Tous les articles sur le mot clé : société

"Before I die", un projet poético-urbain

Par Aurialie le 22.04.2012 à 01h15

Candy Chang est une jeune street-artist et designer qui cherche à rendre les villes plus confortables et contemplatives. L’une de ses idées, intitulée "Before I die", est un projet artistique public et interactif qui invite les gens à partager leurs espoirs et leurs rêves dans un espace public, dans le but de créer du lien social au sein de l’environnement urbain. Pour cela, comme le montre la photo ci-dessous, elle transforme un mur en un gigantesque tableau noir sur lequel les passants peuvent écrire, grâce à une craie, leur ultime souhait avant de quitter ce monde, en complétant la phrase "Before I die, I want to".

Le premier mur a été installé sur une maison abandonnée de Nouvel Orléans, puis d’autres sont apparus à Brooklyn, à Montréal, au Mexique, mais également au Kazakhstan. Et ce projet a également vu le jour à Moscou ce samedi à 17h, grâce à l’espace de création et de design Flacon. On peut voir sur la photo de droite, la 1e photo de l’installation du mur. Pour le moment, je n’en ai pas trouvé d’autres, je pense que le mur va commencer à se remplir aujourd’hui. Je vous conseille donc de suivre le compte twitter de Flacon pour découvrir l’évolution du projet.

Source photos : à gauche Candy Chang, à droite Flacon

Quinze vies à l'Est

Par Aurialie le 20.02.2012 à 22h12

Avec quelques jours de retard, je viens de découvrir le projet "15 vies à l’Est" (en anglais "15 young by young"), consistant en une série de reportages de 13 minutes de 15 jeunes réalisateurs vivant dans les 15 anciennes républiques de l’Union soviétique. L’objectif : dresser un portrait de leur génération. Les 15 réalisateurs appartiennent en effet à une génération unique née en Union Soviétique, mais qui s’est ensuite développée dans des États indépendants. Les courts-métrages permettent donc de découvrir leur quotidien, leur expérience, leur vision du monde, leur culture, … depuis la fin de l’URSS, il y a maintenant 20 ans.

Chaque jour, depuis le 6 février (et jusqu’au 24 février) à 10h30, Arte diffuse un des reportages. Vous pouvez donc encore voir l’Ukraine, le Kirghizstan, la Lettonie et l’Arménie. Pour le moment, je n’ai pas trouvé les vidéos sur la VOD d’Arte ou sur des sites de partage de vidéos, vous pouvez donc déjà voir la bande-annonce ci-dessus, visiter le site du projet et également voir les dessins animés de onze réalisateurs sur leur jeunesse.

Sur la page de présentation des réalisateurs, en plus des infos biographiques, on découvre parfois des extraits de leur travail ou encore leurs chanson et dessin animé préférés. Ainsi, sur la page de la réalisatrice russe Sveta Strelnikova, on peut (re)voir le célèbre dessin animé Malych et Karlson (????? ? ???????) et une chanson de Milyi. Côté projet, elle a tourné son reportage sur une personnalité connue de Spoutnitsi, Artiom Loskoutov et sa Monstratsia. Petite parenthèse pour finir : ce garçon plein d’idées organise le lendemain de l’élection présidentielle à Novossibirsk une Parade des doutes (sur les différents aspects de la vie, pas seulement politiques).

Démocratie Potemkine ?

Par Aurialie le 05.11.2011 à 02h22

Le crowdsourcing peut-il aider les citoyens russes à s’impliquer davantage dans la politique de leur pays ? C’est en tout cas ce que semble vouloir le gouvernement russe en mettant en place une plateforme de contribution participative dans l’élaboration des propositions de loi, WikiVote. Le site, pour le moment, de présente que le fonctionnement du projet : un projet de loi est posté sur le site, les utilisateurs sont alors invités à modifier chaque paragraphe, à voter pour les suggestions proposées ou à débattre les points les plus pointus. Un système de notation donne plus de poids aux utilisateurs sérieux ; des experts sont également invités à participer. Un article de The Economist précise qu’un test à grande échelle a eu lieu plus tôt cette année sur un projet de loi sur la pêche amateur. A la demande du gouvernement, Wikivote a posté le projet de loi, qui a connu deux réécritures avec plus de 1000 propositions de modifications.

