Tous les articles sur le mot clé : liberté d’expression

Le Baïkal en danger ?

Quand dans une petite ville, une entreprise fait travailler la majorité de ses habitants, il est parfois difficile de faire accepter des arguments écologiques en faveur de la fermeture de cette entreprise. C’est le cas de l’usine de cellulose de Baïkalsk, fermée en octobre 2008 pour éviter la pollution avec les eaux usagées du lac Baïkal. La mise en place d’un système fermé de circulation des eaux usées coûtant trop cher, les 2.200 travaillant dans l’usine (sur les 17.000 habitants de Baïkalsk) ont été mis au chômage. Mais le 13 janvier, le gouvernement russe a publié un décret autorisant la réouverture de l’usine (et près d’un millier de salariés ont pu ainsi reprendre le travail), sans que le système fermé n’ait été mis en place, d’où la colère des écologistes.

Une lettre ouverte a été envoyée au président Medvedev pour demander la fermeture de l’usine. Les écologistes y expliquent que Baïkalsk n’a pas besoin de l’usine de cellulose car le futur de la ville se trouve dans la production alternative et le tourisme. L’argent prévu pour la modernisation de l’usine pourrait d’ailleurs servir au développement de nouvelles entreprises. De plus, la réouverture de l’usine va à l’encontre des lois nationales et internationales, notamment de la loi sur la protection du lac Baïkal ou de la convention internationale sur la protection du patrimoine culturel et naturel.

Est-ce parce qu’elle protestait trop, que les locaux de l’ONG Baïkalskaïa Ekologuitcheskaïa Volna (Vague écologique du Baïkal) ont été fouillés par les forces de l’ordre jeudi dernier et que leurs ordinateurs ont été saisis ? Officiellement, non, les policiers avaient pour mission de vérifier les licences des logiciels utilisés pour s’assurer de la non-violation de la propriété intellectuelle. Mais l’association se trouve maintenant sans ordinateurs, ni serveur, pendant un mois et donc dans l’impossibilité de travailler. Le site est depuis indisponible.

Source image : Greenpeace

Un prix et une finale

Human Rights Watch a récompensé aujourd’hui Elena Milachina, journaliste à Novaya Gazeta, du Prix Alison des Forges pour son activisme extraordinaire en faveur de la défense des droits de l’homme. Trois autres personnes l’ont également reçu : Daniel Bekele, avocat et activiste en Ethiopie, Bo Kyi co-fondateur de l’association d’assistance des prisonniers politiques de Birmanie et Mathilde Muhindo, activiste des droits des femmes travaillant pour arrêter les violences sexuelles en République démocratique du Congo.

Le Parlement européen a quant à lui dévoiler les trois finalistes 2009 du Prix Sakharov pour la liberté de pensée. Ont été sélectionnés le gynécologue palestinien Izzeldin Abuelaish, l’écrivain suédo-érythréen et prisonnier politique Dawit Isaak et Lyudmila Alexeyeva, Oleg Orlov et Sergeï Kovalev au nom de l’association Memorial et de tous les autres défenseurs des droits de l’homme en Russie. Nous saurons le 22 octobre le nom de celui qui succédera au Chinois Hu Jia.

Sinon, aujourd’hui, certains militants de la liberté d’expression célébraient la mémoire d’Anna Politkovskaïa, assassinée il y a 3 ans.

Info pour les Parisiens

Une conférence publique est organisée demain entre 19h30 et 21h30 à la mairie du 3e arrondissement (2, rue Eugène Spuller, Métro Arts et métiers (ligne 11) ou Fille du calvaire (ligne 8)), sur le thème : "Russie : les libertés assassinées !"

