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Premier cas d'enfermement psychiatrique pour un internaute

Par Aurialie le 16.03.2009 à 01h10

Depuis le 6 mars, le créateur et administrateur de plusieurs groupes d’opposition du réseau social Vkontakte (Facebook russe), Vadim Tcharouchev, est enfermé dans une unité psychiatrique. Les dernières personnes à lui avoir parlé sont Olga Kournosova, leader de la section pétersbourgeoise du Front civique unifié (OGF) et Vsevolod Nelaev. A la première, il a demandé de l’aide pour se rendre à son ancien lieu de travail pour le 8 mars (la fête des femmes) car les relations avec son ancien patron étaient tendues. Au deuxième il a également demandé de l’aide car on lui avait injecté une préparation médicale, sa voix au téléphone n’était pas très claire.

Vendredi lors d’une audience du tribunal de Smolny, l’enfermement forcé en hôpital psychiatrique a été confirmé, malgré l’absence de diagnostic. Tcharouchev a déclaré qu’il était enfermé car il avait refusé de signer un accord pour être soigné de son plein gré. Il a fait également part de menaces et intimidations du personnel médical.

Selon Olga Kournosova, c’est le premier cas d’utilisation répressive de la psychiatrie pour un activiste sur Internet. Parmi les groupes créés par Tcharouchev, on trouve "Je n’ai pas voté pour Russie Unie et la marionnette de Poutine ! Je suis contre la dictature du KGB en Russie !", "Valeria Novodvorskaïa", "Galina Starovoïtova, vos idées sont vivantes !", ...
Que nos internautes français se méfient : après l’obtention de la fermeture d’un groupe sur Facebook par l’élu UMP Eric Raoult et le dépôt de plaintes contre Youtube et Dailymotion par Nadine Morano, ils pourraient très bien subir le même sort de Tcharouchev à plus ou moins long terme...

Source photo : Blog Namarsh.ru

Encore un !

Les enfermements psychiatriques en Russie, s’ils ont pu nous étonner de prime abord, ne nous interloquent plus. Et pourtant, ce n’est pas une raison pour ne pas dénoncer un nouveau cas, montrant une fois de plus la violence d’un État qui veut contrôler chaque citoyen. La récente cible de l’autoritarisme du régime poutinien s’appelle Roman Nicolaïtchik. Juriste de formation, il voulait se présenter aux élections législatives de décembre dans la région de Tver sous l’étiquette l’Autre Russie, ce qui en faisait forcément un ennemi. Les autorités l’ont donc accusé de tentative de meurtre, alors qu’il se trouvait à de nombreux kilomètres du lieu de l’agression ce jour-là. La "malheureuse victime" lui a proposé de retirer sa plainte en échange de 100.000 roubles ; louche !

La machine est donc maintenant en route. Et depuis le 1er février il se trouve dans un hôpital psychiatrique de type fermé, sans téléphone portable, ni possibilité de communiquer avec l’extérieur. Sa sortie n’est pas prévue avant la fin du mois de février. Les associations de défense de droit de l’Homme (Groupe Helsinki de Moscou, la Commission citoyenne des droits de l’Homme, le Comité international de défense des libertés et de la société civile) et les médias indépendants (Grani.ru, Novaya Gazeta, the Moscow Times, Radio Svoboda, Newsru.com, Kasparov.ru, …) tentent de faire connaître au grand public le cas de ce jeune homme, interné pour ces convictions.

Source : Ares

Nouveau cas d'enfermement psychiatrique abusif

Par Aurialie le 14.12.2007 à 00h47

Alors que Reporters sans frontières a annoncé aujourd’hui la prochaine libération d’Andreï Novikov, interné de force en hôpital psychiatrique depuis le 14 février dernier, une nouvelle affaire d’enfermement psychiatrique d’un membre de l’opposition est relayé sur les blogs.