The Economist pointe également les problèmes posés par une législation crowdsourcée : "Le plus difficile n’est pas l’appropriation de la technologie (un simple forum de discussion en ligne est suffisant), mais la création d’un processus équitable et transparent qui assure aux gens que leurs voix ont été entendues."
Un autre problème est qu’une consultation publique "prend beaucoup de temps et d’argent" et rassemble difficilement l’intérêt du grand public, qui souvent ne sait pas écrire des lois, ce qui laisse la place aux lobbyistes professionnels. Enfin, les sites web gouvernementaux de ce type sont souvent maladroits, avec des interfaces peu ergonomiques. C’est pourquoi Radio Free Europe dans un article du 3 novembre se demande si le crowdsourcing en politique - participation sans représentation véritable - ne serait pas en fait une "démocratie Potemkine" ou, selon l’expression de Rebecca MacKinnon en parlant de la Chine, un "autoritarisme en réseau". Une bonne raison d’être septique sur les intentions du gouvernement russe, selon ce même article, est le lancement par Russie Unie d’un site où les gens peuvent se plaindre et signaler des violations pendant les élections. Cependant, l’utilisation du site ne serait pas du tout évidente et ne serait donc qu’un moyen de légitimer le parti au pouvoir.

Radio Free Europe termine son article ainsi : "même si l’aspect participatif de l’initiative était pur, il est souillé par le contexte parlementaire en Russie" : "contrôle serré des médias", "usage abusif des ressources de l’Etat", "terrain de jeu électoral biaisé résultant d’une Douma remplies de députés de Russie Unie et d’une opposition douce et paralysée". "Une initiative en ligne comme Wikivote est donc susceptible de n’être qu’une attraction". D’autant plus que de telles initiatives en Europe n’ont pas vraiment rencontré le succès : mobilisation marginale et vices de forme pour la révision constitutionnelle en Islande, résultats médiocres du site gouvernemental estonien sur les factures, …

Pour autant, le crowdsourcing n’intéresse pas que les hommes politiques en Russie. Pour son 170e anniversaire, la banque Sberbank a lancé une grande consultation collective sur 3 sujets : Sberbank – 21 – futur (quel Sberbank en 2021 ?), Russie – 21 – progrès (quel futur pour la Russie ? Comment en faire le meilleur pays du monde ?) et Innovation – 21 – Crowdsourcing (comment les technologies de crowdsourcing peut aider au développement de nouveaux projets). Une conférence de restitution est prévue le 12 novembre, il sera intéressant de voir les résultats de cette consultation en Russie.

Le futur a commencé

Par Aurialie le 05.10.2011 à 23h14

Tel est le titre de cette vidéo montrant une vision du futur, qui est en fait une invitation à imaginer d’autres scenarios possibles. Car "le futur n’est pas un moule figé et statique d’un espace ou d’un moment", mais "évolue à chaque seconde", et chaque action ou décision modifie son déroulement.

Voilà les principales caractéristiques de ce futur :
- les passeports biométriques seront insérés dans le corps
- la bureaucratie disparaîtra et le fonctionnement de l’État sera réduit
- démocratie sera directe.
- toute personne sera un média
- la réalité sera virtuelle et universelle
- les personnes pourront choisir leurs lieux de résidence, travail, études et même leur personnalité dans les mondes virtuels
- l’énergétique atomique jouera un rôle majeur
- le processus alimentaire de l’homme sera modifié, ce sera une alimentation par l’énergie.
- les guerres deviendront virtuelles
- l’espérance de la vie augmentera, les diagnostics se feront en ligne, la grossesse se fera en dehors du ventre de la mère, les organes obsolètes seront remplacés
- la formation se fera à distance
- il y aura une devise unique, une langue commune, un gouvernement mondial. Il n’y aura plus de nationalité. Le rôle de l’État sera joué par les multinationales
- le travail manuel sera à la charge des robots, l’homme s’occupera de l’art et du travail intellectuel.

