle polonaise Borussia ; en 2005 la défenseur des droits de l’Homme Zaïnal Gashaeva ; en 2006 le théologue et professeur Hans Küng et en 2009 l’écrivain allemand Siegfried Lenz.

Cette année, le prix a donc été remis au journal Novaya Gazeta, pour "son journalisme indépendant, libre penseur, courageux et inébranlable, qui est le signe distinctif de Novaya Gazeta, comme aucune édition russe".

Images : en haut - Lev Kopelev, Alexandre Soljenitsyne et Dmitri Panine (source - Pmeyer.web) ; en bas - prix Lev Kopelev remis à Novata Gazeta (source - LiveJournal Novaya Gazeta)

Faire du bruit contre les persécutions

Voilà la vidéo qui annonçait la manifestation contre les persécutions des activistes et des journalistes, qui se tenait d’aujourd’hui à 14h à Moscou.

Selon Oleg Kozyrev, qui a live-twitté la manifestation, il y avait près de 1000 personnes rassemblées et le slogan le plus fréquent était celui demandant la démission du maire de Khimki, Vladimir Streltchenko. De nombreux mouvements d’opposition étaient présents : Iabloko, Solidarnost, Levyi Front (Front de gauche), ... Des photos sont visibles sur le site de Lenta.ru.

Un hippopotame en soutien

Voilà bien 4 jours que je voulais publier cette image de Maria Kiseliova, dessinée en soutien à Oleg Kachine, journaliste durement frappé par des inconnus alors qu’il rentrait chez lui.

Je n’ai pas pu le faire avant, car le site sur lequel Maria Kiseliova publie ses créations, kissmysketch.com, est la cible d’attaques DDos, tout comme le site kissmybabushka.com. Ces 2 sites ne sont pas encore rétablis pour l’heure, mais une rapide remise en ligne de kissmybabushka.com m’a permis de récupérer l’image.

L’hippopotame a été choisi pour souhaiter un bon rétablissement au journaliste, car il apprécie particulièrement cet animal. Selon sa femme, il se rétablit : il est sorti du coma artificiel, dans lequel les médecins l’avaient plongé, mais reste sous respiration artificielle. Konstantin Fetissov, chef du parti Cause juste pour la ville de Khimki, est quant à lui toujours dans le coma.

Source image : Maria Kiseliova

Il y a des mots et il y a des actes

Par Aurialie le 07.11.2010 à 00h39

Le 11 août, sur le site de la Jeune Garde de Russie unie, était publié une article intitulé "Les journalistes-traîtres doivent être punis !", dans lequel l’œuvre d’Oleg Kachine, journaliste politique à Kommersant, était décrite comme une "activité de sabotage journalistique semi-clandestine de dépravation des lecteurs et de discrédit des autorités". L’article était illustré d’une photo du journaliste avec la mention "sera puni". Et le journaliste a bien été puni : après avoir été attaqué par 2 inconnus dans la nuit de vendredi à samedi, il souffre d’un grave traumatisme crânien, a des fractures d’un tibia, des mâchoires inférieure et supérieure, des phalanges des mains. Il a dû être amputé d’un doigt et se trouve actuellement dans un coma artificiel. Comme l’a dit le directeur général de Kommersant : "Ils voulaient qu’Oleg ne marche pas, n’écrive pas et ne parle pas."

Aujourd’hui, l’article de la Jeune Garde est toujours en ligne, mais une autre mention apparaît au début de l’article : "La Jeune Garde est extrêmement indignée de l’attaque barbare du journaliste Kachine. Il y a une lutte politique civilisée, et il y a un crime. Il y a des images, et il y a une vie. Nous appelons tout le monde à le comprendre."

Il y a peu de doutes sur le fait que l’activité professionnelle d’Oleg Kachine soit à l’origine de son agression : rien ne lui a été volé, ni son argent, ni son téléphone. Il a beaucoup écrit sur l’opposition, les mouvements extrémistes, les manifestations, notamment celles pour la défense de la forêt de Khimki. D’ailleurs, un activiste écologiste, Konstantin Fetissov, a également été agressé cette semaine, il se trouve aussi dans un état grave et a été plongé dans un coma artificiel.

Le président Medvedev souhaite que les agresseurs soient punis, comme ces quelques Russes manifestant devant le siège de la police de Moscou.

Image : Oleg Kachine (source - Kommersant)

L'art est-il soluble dans la religion ?

Par Aurialie le 28.09.2010 à 00h24

L’art contemporain anti-religieux et la religion font rarement bon ménage, en Russie notamment. La condamnation pour incitation à la haine religieuse et offense des sentiments des croyants (art. 282 du code pénal) des directeurs du musée Sakharov, Iouri Samodourov et Andreï Erofeïev, suite à l’organisation d’une exposition intitulée "Art Interdit 2006", a déjà été évoquée sur ce blog. Pour rappel, Iouri Samodourov avait déjà été condamné à payer une amende pour l’exposition "Attention : religion !".

Aujourd’hui, deux autres artistes voient leur vie perturbée à cause de la violation de cet article 282. Le 8 septembre 2010, l’artiste russe Oleg Mavromatti, qui vit en Bulgarie depuis 2000, s’est vu refuser le renouvellement de son passeport russe par le Consulat de la Fédération de Russie de Sofia. La raison : en 2000 il a fait deux performances dans lequel il se crucifiait, pour dénoncer la collusion entre le pouvoir et l’église orthodoxe. Etant poursuivi selon l’article 282, il a demandé et obtenu le statut de réfugié politique en Bulgarie et a ainsi pu échapper à un procès et a une condamnation de 3 à 5 ans de prison.