  • Menaces sur les défenseurs des droits de l’homme et sur les journalistes
    Zoïa Svetova, journaliste russe et défenseure des droits de l’Homme
  • Caucase du Nord - la société civile entre étranglement et résistance obstinée : comment agir ?
    Zaynap Gashaeva, présidente de l’ONG Echo de la guerre en Tchétchénie Geneviève Colas, responsable du département Europe au Secours Catholique
  • Quelle justice ? Impunité et instrumentalisation politique
    Karinna Moskalenko, avocate russe auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme (sous réserve) et Sacha Koulaeva, responsable de programme Europe de l’Est et Asie centrale à la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH)

Modérateur : Jean François Bouthors, directeur littéraire (Bûchet-Chastel) et éditeur des livres d’Anna Politkovskaïa en France.

La conférence, organisée conjointement par l’ACAT-France, Amnesty International-France, ACER, le CCFD, la FIDH, Human Rights Watch, la Ligue des droits de l’Homme, Médecins du Monde, le Secours Catholique, sera suivie d’un débat.

Agent Smith, au rapport !

Mercredi, la Russie célébrait la journée de l’Internet. La date du 30 septembre n’a pas été fixée par décret présidentiel, mais a été choisie suite à une initiative de la société Infoart Stars en 1998 qui a proposé aux entreprises du secteur informatique de fêter Internet le dernier jour de septembre et d’atteindre le million d’utilisateurs. Mais cette année, l’Internet russe a besoin d’être protégé (un peu comme ici en France).

Les médias ont en effet révélé que "le Ministère de la Justice de la Fédération de Russie élaborait un projet de loi, qui permettra aux structures de maintien de l’ordre et aux services secrets de déconnecter les citoyens d’Internet" (un peu comme pourra le faire notre Hadopi). A partir du 1er octobre, les personnes physiques et morales ayant un domaine en .ru auront l’obligation de fournir un document, confirmant leur identité (passeport, numéro d’enregistrement d’une société, …). À partir du 1er avril 2010, l’enregistrement des nouveaux noms domaines sur la zone "ru" ne sera autorisé qu’aux clients identifiés. Et les fournisseurs d’accès à Internet devront également donner toute information concernant les utilisateurs si les services secrets le leur demande. Officiellement, ce projet de loi a pour objectif de protéger les ressources Internet de l’État. Les peines pour le hack des sites des institutions publiques vont être renforcées et passer de 5 à 7 ans maximum. Selon Point.ru, "il semble que le pouvoir ait commencé à craindre sérieusement les conséquences de l’impact de cet espace (encore) libre de censure."

En signe de protestation, bloggeurs et militants des libertés civiles ont organisé un flashmob le 30 septembre 2009 sur la place du Manège à Moscou. Habillés tel l’agent Smith du film Matrix, les manifestants ont tourné autour du dôme du centre commercial de la place (photo). Selon les organisateurs de l’action, les agents ramèneraient la Russie dans le passé, au temps du contrôle total du pouvoir sur les citoyens. Ils veulent également que Skype reste gratuit et librement accessible. D’après eux, les agents des services secrets seraient embêtés depuis longtemps par cet outil car ils ne pourraient pas écouter les conversations.

En France aussi, on se bat pour la liberté et la neutralité du net.

Sources : Hro1.org et Iabloko Moscou (où il y a d’autres photos)

Journaliste, profession à risque ?

Par Aurialie le 22.09.2009 à 00h01

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la Russie est devenue l’un des trois pays "les plus dangereux pour les journalistes" avec 17 assassinats depuis 2000 (et 30 depuis 1992), après l’Irak et l’Algérie. Dans cette vidéo en anglais, Nina Ognianova and Muzaffar Suleymanov parlent de l’impunité de ces meurtres (un dossier très complet est également consultable en ligne).

Le CPJ est en contact avec les responsables du Comité d’enquête auprès du Parquet de Russie et les 2 comités ont décidé de se revoir dans 6 mois pour évoquer les différents problèmes qui les préoccupent : manque de recherches dans les mobiles des meurtres, absence d’interrogatoire des témoins principaux, rares contacts avec les parents des victimes.