Artem Bassyrov, membre de l’Autre Russie, organisateur de Marches du désaccord dans la République des Maris et candidat à la députation en décembre, est détenu dans un hôpital psychiatrique, sans aucun contact extérieur, depuis le 23 novembre 2007. Il a été officiellement arrêté pour harcèlement sur une jeune fille, à la veille d’une Marche... Il y a donc peu de doutes sur le motif réel de l’arrestation. Selon certains bruits, il ne sera pas libéré avant l’élection présidentiel de mars 2008, qui verra la victoire de Dmitri Medvedev et la nomination de Vladimir Poutine au poste de Premier Ministre. Sarkozy pourra alors le féliciter une nouvelle fois très chaleureusement.

Source photo : Universalis

Appel à la libération d'Andreï Novikov

Par Aurialie le 23.11.2007 à 00h05

Envoyé spécial diffusait ce soir un bon reportage de Marion Loizeau sur Anna Politikovskaïa, un an après sa mort (et en prolongement, sur la situation de la presse libre en Russie). Les images d’archives de son mari, montrant l’origine de son engagement, et les dernières interviews qu’elle avaient accordées avant son assassinat, étaient particulièrement émouvantes.

La dernière partie du reportage relatait le sort du journaliste d’opposition Andreï Novikov, enfermé depuis 10 mois dans un hôpital psychiatrique de Rybinsk, comme Larysa Arap il y a quelques mois. Il est accusé d’incitation à la perpétration d’actions extrémistes, suite à la publication sur Internet de deux articles, comportant les phrases suivantes : "Les paroles d’Allah sont là comme le glaive vengeur … Oui la volonté d’Allah se réalisera ! Oui Allah transformera en poussière ces maisons de tolérance, qui se multiplient dans toute la Russie (…) Rybinsk adore le diable, Iblis, qui dirige le monde. Nous ébranlerons les refuges de Satan et d’Iblis !" Novikov ne nie pas la paternité de ses mots, mais explique que ce sont des œuvres littéraires et non des appels à la haine.

Quoiqu’il en soit, cela ne nécessite certainement pas un enfermement et un traitement psychiatriques, dignes des années Brejnev. Il est donc nécessaire que la communauté internationale se mobilise pour faire sortir Andreï Novikov, (et les autres) comme cela a été le cas pour Larisa Arap.

Source image : Novaïa Gazeta

Psychiatrie politique

Dernièrement, les journaux français se sont fait écho de l’enfermement en hôpital psychiatrique de la militante, Larissa Arap, membre du mouvement d’opposition Front civique unifié. Pour avoir dénoncé les sévices infligés aux patients d’hôpitaux psychiatriques (électrochocs, viols, privation de nourriture, coups, ...), L. Arap s’est elle-même retrouvée enfermée contre son gré depuis le 5 juillet, alors qu’elle passait des examens pour renouveler son permis de conduire. Seule bonne nouvelle : une éventuelle sortie est prévue dans deux semaines, selon le médecin principal de l’hôpital psychiatrique.

Autre opposant au régime, autre enfermement :Nikolaï Balouev, membre du Parti national bolchevique, accusé de détention d’arme et de préparation d’attentat, doit rester dans un hôpital psychiatrique spécialisé de Novossibirsk jusqu’à guérison de son état considéré comme "malade", suite à une décision du tribunal local de Novossibirsk. Cependant les conclusions de la première expertise psychiatrique étaient tout autre : les experts de l’hôpital spécialisé ?3 de Novossibirsk ont conclu que Balouev était responsable de ses actes au moment de leur accomplissement, mais qu’une maladie mentale sous forme de "psychose réactive" s’était développée pendant sa garde à vue. L’accusation a alors demandé une contre-expertise, qui a été mené par l’Institut de psychiatrique sociale et juridique de Moscou. Les experts ont reconnu Balouev irresponsable, ce qui a permis au Tribunal de Novossibirsk, qui a également déclaré infondées les conclusions de la défense sur une fabrication de toute cette affaire, d’envoyer l’accusé en hôpital psychiatrique.

Pourquoi envoyer un jeune opposant en hôpital psychiatrique plutôt qu’en prison ? Pour les mêmes raisons qu’au temps de l’Union soviétique : isoler les prisonniers politiques du reste de la société, discréditer leur idées, les briser physiquement et mentalement. Et l’Institut de psychiatrique social et juridique de Moscou portant le nom du psychiatre russe Vladimir Serbsky a toujours été un instrument du pouvoir et de répression. Dans les années soviétiques, on compte parmi ses victimes le général Petro Grigorenko, le mathématicien Alexandre Essenin-Volpin, le poète Viktor Nekipelov et l’écrivain géorgien Zviad Gamsakhurdia, tous devenus des dissidents qui ont lutté contre les abus des autorités soviétiques.