Avdei Ter-Oganian a vécu un peu la même histoire : en 1998 l’artiste risquait la prison pour avoir dénoncer l’idolâtrie russe en détruisant des reproductions d’icônes lors d’une performance. Il avait alors trouvé refuge en République tchèque. Aujourd’hui, l’Etat russe refuse de laisser ses œuvres sortir du territoire russe pour l’exposition "Contrepoint – l’art contemporain russe" qui s’ouvre le 14 octobre au Musée du Louvre. En signe de protestation, les artistes dont les œuvres doivent également être exposées, se sont dit prêts à refuser de participer à l’exposition.

Les artistes soutenant Oleg Mavromatti sont un peu plus extrêmes, à l’image de l’artiste qu’ils défendent. Boriana Rossa et Evgueni Losik ont gravé sur leur corps le chiffre 282, tout comme Oleg Mavromatti, qui a décidé de se scarifier jusqu’à ce qu’il obtienne toute la liberté nécessaire à son art. Denis Moustafin a également utilisé son corps pour protester : dans un centre culturel, après s’être ouvert les veines, il a récupéré son sang dans un verre, et s’est couvert le visage de son sang en répétant "La couleur de mon sang vous agresse" jusqu’à ce qu’il soit interrompu par un gardien.

Les performances de tous ces artistes étant assez extrêmes, j’ai préféré mettre une œuvre plus classique d’Avdei Ter-Oganian (source image - Gazeta.ru).

Et pendant ce temps en Biélorussie

Un pays dans lequel le président considère sans fondement les accusations de censure et de dictature dans son pays, n’est-il pas justement un pays où la censure et la dictature sévissent ?

Aujourd’hui, Alexandre Loukachenko, président de la Biélorussie, a déclaré : "Nous sommes un pays ouvert, c’est pourquoi il n’y a aucune censure, ni dictature, ici. (…). Pour pouvoir répondre aux demandes des censeurs, il faut posséder des ressources indispensables. En Biélorussie, nous n’avons pas de telles ressources et c’est une raison objective pour laquelle il n’y a pas de censure ici, censure à laquelle on parle malheureusement en Russie." Cette déclaration laisse d’autant plus perplexe qu’elle intervient moins d’une semaine après la mort d’un journaliste d’opposition, Oleg Bebenine, l’un des fondateurs du site Charter97.org, officiellement d’un suicide par pendaison. Pas de signes de lutte dans le logement, ni de traces de coups sur le corps d’Oleg Bebenine et pourtant ses proches et soutiens ont déclaré qu’il n’avait aucune tendance suicidaire, ni aucuns problèmes familiaux, mais des grands projets et des pressions du gouvernement.

A quelques mois de l’élection présidentielle (peut être en février 2010), la mort de ce journaliste pourrait endommager la réputation de Loukachenko, selon The Moscow Times.

Source image : Charte97.org

Article mis à jour le 11/09/10

Fermée pour travaux ?

C’est aujourd’hui que la place Triumphalnaïa est officiellement fermée pour travaux. La mairie de Moscou a prévu de construire un grand parking de 1000 places sous la place, dans le cadre d’un grand projet de réhabilitation de la prospekt Leningrad et de la rue Tverskaïa : "la Grande Leningradka" (" ??????? ???????????"). Ce projet est depuis longtemps dans les cartons de la mairie, a été approuvé par le conseil de la ville en 2006, mais n’a pas pu sortir de terre faute d’argent.

La fermeture de la place en seulement sept jours (délai entre l’annonce de la fermeture et la fermeture effective) et à peine un an après une nouvelle déclaration de moyens financiers insuffisants, est donc louche pour l’opposition, qui considère que cette décision est politique. Ajoutés des délais de construction fluctuants et un financement opaque, pour Sergueï Mitrokhine, "la cause réelle de la fermeture de la place Triumphalnaïa n’est pas l’urgence de la construction, elle est tout autre - empêcher les actions de l’opposition dans le centre de la ville." La place Triumphalnaïa est notamment l’endroit où les membres de Stratégie 31, entre autres, se rassemblent chaque 31 du mois pour défendre la liberté de réunion.
Alors politique ou économique, cette fermeture ?

Source image : Vedomosti via vvb2007

13 août, 13h13

Ce n’est pas parce que c’est les vacances qu’il faut arrêter toute activité activiste. Le 31 juillet avait notamment lieu à Moscou et dans différentes villes de Russie des manifestations du mouvement Stratégie-31, qui agit en faveur du respect de l’article 31 de la Constitution russe, garantissant aux citoyens le droit de se réunir pacifiquement.

Le 31 décembre 2009, c’est au cours d’une des manifestations de Stratégie-31 qu’était arrêté Sergueï Mokhnatkin, habitant de la banlieue moscovite de 56 ans. Cependant, il n’était pas à Moscou, près de la place Triumfalnaïa, pour défendre l’article 31, mais pour fêter le nouvel an. C’est en voulant défendre une manifestante de 70 ans qui se faisait brutalement embarquer par les policiers, qu’il a été arrêté et condamné à 2 ans et demi d’emprisonnement le 10 juin 2010.

Le 16 août, il y aura un procès en appel pour réviser éventuellement la peine. Demain, Artiom Loskoutov, dont j’ai déjà raconté les mésaventures, Maria Kiseliova (artiste en herbe qui a fait le dessin illustrant cet article) et Anton Bombila, tous trois membres de Babouchka posle pokhroron (groupe artistique de Novossibirsk) organiseront une manifestation en son honneur et invitent toute personne se sentant concernée par son sort à 13h13, square Pervomaïski (à Novossibirsk).

La condamnation de Sergueï Mokhnatkin a fait l’objet d’une question au Parlement européen le 22 juillet.

Image : Sergueï Mokhnatkin sur kissmysketch.com

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