Dans l’affaire Afanassiev (rédacteur en chef du site internet d’informations Novy Fokous, ayant accusé les autorités de dissimuler la vérité sur l’accident de la centrale de Saïano Chouchenskaïa du 17 août qui a fait au moins 75 morts), les poursuites pour diffamation ont finalement été classées sans suite. Cependant le journaliste a été passé à tabac par 2 inconnus quelques jours après. Une enquête a été ouverte.

Militante des droits de l'Homme russe : -1

Ceux qui ont vu ou lu les dernières infos savent que Natalia Estemirova, militante des droits de l’homme russe, travaillant pour l’ONG Mémorial et dénonçant les exactions et enlèvements en Tchétchénie, a été elle-même enlevée hier à Grozny et retrouvée assassinée le soir même dans une forêt ingouche. Tous les journaux relatant cet assassinat font un parallèle avec le meurtre d’Anna Politkovskaïa, parallèle d’autant plus évident que Natalia Estemirova avait servi d’interprète à la journaliste lors de certains de ses déplacements dans le Caucase, avait reçu le prix Anna Politkovskaïa en 2007 et avait été nommée pour le prix Sakharov en 2004.

Le président russe Dmitri Medvedev s’est dit indigné, le président tchétchène Ramzan Kadyrov a qualifié le meurtre d’inhumain, promis de superviser personnellement l’enquête et précisé qu’il y aurait une enquête officielle mais aussi non officielle. Selon un article de France 3, il l’avait personnellement démise de ses fonctions de présidente du Conseil civique de Grozny, un organe consultatif, parce qu’elle avait critiqué son ordre de porter le foulard islamique. Oleg Orlov, représentant du Conseil du Centre Mémorial met directement en cause Ramzan Kadyrov dans cet assassinat : "Je sais, je suis sûr de savoir qui est coupable du meurtre de Natacha Estemirova. Nous connaissons tous cette personne. Elle s’appelle Ramzan Kadyrov, c’est le président de la République de Tchétchénie. Ramzan avait déjà menacé Natalia, injurié, considéré comme son ennemi personnel. Nous ne savons pas s’il a donné lui-même l’ordre ou si c’est un de ses proches collaborateurs qui l’a fait pour plaire à son chef." Toujours selon France 3, ses derniers jours, elle avait révélé des informations qui pouvaient être gênantes : "Lundi encore, elle dénonçait la mort dans des circonstances troubles d’une jeune femme de 20 ans, Madina Iounoussova, soupçonnée d’être l’épouse d’un rebelle et dont le corps avait été remis à des proches début juillet avec l’ordre de l’inhumer "sans faire d’histoires". Le 9 juillet, elle rendit publique une autre affaire qui fit grand bruit sur les sites internet et auprès des ONG spécialistes du Caucase russe : l’exécution sommaire d’un homme, devant les jeunes de son village, accusé d’être un rebelle."

Il semble que tous les moyens vont maintenant être mis en œuvre pour retrouver le(s) assassin(s) de Natacha Estemirova. Les auteurs sont-ils des proches de Kadyrov, comme l’avance l’association Mémorial, ou bien pourquoi pas, des personnes voulant montrer que la Tchétchénie n’est pas encore pacifiée, contrairement à ce que prétend le pouvoir russe ? Dans notre monde actuel tout n’est-il pas possible...

En complément : à lire le rapport d’enquête de RSF sur le Caucase russe "Le Rideau de fer médiatique"