Alors, tenté par ce futur ? Vous pouvez en discuter sur le site http://foresight2050.ru/

La longue route de la modernisation

Par Aurialie le 21.09.2011 à 00h09

... peut être très longue... et très fatigante...

Dessin de V. Bogorad

Jamais sans mon ordi

Par Aurialie le 15.10.2010 à 23h53

Ce dessin d’Olga Gromova, que j’ai déjà évoquée il y a près de 2 ans, illustre assez bien l’actualité française de ces derniers jours, alors qu’une nouvelle journée d’action contre la réforme de la retraite doit avoir lieu samedi. Jeunes et moins jeunes manifestent pour que l’âge légal de départ à la retraite ne passe pas de 60 à 62 ans (pour ceux qui auront cotisé les 40 années légales) et de 65 à 67 ans (pour ceux qui n’auront pas cotisé leurs 40 années).

Pour info, l’âge de départ à la retraite en Russie est de 55 ans pour les femmes et de 60 ans pour les hommes. Mais comme la durée moyenne de la vie est de 69 ans en Russie, le gouvernement n’envisage pas de l’augmenter, a déclaré Vladimir Poutine cet été. Par contre, le montant des retraites a été augmenté, ce qui était nécessaire, puisque, ainsi, la retraite moyenne est égale à 35,5% du salaire moyen (chiffre de en juillet 2010).

Source dessin : blog d’Olga Gromova

Homosexualité en Russie - un sondage peu rassurant

Par Aurialie le 28.08.2010 à 23h21

Fin juillet le centre Levada a mené un sondage auprès de 1600 Russes de 130 villes pour connaître leur opinion sur l’homosexualité, les résultats ne sont pas glorieux, l’homophobie est largement répandue dans l’opinion publique russe. A la question "qu’est pour vous l’homosexualité ?", 38 % des personnes interrogées pensent que c’est "du laisser-aller, une addiction nocive", 36% "une maladie, le résultat d’un traumatisme psychologique " et seulement 15% "une orientation sexuelle, égale en droit à l’orientation traditionnelle" (11% ne se prononcent pas).

La question suivante interrogeait les gens sur la façon de se comporter vis-à-vis des homosexuels. Un quart des répondants estiment qu’il faut agir avec eux, comme avec les autres. Après c’est moins drôle : 24% pensent qu’il faut leur fournir une aide psychologique, 21% les soigner, 18% les isoler de la société et 4% les liquider (9% ne se prononcent pas).

Concernant l’égalité des droits, 45% sont plutôt d’accord pour dire que les homosexuels doivent avoir les mêmes droits que les autres citoyens, 41% ne sont pas d’accord, et 15% ne se prononcent pas. Mais l’égalité des droits ne va pas jusqu’au mariage, puisque 30% sont plutôt contre les unions homosexuelles et 54% carrément contre. Et même l’organisation de gay-pride en Russie n’est pas tolérée par la majeure partie des personnes interrogées : 24% sont plutôt contre et 58% formellement contre.

Enfin, la dernière question portait sur l’adoption d’une loi sur l’interdiction de la discrimination liée à l’orientation sexuelle : 41% des répondants sont plutôt pour une telle loi, 31% sont contre et 26% ne se prononcent pas.