La directrice de l’Institut a affirmé que la psychiatrie russe aujourd’hui n’était plus utilisée de façon abusive. Ce que réfute Iouri Savenko, président de l’association psychiatrique indépendante de Russie, en expliquant que de tout temps (soviétique et actuel), des institutions étaient spécialement conçues pour servir les intérêts de l’État. Il cite notamment l’affaire Boudanov, cet officier russe accusé d’avoir étranglé une jeune Tchétchène en mars 2000. L’Institut Serbsky avait déclaré Boudanov dément, donc irresponsable, au moment du meurtre. Des contre-enquêtes avaient été menées, notamment par l’Association, arrivant à des conclusions contraires. L’Institut, au lieu de faire valoir des arguments psychiatriques, avait alors déclaré que les experts de l’association avaient été payés. Le colonel Boudanov, après avoir été jugé irresponsable de son acte une première fois, a finalement été condamné à 10 ans d’emprisonnement en juillet 2003, remettant en cause la pertinence et la véracité des conclusions de l’Institut Serbskiy.

Il y a deux jours un responsable de l’Institut a déclaré dans le Daily Telegraph que le candidat à l’élection présidentielle russe de 2008, Vladimir Boukovski, était "sans aucun doute psychotique". "Après son arrestation, il a écrit des centaines de lettres de plaintes. Tout le monde ne fait pas ça. C’est une autre symptôme de sa condition", a-t-il poursuivi. Après avoir déclaré que Boukovski n’avait pas la nationalité russe, qu’il n’avait pas vécu 10 ans en Russie, que sa double nationalité russo-britannique l’empêchait de se présenter, les adversaires du dissident soviétique évoquent la maladie mentale comme raison à la non validation de sa candidature... Pourquoi le pouvoir russe a-t-il si peur de Vladimir Boukovski et des accusations de quelques éléments de la société civile ?

Photo1 : Instants de Folie de Julian Renard
Photo2 : Institut Serbsky sur Rol.ru
Photo3 : Nature Morte 2 de Antje Poppinga

Retour aux anciennes méthodes

L’opposante russe Larissa Arap, internée contre son gré depuis presque un mois, a confirmé que sa privation de liberté était liée à ses déclarations en juin dernier sur des actes de violence infligés à des malades mentaux dans une clinique du pays.

Un journaliste de Reuters a pu joindre par téléphone Larissa Arap, internée de force depuis le 5 juillet dernier dans un hôpital psychiatrique de la ville de Mourmansk, près du cercle polaire.

Les contours de cette affaire demeurent toujours flous mais déjà de nombreuses voix se sont élevées en Russie pour dénoncer un retour aux pratiques soviétiques d’enfermement des dissidents datant l’époque de la Guerre Froide.

Visiblement fatiguée mais gardant un discours cohérent, Arap a confié que ses problèmes avaient commencé lorsqu’elle était venu récupérer chez son médecin des documents attestant de sa bonne santé morale, ceci pour le renouvellement de son permis de conduire.

Le médecin lui aurait alors demandé si elle était à l’origine d’un article de presse publié en juin où étaient dénoncés des viols et des mauvais traitements infligés à des malades mentaux dans un hôpital psychiatrique de la région. Arap aurait alors acquiescé, avant d’être prise au piège.

"Elle (le médecin) a appelé la police. Ils m’ont emmenée de force, puis m’ont jetée dans une ambulance. Ils m’ont conduite ici où j’ai été battue", a pu confier Arap après avoir emprunté le téléphone mobile d’un autre patient de l’établissement.

"Je ne me sens pas bien mais j’essaie de tenir le coup", a-t-elle ajouté.

Une proche de l’opposante, Elena Vassilieva, qui a pu rendre visite à Arap a déclaré que des médecins lui avaient injecté de force des médicaments. Le responsable de la clinique a refusé de répondre à toute question concernant cette affaire.