Source photo : index.org.ru via Lenta.ru

Dur dur d'être un blogueur

Par Aurialie le 24.06.2009 à 01h17

Ce n’est pas le 1er cas et ce ne sera certainement pas le dernier dans le monde : un blogueur russe de 30 ans,Dmitri Kirilin, est poursuivi pour appel "au renversement de l’ordre politique existant" et pour s’être exprimé de façon irrespectueuse envers les structures du pouvoir, et notamment envers le premier-ministre Vladimir Poutine. Pourquoi relayer cette information, qui n’a rien de nouveau par rapport aux précédents cas d’arrestation de blogueur ? Pour 4 raisons :
- les écrits incriminés dataient de 2006, ce qui me fait dire que la justice remonte parfois loin pour trouver un chef d’inculpation contre une personne ;
- pour cette déclaration d’Ilya Iachine, membre du mouvement Solidarnost : "Ces derniers temps le pouvoir réagit nerveusement et agressivement aux énonciations de tels ou tels blogueurs. L’affaire criminelle suivante provoque de sérieuses craintes. On pouvait penser que les premiers cas étaient dus au hasard. Mais il est évident maintenant qu’il y a une politique orientée d’intimidation des gens, s’exprimant sur la politique sur Internet."
- pour cette déclaration d’Oleg Kozlovski, coordinateur du mouvement Oborona : "Durant les 2 dernières années les affaires criminelles et arrestations de blogueurs sont devenues une pratique ordinaire. La raison en est souvent d’inoffensives inscriptions sur l’activité de la milice, du FSB. Ainsi les structures de mantien de l’ordre font savoir aux utilisateurs des blogs qu’ils les tiennent tous "dans leur crochet", et sur Internet il y a une autocensure. Il est difficile et cher d’établir une censure ordinaire, et le pouvoir tente d’obliger les blogeurs à se taire par le biais des procès publics."
- pour faire un parallèle avec la France (on évitera ainsi de dire que je donne des leçons à la Russie) avec l’histoire de la blogueuse qui a reçu une convocation de la brigade de répression de la délinquance pour avoir écrit "Hou la menteuse" à l’encontre de Nadine Morano. Alors un conseil à mon gouvernement : ne soyez pas moranoïaque (voilà un autre lien pour des plus amples explications) !

Condamné pour son passé ou pour son activité présente ?

Par Aurialie le 28.04.2009 à 00h08

A notre époque, où les lois anti-terroristes outrepassent certains droits des citoyens (et pas qu’en Russie), il n’est pas bon d’appartenir ou d’avoir appartenu à un groupe d’opposition considéré comme extrémiste, terroriste, anarcho-autonome, ... C’est malheureusement, l’une des charges que le ministère public de la région de Sverdlovsk a retenu contre Alexeï Nikiforov (art 282.2 du code pénal : participation à l’activité d’un groupe social ou religieux pour lequel un tribunal a exigé la liquidation ou interdit son activité pour cause d’activité extrémiste). Le tort d’Alexeï Nikiforov est d’avoir était membre du Parti national-bolchevique avant que celui-ci ne soit interdit. Après son interdiction par la justice russe, Alexeï a continué d’être un opposant au pouvoir, en étant membre de l’Autre Russie, mais toujours en utilisant des méthodes non-violentes.

Alexeï est en prison depuis fin mars et risque 2 ans d’emprisonnement (son cas est d’autant plus délicat, qu’il a déjà été condamné en 2007 pour outrage au drapeau). Pour son Comité de soutien, cette nouvelle accusation n’a pas de fondement, cette affaire est montée de toute pièce pour annihiler tout esprit d’opposition en lui, mais aussi dans tout opposant au pouvoir. Le Comité estime que ces poursuites ressemblent aux répressions subies par les ennemis du peuple pendant la Grande terreur (dans les années 30) ou par les dissidents dans les années 70.

Les autorités judiciaires semblent continuer à exercer des pressions sur l’opposition locale, quatre membres du Comité de soutien d’Alexeï Nikiforov étaient convoqués aujourd’hui par le juge d’instruction. Va-t-il falloir créer le Comité de soutien du Comité de soutien d’Alexeï Nikiforov ?

Sources : Ekaterinbourg news et Hroniki.info

2 combats, 2 condamnations infondées

Un internaute au pseudo de Kasanski voksal m’a envoyé aujourd’hui deux informations qui ont tout à fait leur place ici : l’enfermement sans fondement d’un syndicaliste et d’un antifasciste russes.