Le centre Levada a déjà posé ces questions en 2005 et la comparaison des résultats indique que le niveau de tolérance vis-à-vis de l’homosexualité a légèrement diminué dans la société russe en 5 ans. Il nous en apprend également un peu plus sur le profil des personnes homophobes dans la société russe : l’homophobie est plus prononcée chez les hommes de plus de 55 ans, avec un niveau d’éducation moyen et des revenus faibles. Les femmes entre 18 et 39 ans, avec un bon niveau éducatif et de bons revenus sont plus tolérantes envers les personnes homosexuelles.

Image : manifestation contre l’homophobie à Tomsk (source : communauté LiveJournal ru_rainbowflash)

Made in Russia

Par Aurialie le 07.02.2010 à 02h08

Après la fabrique de pelmini et vareniki, voilà un magnifique reportage photo d’une fabrique de valenki, ces grosses bottes typiquement russes en feutre, à Kaliazine (entre Moscou et Iaroslavl).

Selon l’auteur des photos, Igor Alekseev alias Impostors sur LiveJournal, les valenki, chaudes, pratiques et bon marché, sont de nouveaux populaires en Russie.

Et si l’usine n’a pas de problème de commandes, les salariés ne profitent pas de sa prospérité : locaux usés, air mauvais, salaire moyen de 5.000 roubles.

A voir également, un reportage sur une fabrique de jouets en bois.

Source : Impostors.livejournal.com

Pouvoir et société-Autoportrait par Elkine

Par Aurialie le 05.02.2010 à 00h02

Après quinze jours sans dessin de Sergueï Elkine, il était difficile de ne pas publier cette caricature (cet autoportrait comme l’appelle Elkine) du pouvoir et de la société. On ne peut pas dire que Vladimir Poutine soit mis en valeur, ... la société non plus !

Source : Sergueï Elkine via son blog ellustrator

Qui se cache derrière Alexeï Dymovsky ?

Par Aurialie le 16.11.2009 à 21h52

Il y a près d’une semaine, le commandant Alexeï Dymovsky a mis en ligne, sur son blog, une vidéo dans laquelle il critique les conditions de vie des policiers, dénonce la corruption et les abus des forces de maintien de l’ordre russes, notamment de son chef à Novossibirsk Novorossisk (merci de la remarque Adeline), et lance un appel à Vladimir Poutine pour ouvrir une enquête. Cette vidéo n’a pas laissé indifférente la blogosphère et la société russes, qui cependant n’apprenaient pas grand-chose de nouveau sur certaines méthodes de leurs policiers. Le correspondant russe du Deutsche Welle a réuni quelques réactions d’internautes.

Beaucoup estiment que A. Dymovsky n’a pas agit de sa propre initiative. Bulochnikov pense que l’on souhaite discréditer le ministère de l’Intérieur ; Alexadov le ministre de l’Intérieur, Rachid Nourgaliev. Rinatzakirov y voit plutôt une action de communication du Kremlin ayant pour objectif de (re)créer une image positive du ministère de l’Intérieur aux yeux du peuple. Sur le forum vivre en Russie, suite à l’organisation d’une conférence de presse à Moscou, Anna fait remarquer qu’"avec son salaire de misère, ce brave policier arrive de financer : les gardes du corps, l’attaché de presse, le webmaster, pour entretenir son blog, un avocat-défenseur de droit de l’homme ....et il lui reste encore un peu de sous pour pouvoir s’acheter une si belle bague" (voir photo sur le forum).

Qui que soit l’instigateur de ce coup médiatique (peut être Alexeï Dymovsky lui-même volontairement), il doit être content de sa réussite : la vidéo a été vue près de 700.000 fois, reprise dans les médias traditionnels, arrivée jusqu’aux oreilles de Vladimir Poutine, qui ne souhaite pas faire de commentaires sans vérification. Le policier Dymovsky a quant à lui été démis de ses fonctions, sans surprises. Affaire à suivre...

Source image : BBC

Agenda : "Le Petit Prince" en faveur des jeunes sans-abris de Moscou

Par Aurialie le 03.11.2009 à 00h43

"Qu’est ce que signifie "apprivoiser" ?... 
C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie "créer des liens". 