"Tout cela, c’est à cause de l’article publié dans le journal", a estimé l’opposante, décrite comme terriblement affaiblie par un photographe de Reuters qui a pu se rendre sur place.

Le Front civique unifié, dont Arap fait partie, a annoncé mardi que le médiateur des droits de l’homme russe allait ouvrir une enquête sur les circonstances de cet internement.

Source : Reuters via Yahoo news
Photo : Kasparov.ru

Boukovski veut la place de Poutine

A moins d’un an de l’élection présidentielle russe, un nouveau candidat entre dans la course. Ancien prisonnier politique enfermé pendant douze ans dans des camps et hôpitaux psychiatriques soviétiques, le dissident et défenseur des droits de l’homme Vladimir Boukovski a été choisi par l’Initsiativaïa Groupa pour être le candidat de l’opposition qui va "mettre fin à la farce absurde du processus démocratique" de Vladimir Poutine "préparant des élection sans choix".

Selon les neuf signataires de cet appel, Boukovski a toutes les qualités pour être candidat : fort, sans compromis, décidé, une autorité morale et politique irréprochable, connu et respecté par la société, indépendant de tout parti ou groupe, capable de proposer au pays un programme honnête de réformes démocratiques, juridiques et sociales.

Voilà des extraits de son communiqué :
"Je vous remercie de tout cœur de votre foi dans l’avenir de la Russie et de mon possible rôle dans celui-ci. J’avoue, honnêtement, que moi-même il y avait longtemps que j’avais perdu cette foi. (…) Aujourd’hui, cependant, on ne parle pas du rétablissement [de la Russie], mais de son salut. Il y a de nouveau des prisonniers politiques, ce qui pour la Russie, avec son histoire, sont des symptômes d’une maladie mortelle. L’asthmatique Mikhaïl Trepachkine s’asphyxie dans sa cellule ; on condamne de nombreux savants, dont la seule faute être d’être entré en contact avec leurs collègues occidentaux ; les hommes d’affaires indociles sont déportés dans des bagnes ; à cause de l’auto-affirmation du pouvoir tchétchène on supprime la petite nation caucasienne ; le meurtre politique est devenu la norme. (…)

Je suis un prisonnier. C’est ma nationalité, ma biographie, ma foi. Je ne peux pas admettre qu’une personne s’amenuise en prison. Si ma candidature peut arrêter rien que cela, je suis déjà d’accord avec cela. Je ne peux pas promettre à notre peuple le bonheur. Le chemin du rétablissement qui est devant nous est épuisant et lourd. (…) Voilà déjà dix ans que l’on ne m’autorise pas à aller en Russie, même pour du tourisme, sans aucunes raisons légitimes. Probablement, du polonium 210 m’attend, mais cela ne m’arrête pas. Pourvu que cela ne vous arrête pas.

Le toast préféré chez nous a toujours été "à notre cause perdue". Aujourd’hui cette affaire semble perdu. C’est pour cela que je l’accepte. Pour votre et notre liberté !"

Boukovski a été rendu célèbre par son combat contre les autorités soviétiques. Dès 1971, il faisait passer en Occident 150 pages sur les abus des institutions psychiatriques commis sur les prisonniers politiques. Il a également rédigé un Manuel sur la psychiatrie pour les dissidents pour aider ces derniers à lutter contre les abus des autorités. Mais son échange contre l’ancien leader communiste chilien Luis Corvalan en décembre 1976, alors qu’il est lui-même emprisonné, l’a fait connaître mondialement.

A cette occasion, il a déclaré (source : Nicolas-Brion) :
"Bizarrement, je ne ressentis ni joie ni tristesse quand l’avion décolla, seulement une énorme fatigue après tant d’années de prison, de camp de travail et d’hôpitaux psychiatriques. (…) J’avais fait tout ce qui était humainement possible pour sortir cet immense pays de sa léthargie, et si je n’avais pas réussi, ce n’était vraiment pas de ma faute. C’était leur choix. Pauvre pays où la simple honnêteté est considérée au mieux comme un acte d’héroïsme, au pire comme une maladie mentale. Maudite soit une nation qui a perdu le sens de sa dignité." Son combat se poursuit aujourd’hui.

Source : Prima-news

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