Le 26 décembre 2008, le tribunal de district de Mirny de la République de Sakha (Iakoutie) a condamné Valentin Ourousov, électricien à l’URMSU Almazenergoremont de AK ALROSA et leader du syndicat Profsvoboda, à 6 ans de réclusion pour détention de drogues. Son avocat, Evgueny Chernousov, affirme que le tribunal n’a pas suffisamment étudié les preuves montrant l’innocence du syndicaliste, ni pris en considération sa version des faits. Lors de l’arrestation et de la confiscation des drogues, violence et menaces de mort ont été utilisées par les autorités, les déclarations des témoins à charge ont été déformées. De plus, l’arrestation de Valentin Ourousov a eu lieu à un moment essentiel de l’activité du syndicat : 2 jours avant la fin de la commission de conciliation créée pour résoudre les conflits de travail dans l’entreprise.

Ainsi, il y a fort à parier que la condamnation de Valentin Ourousov est une attaque contre son activité syndicaliste, ce qui crée un précédent extraordinairement dangereux capable d’amener à une aggravation de la situation sociale dans un proche avenir. D’ailleurs, en janvier et février 2009, 13 militants du syndicat Profsvoboda ont été licenciés de l’entreprise AK ALROSA. Et ces militants se voient maintenant refuser tout emploi dans les autres entreprises de la ville puisque ces dernières sont toutes liées à la compagnie AK ALROSA. Le pourvoi en cassation d’Ourousov aura lieu dans la seconde moitié d’avril à la Cour suprême de la République de Sakha, vous pouvez leur envoyer une lettre demandant la libération de Valentin Ourusov (modèle sur le site ikd.ru).

Autre cas, autre demande de soutien : Depuis le 6 novembre 2008, Alexei Olesinov est en prison, en attente de son procès, poursuivi pour hooliganisme en groupe (article 213, al. 2 du code pénal de la Fédération de Russie). Précisément, il est accusé de s’être battu avec des agents de sécurité du club moscovite « Culte », le 30 août 2008. Il est arrêté deux mois après, bien que les agents n’aient même pas porté plainte (les bagarres se produisent quotidiennement à la sortie des clubs). Toutes les preuves montrent donc que l’affaire est entièrement fabriquée. L’appartenance d’Olesinov au mouvement informel Antifa a été révélée dans l’enquête, alors que ça n’avait rien à y faire.

L’histoire d’Alexeï Olesinov avait été racontée dans l’un des derniers articles d’Anastasia Babourova, Grani.ru l’a relaté également cette semaine. Une campagne internationale pour faire pression sur les autorités russes peut-elle servir à quelque chose ? Si vous le croyez, n’hésitez pas à écrire au ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie ou à organiser des actions près des ambassades russes dans vos pays, ce jeune homme de 23 ans risque 5 ans de prison pour des convictions politiques.

Tribunal :
Téléphone/Fax : +7 495 911-03-85 en écrivant “Konovalova N.V.”
Adresse : 109147, Russia, Moscow, Marksistskij per., 1/32
I.o. predsedatelya Taganskogo rajonnogo suda Konovalovoj N.V.
En russe : 109147, Россия, Москва, Марксистский пер., 1/32
Исполняющей обязанности председателя Таганского районного суда
Коноваловой Наталье Владимировне

Ministère des Affaires étrangères :
Fax : +7 (499) 244-34-48 ministry@mid.ru
Adresse : Ministerstvo inostrannyx del RF
119200, Rossija/Russie, Moskva, Smolenskaja-Sennaja pl., 32/34

Sources photos : ikd.ru et grani.ru

Le chiffre du jour : 100.000

Par Aurialie le 15.04.2009 à 23h27

C’est le montant des dommages et intérêts en roubles pour préjudice moral que devrait recevoir le président de la République tchétchène Ramzan Kadyrov de la part du journal Novaïa gazeta, condamné en appel pour l’article de Viatcheslav Izmaïlov : "En Tchétchénie on enlève les amis de la famille Kadyrov". L’auteur devra également lui verser 10.000 roubles. L’avocat de Kadyrov avait demandé 1.290.000 roubles mais le tribunal a considéré que le préjudice moral était minime. D’ailleurs, en 1e instance la cours avait rejeté la plainte de Kadyrov.