Cette citation extraite du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry est en exergue sur la page de présentation du Samu social Moskva (version russe de l’association française), créé suite à une rencontre entre Iouri Loujkov et Xavier Emmanuelli. L’ouvrage emblématique de Saint-Exupéry doit avoir une grande signification pour cette association d’aide aux jeunes sans-abris de Moscou, puisque c’est le spectacle qu’elle a choisi de monter et montrer pendant 6 représentations au thèâtre Na Strastnom, pour récolter des fonds. Les deux premières ont eu lieu hier, les suivantes se tiendront aujourd’hui et demain à 17h et 20h, heure locale.

Cette information m’a été envoyée par Arthur, dont vous pouvez parfois lire les commentaires ici. Il a accompagné le dossier de présentation de la pièce de magnifiques photos d’un renard blanc, prises à Khariaga à 15h30 samedi. Je ne pense pas qu’il m’en voudra d’avoir choisi celle de la tentative d’apprivoisement de ce renard en illustration de cette annonce.

L’adresse du théâtre est la suivante : ?. ??????????, ?. ?????????, ?. ????????, ????????? ???????, 8 ?

Répenser la ville russe post-socialiste

Par Aurialie le 28.07.2009 à 23h37

Depuis le mois d’avril, Future Faculty (plateforme interdisciplinaire de recherches et de design initiée par des étudiants), la Biennale internationale d’architecture de Rotterdam et les Facultés d’Architecture et de Design industrial de l’Université de technologie de Delft ont lancé un intéressant projet collaboratif ayant pour sujet : interventions micro-urbanistiques dans la ville russe post-socialiste.

Dans ce projet, étudiants et professionnels travaillent ensemble pour explorer l’environnement russe dans les blocs d’habitation pré-fabriqués. Les conflits, les possibilités à l’intérieur des espaces collaboratifs, les solutions pour améliorer la qualité de vie ont été les principaux sujets des tables-rondes, ateliers et discussions qui ont eu lieu entre avril et juillet 2009 aux Pays-Bas et en Russie. La phase finale du projet se tiendra à la Biennale d’architecture de Rotterdam en septembre ; un débat ouvert et un atelier permettront de réfléchir, repenser, critiquer l’expérience acquise et d’ouvrir la discussion sur les futurs développements, les applications possibles, les collaborations potentielles. Un blog permet de suivre l’évolution du projet.

Ce type de projet mêlant étudiants, chercheurs, designers, entrepreneurs, est de plus en plus utilisé en Europe (France, Royaume-Uni, Pays-Bas, …) et un bon moyen pour envisager les problèmes par un prisme différent de celui des collectivités ou grosses entreprises. Future Faculty pourrait ensuite se pencher sur les cités dortoirs françaises.

Source : Flickr Future Faculty

La transition du communisme à l'économie de marché aurait fait un million de morts (Courrier International)

Par Aurialie le 26.01.2009 à 20h24

Via Courrier international

Les privatisations massives qui ont caractérisé la transition des pays de l’ancien bloc soviétique du socialisme à l’économie de marché au cours des années 1989-2002 ont-elles eu une influence sur la forte augmentation de la mortalité constatée dans ces pays après la chute du mur de Berlin ? Oui, à en croire une étude publiée par la revue scientifique britannique The Lancet : la mortalité des hommes adultes (15-59 ans) aurait augmenté de 12,8 %, ce qui représente, calcule le Corriere della Sera, environ 1 million de personnes décédées prématurément.