Source : Lenta.ru

MAJ (16/04/2009) : Ah mais le président Kadyrov ne va pas garder l’argent pour lui, il va le reverser à une maison pour personnes agées, quelle gentillesse !

"On nous dit" par Dino MC 47

Par Aurialie le 31.03.2009 à 23h35

Une fois n’est pas coutume, un peu de rap sur Spoutnitsi. Pour sa qualité graphique et ses paroles percutantes, le nouveau clip Нам говорят ("on nous dit") du rappeur russe Dino MC 47 a toute sa place ici.

Pas besoin de retranscrire les paroles, elles sont lisibles directement dans le clip. Par contre, voilà une petite traduction de certains couplets, pour les non-russophones.
Où est la liberté de la presse ? Où sont les journalistes ?
Où est le point de vue non-officiel ?
Ils jugent de jeunes fascistes,
Et notre pouvoir, bien sûr, est clair comme du cristal
(…)

La coupure du gaz des consommateurs en Europe
C’est le même show après chaque nouvel an
L’Ukraine va-t-elle payer ? Va-t-elle ouvrir le tuyau ?
Comment peut-on faire d’un pays frère un ennemi ?
(…)

Le clip se termine par le message suivant : "En déclarant l’année 2009 "Année de la jeunesse", nos "grands boss" ont pris sur eux une grande responsabilité ! J’espère vraiment que cette année sera productive et juste dans son engagement d’idées adéquates et précises dans les têtes des jeunes."

Pour en savoir plus sur Dino MC 47, vous pouvez lire une de ses interviews, intitulée "Ce qui se passe dans la société m’inquiète réellement."

Les Allemands aiment les journalistes russes

Après l’attribution par Transparency International, ancienne ONG allemande devenue internationale, du Prix de l’intégrité 2008 au journaliste russe Roman Chleïnov, c’est la fondation allemande Zeit Stiftung qui lui a remis le prix Gerd Bucerius de la presse libre d’Europe de l’Est 2009. Il est récompensé pour ses enquêtes sur la corruption et l’action des autorités, non connue de l’opinion publique.

Le prix a également été attribué à la journaliste moscovite Zoé Svetova, qui écrit sur le thème de l’arbitraire dans les procédures judiciaires et l’inhumanité des organismes d’exécution des peines pour Novykh Izvestii, Ejednevnii journal, Doch, le portail des Droits de l’Homme en Russie, ...

Source : site des droits de l’Homme en Russie

Un avocat spécialiste de la Tchétchénie et une journaliste assassinés à Moscou

Via l’AFP : Un avocat russe spécialiste des crimes commis en Tchétchénie (Caucase du Nord) a été tué par balles lundi en plein coeur de Moscou, et une journaliste stagiaire du bi-hebdomadaire Novaïa Gazeta Anastacia Babourova, grièvement blessée à ses côtés pendant l’attaque, a succombé à ses blessures peu après.

L’avocat, Me Stanislav Markelov a été tué alors qu’il venait de dénoncer au cours d’une conférence de presse la libération anticipée de l’ex-colonel russe Iouri Boudanov, condamné à 10 ans de prison en 2003 pour avoir étranglé trois ans plus tôt Elza Koungaïeva, une Tchétchène de 18 ans. Il était l’avocat de la famille de la jeune fille.

"Les enquêteurs étudient les différents mobiles de l’assassinat, y compris l’activité professionnelle de la victime", a indiqué le Comité d’enquête du parquet russe dans un communiqué. "Après la conférence de presse, il est parti et il a été attaqué (...) Il n’avait rien dit des menaces dont il aurait été la cible", a indiqué à l’AFP une responsable du Centre de presse indépendant, où l’avocat s’était exprimé avant d’être tué.

Le père d’Elza Koungaïeva, Vissa Koungaïev, a pour sa part déclaré à l’antenne de la radio indépendante Echo de Moscou que Me Markelov avait reçu récemment des menaces. "Il m’a dit qu’on lui envoyait des SMS, qu’on l’appelait. On lui disait d’arrêter avec l’affaire Boudanov ou alors on allait le tuer", a expliqué M. Koungaïev.

Lorsqu’il a été tué, Me Markelov était accompagné d’une stagiaire de Novaïa Gazeta, un journal qui dénonce aussi les exactions commises pendant les deux guerres de Tchétchénie et pour lequel avait travaillé Anna Politkovskaïa, une journaliste spécialisée sur cette région et qui a été assassinée en octobre 2006. La jeune fille, âgée de 25 ans selon les médias russes, a succombé quelques heures après avoir été touchée à la tête pendant l’attaque. "Les médecins ont fait tout ce qui était en leur pouvoir. Il y a quelques minutes, la journaliste de Novaïa Gazeta Anastassia Babourova est décédée", a indiqué le journal sur son site internet. Elle avait écrit pour son compte plusieurs articles sur les problèmes de racisme et l’ultranationalisme en Russie.

Le Procureur général de Russie Iouri Tchaïka a indiqué avoir pris "personnellement" le contrôle de l’enquête. Me Markelov avait défendu Anna Politkovskaïa dans plusieurs affaires, ainsi que Mikhaïl Beketov, un journaliste d’opposition russe sauvagement agressé à Khimki en banlieue de Moscou en novembre dernier. Il était aussi l’avocat de Magometsalih Massaïev, un homme porté disparu depuis le mois d’août 2008 après qu’il eut accusé le président tchétchène Ramzan Kadyrov de l’avoir pris en otage pendant quatre mois.

Officiels tchétchènes et défenseurs des droits de l’homme ont dénoncé avec véhémence le meurtre de l’avocat. Il s’agit d’un "crime méprisable", a réagi dans un communiqué une responsable d’Amnesty International, Nicola Duckworth. "Les autorités russes doivent prendre des mesures décisives pour montrer que de tels crimes ne seront pas tolérés", a-t-elle ajouté. Un porte-parole du représentant du président tchétchène pour les droits de l’homme, cité par Ria Novosti, s’est montré encore plus virulent : "Nous supposions et nous avions averti que Boudanov allait commettre d’autres crimes. On ne peut pas dire que c’est lui, mais on peut dire que ce sont ses partisans en accord avec lui". "Le meurtre dans le centre de Moscou d’un avocat qui s’occupait d’affaires politiques importantes, a autant d’importance que l’assassinat d’Anna Politkovskaïa", a déclaré de son côté Lioudmila Alekseïeva, qui dirige le groupe Helsinki de Moscou, à l’agence Interfax.

Le procès des complices présumés du meurtre d’Anna Politkovskaïa se poursuivait par ailleurs à Moscou, alors que le tireur présumé n’a toujours pas été arrêté et que le commanditaire n’est pas identifié.

Source photos : Lenta.ru, en haut Stanislav Markelov, en bas Anastacia Babourova.

Le combat d'Irek Mourtazin contre les autorités tatares

Depuis quelques jours, certains internautes russes affichent leur soutien à Irek Mourtazin, illustre blogueur de l’opposition tatare et ancien chef du service de presse du président du Tatarstan, accusé de diffamation, non respect de la vie privée (du président tatare Mintimer Chaïmiev) et incitation à la haine raciale. Deux affaires lui valent ces poursuites :