Se basant sur des modèles mathématiques complexes et au terme de quatre années de travaux, les auteurs de la recherche ont par ailleurs remarqué que le taux de mortalité croît avec la vitesse à laquelle les privatisations ont été menées : là où une "thérapie de choc" a été appliquée, comme en Russie entre 1991 et 1994, l’espérance de vie s’est raccourcie de cinq ans. Dans les pays qui ont vécu une transition plus douce – comme la Slovénie, la Croatie ou la Pologne –, elle a augmenté de près d’un an. Un lien de cause à effet entre le chômage qui a suivi les privatisations, notamment en Russie, et l’augmentation du taux de mortalité est également établi, notamment à cause du fait qu’à l’époque soviétique les entreprises d’Etat assuraient le suivi médical des salariés. Avec leur fermeture ou leur privatisation, c’est une partie du système de santé qui a disparu.

Dans une lettre au Financial Times, l’économiste Jeffrey Sachs, qui avait conseillé de nombreux gouvernements ex-communistes à l’époque, estime que le taux de mortalité en Pologne n’a pas augmenté, et que le taux de mortalité en Russie est davantage dû au régime alimentaire russe ou bien aux aides refusées par l’Occident.

Scénario de crise (2)

Par Aurialie le 03.12.2008 à 00h42

Autre organisme, autre scénario : l’Institut de stratégie nationale, par le biais de son agence (en ligne) de nouvelles politiques Nord-Ouest a établi cinq scénarios de crise. Mais avant le journaliste, Victor Nesoglasni (dont ça ne doit pas être le vrai nom, "nesoglasni" voulant dire "en désaccord"), dresse un tableau (noir) de la situation en Russie :

Les experts estiment que la population active en Russie représente 45 à 50% de la population, soit 73 millions de personnes. En enlevant les prisonniers, les alcooliques, les drogués et les sans-abris, l’auteur estime que l’on ne peut compter que sur 60 millions de personnes pour assurer la stabilité économique de la Russie et nourrir tout le pays. Il enlève encore 1,5 million de soldats et officiers, dont l’activité productrice, à l’exception de la construction des datchas des supérieurs, est nulle.
Mais il ne s’arrête pas là et rajoute que selon les données de l’Institut de sociologie RAN, la catégorie de citoyens la plus importante est celle qui "est dans le besoin", "n’a pas beaucoup de moyens" (43% de la population). Et 70% de ces personnes sont celles qui vivent dans de petites villes ou à la campagne et qui ont, selon les sociologues, le niveau le plus élevé d’apathie et de passivité sociales. Mikhaïl Gorchkov, directeur de l’Institut de sociologie RAN, a ainsi déclaré : "On remarque chez les couches démunies de la population une absence de conscience des intérêts de groupe. Surtout chez les jeunes. Ils n’ont pas de compréhension de la solidarité sociale, d’auto-identification politique. Ils vivent selon le principe "ma maison – ma forteresse". Une telle approche freine le développement de la société civile en Russie."

C’est pourquoi, Victor Nesoglasni pense, qu’en prenant en considération cette particularité, on ne peut considérer comme réaliste le scénario décrit par Evgueni Gontmakher.

La Russie compterait actuellement 4,6 millions de chômeurs. En 2009, il devrait y en avoir entre 200.000 et 350.000 de plus, selon les chiffres les plus optimistes ; entre 1,5 et 2 millions dans les scénarios les plus pessimistes. La question centrale est donc de savoir quelles conséquences politiques et sociales engendrait une hausse si importante de sans-emplois. Guennadi Goudkov, député, a déclaré en octobre : "Le plus dangereux serait un accroissement de la tension sociale dans la société, non seulement pour des raisons économiques, mais aussi à cause de l’incapacité des fonctionnaires qui, possédant les pleins pouvoirs, ne feraient absolument rien. En plus, nous sommes obligés d’arrêter la hausse incontrôlable des prix, autrement cela provoquera également des tensions et des conflits. Et la question du logement pour les couches nécessiteuses de la population n’est toujours pas résolue ; le fonctionnement du système de protection des droits et de la justice ne s’améliore pas ; la corruption, qui est devenue le mode de vie de millions de gens, triomphe dans tout le pays ; on va droit dans le mur. Dans ces conditions, les idées radicales et extrémistes, qui sont le plus grand danger pour la Russie, continueront de prospérer. Si nous n’éliminons pas ces phénomènes dans l’immédiat, plus tard, par exemple en 2009, nous pourrons déjà nous heurter au début d’une crise systémique, qui touchera les fondements économique, politique et sociaux de notre société."