  • le 12 septembre 2008, il écrit sur son blog que le président Chaïmiev est mort pendant ses vacances en Turquie. Cette information, qui se répand sur plusieurs blogs, s’avère finalement fausse. Mourtazin explique, pour sa défense, qu’il n’est pas le premier à avoir évoqué ce fait divers, qu’il l’a lu sur la communauté Live journal de Kazan.
  • Mourtazin a également écrit un livre intitulé Mintimer Chaïmiev : le dernier président du Tatarstan, où seraient disséminées des "informations diffamantes pour l’honneur, la dignité et la réputation d’homme d’affaires du président tatare". Exemple de phrase incriminée (p.56) : "Chaïmievest un bon exemple d’un comportement dans lequel domine le nihilisme législatif. Pour cette raison, il ne sait pas comment lutter contre la corruption. Mais la corruption a toujours été et reste rampante (au Tatarstan)."

L’accusation d’incitation à la haine raciale vient du fait que dans ses écrits il diviserait la société en deux catégories : la population et le pouvoir de la République du Tatarstan. Dans l’acte d’accusation du 14 janvier il est écrit : "En jugeant de manière négative l’activité des personnes responsables du pouvoir exécutif et législatif de la république, il a opposé la population au pouvoir, en décrivant les membres de ce dernier par des caractéristiques mensongères et négatives, accusant sans fondement les structures du pouvoir de vénalité, de violation des lois, de nihilisme juridique, d’utilisation de narcotiques, d’alcoolisation de la population, d’incitation à participer à des groupes sectaires et criminels, de destruction de l’économie ayant pour conséquence une gestion déficiente, d’accomplissement d’actions à caractère criminel ; et accusant le président de la république du Tatarstan d’être responsable du déclenchement de la guerre en Tchétchénie."

Irek Mourtazin poursuit toutefois son travail de journaliste et écrit actuellement un livre sur l’implication de la mairie de Kazan dans la corruption du système de transport public de la ville. Mourtazin semble en tout cas réellement gêner les autorités locales car il a été grièvement blessé par deux jeunes gens le 30 décembre, sans que rien ne lui ait été dérobé. Il pense donc que ce sont des personnes liées à la mairie de Kazan qui l’ont agressé. Pour ces partisans, il est évident que ces poursuites politico-pénales ont pour but de réprimer la volonté et l’activité d’un opposant régional.

Source bannière : Rem-lat
Source image : Opasny-tip

Libérez Soutiaguine et les prisonniers politiques !

Le cas des scientifiques accusés d’avoir divulgué des secrets d’État avait été brièvement mentionné dans un article évoquant une lettre ouverte à Dmitri Medvedev demandant de libérer les prisonniers politiques russes. A l’occasion de l’anniversaire de l’un d’eux, Igor Soutiaguine, une soixantaine de personnes se sont rassemblées aujourd’hui à Moscou pour demander une révision juste de son procès et sa libération, mais aussi celle des autres prisonniers politiques ; et pour exprimer leur préoccupation des atteintes aux droits de l’Homme et aux libertés dans la Russie moderne.

Igor Soutiaguine était chercheur en science nucléaire, à l’Institut États-Unis-Canada de l’Académie des sciences russe, lorsqu’il est arrêté en 1999 pour trahison (article 275 du Code pénal russe). Le FSB l’accuse d’avoir transmis à des officiers du renseignement américains des informations sensibles concernant les systèmes d’armement russes. Or les informations transmises étaient accessibles au grand public, ce qui fait dire que les motivations de ce procès sont politiques. Soutiaguine a d’ailleurs été acquitté une première fois, mais le FSB n’a pas lâché sa proie et a cherché d’autres preuves. Lors d’un 2e procès entaché d’irrégularités (normes internationales en matière d’équité non respectées, manque d’indépendance des magistrats), il est condamné à 15 ans de prison dans un camp à régime sévère d’Arkhanguelsk.

Vous pouvez lui écrire à l’adresse suivante :
163050 РОССИЯ,
г. Архангельск, ул. Пирсовая, 27
ФГУ ИК-1, 12-й отряд
СУТЯГИНУ Игорю Вячеславовичу

Source photo : Kasparov.ru

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