Après toutes ces très bonnes nouvelles, Victor Nesoglasni élabore 5 scénarios de crise.
1- Les retards dans le règlement des salaires et les licenciements massifs provoquent d’importantes manifestations, grèves, … mais aussi de nombreuses arrestations, poursuites, fermetures de médias, morts… Le peuple éprouve de la haine pour le régime en place, celui-ci émet la possibilité de provoquer des élections présidentielle et législatives. Le retour de Vladimir Poutine est accueilli avec l’allégresse par le peuple.

2- La crise étant profonde, Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine commencent un "nettoyage" du sommet. Ils "nettoient" le parti Russie Uni, arrêtent certains oligarques, les autres s’enfuient à l’étranger. Une vague de procès semi-politiques déferle dans le pays, provoquant l’allégresse des démunis, des travailleurs et des chômeurs. Les oligarques alimentent secrètement des groupes extrémistes et autres mouvements de citoyens en colère, mais ces tentatives échouent. Résultat : retour triomphal du favori du public, Vladimir Poutine.

3- Dans les petites villes apparaissent des "révolutions locales", puis le "syndrome de Novotcherkassk" se répand dans de grandes mégalopoles. À Saint-Pétersbourg les citoyens furieux prennent Smolny, les OMON affamés n’interviennent pas. Les insurgés sont soutenus par certaines troupes, qui sont commandées par des officiers mécontents de la réforme de l’armée. Moscou bouillonne. Le président, le gouvernement et le parlement donnent de concert leur démission. De nouveaux leaders apparaissent, ceux qui sont connus font également parler d’eux. Une ère nouvelle arrive.

4- Ce scénario a été décrit par le politologue Mikhaïl Leontev : "... la seule sortie de crise est une guerre globale. Qui et comment elle se déclenchera n’est qu’une question purement technique. Je ne vais pas conjecturer sur le prétexte de cette guerre - complication des relations entre la Russie et l’Ukraine ou la Géorgie, la question iranienne, le Pakistan. La lourde situation économique va inévitablement déborder sur le plan politique." On peut donc supposer, connaissant les "mœurs" des maîtres du Kremlin, que la Russie, sous prétexte de protéger ses compatriotes, introduira des troupes en Géorgie, Ukraine ou dans les pays Baltes. Comment l’Ouest répondra à cela, on peut facilement l’imaginer.

5- Enfin, le scénario préféré de l’auteur. Ni les banques s’effondrant, ni le retard dans le règlement des salaires, ni les licenciements massifs, ni l’augmentation de la criminalité, ni aucunes autres conséquences de la crise économique n’influenceront, et ce en aucune manière, l’apolitisme infantile du citoyen russe. Année après l’année, le pays se dégradera avec sa population, qui restera à la maison en se taisant.

De bien réjouissantes perspectives...

Source image : 1- APN / 2- Waking life

Le chiffre du jour : 5 millions

Par Aurialie le 15.11.2008 à 17h12

Le vice-responsable de l’agence fédérale pour la jeunesse, Alexandre Povalko, a déclaré hier qu’il y aurait en Russie entre 2 et 5 millions d’enfants des rues, vivant d’une activité criminelle. Plus d’un tiers des crimes est accompli sous les ordres directs d’un adulte, et plus des 70% en groupe.

Povalko rajoute qu’il n’existe pas de prévention de récidive des infractions, ni de système de resocialisation des enfants délinquants. Le niveau moyen de récidive des jeunes se situe entre 30 et 70% dans le pays, notamment à cause de l’absence de réhabilitation.

Source : Lenta.ru

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