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Inquiétude sur l'état de santé psychologique russe

Par Aurialie le 09.06.2008 à 18h43

Des spécialistes de l’Institut de psychologie de l’Académie des sciences russe ont évalué l’état psychologique de la société russe. Pour l’évaluer, les chercheurs ont élaboré un indice composite, à partir de différents indices statistiques : nombre de suicides, d’affections psychiques, de meurtres et de divorces, orphelinage social (enfants abandonnés), taux de mortalité imputable à des affections du système nerveux et des organes sensoriels.

Les chiffres qu’ils citent sont accablants :
- nombre de meurtres : 1e place en Europe et dans la Communauté des États indépendants
- nombre de suicides : 2e derrière la Lituanie
- taux de mortalité dû à l’alcoolisme : 1e
- accidents de la route : 3e
- nombre de divorces : 1e place
- longévité : la Russie est située au dernier rang des pays développés et à économie de transition.
- accroissement naturel de la population : la Russie occupe une des dernières places en Europe
- indice de corruption : la Russie est située au 143e rang mondial (sur 180).

Les chercheurs ont établi que les principaux problèmes psychologiques de la société russe contemporaine ont pour cause le sentiment d’injustice sociale, le manque de protection sociale et physique, l’incertitude, la perte du sens de la vie et des perspectives vitales (qui est l’une des causes majeures de suicide). L’inquiétude, la dépression, la phobie, l’apathie, l’indifférence, l’agressivité élevée, la dégradation morale, la criminalisation du savoir, les conflits entre générations, la liberté perçue comme la possibilité de faire n’importe quoi, etc. sont également largement répandus dans la société. A cela s’ajoutent la destruction de la psychologie rationaliste, la progression de l’ésotérisme et de la foi dans la magie, la sorcellerie et l’extrasensoriel, qui posent de sérieux problèmes (les chercheurs ont établi qu’il y avait dans le pays quelque 300.000 mages, astrologues et sorciers).

Les auteurs de cette étude estiment qu’une amélioration fondamentale de la situation pourrait être favorisée par la suppression des disproportions entre les niveaux de revenus, la décriminalisation de la société, la renaissance d’une morale, notamment en conférant aux normes morales de base le statut de lois.

Source : Ria Novosti

Protestation en musique

Par Aurialie le 10.03.2008 à 20h07

Aujourd’hui, une centaine d’étudiants de l’Académie de Musique Gnessine ont organisé un flash-mob, pour protester contre une décision de justice exigeant l‘expulsion de près de 1000 étudiants de leur foyer. Ils se sont réunis pendant quelques minutes dans le centre commercial Atrium de Moscou, ont chanté, dansé, joué de la musique et ainsi tenté d’attirer l’attention sur leur situation.

Les étudiants ont été informés le mercredi 5 mars de leur expulsion, prévue pour le 11 mars. La raison officielle : des problèmes de sécurité dans le bâtiment, ce que réfute l’administrateur. Quelle que soit la raison de cette décision, la rapidité d’exécution est totalement dommageable pour les étudiants, puisqu’aucune solution de remplacement n’a encore été trouvée.

Un concert pour les sans-abris

L’action en faveur des droits de l’homme du chanteur d’Akvarium, Boris Grebenchtchikov, avait déjà été citée ici lors de sa participation à un programme d’Amnesty International. Il y a deux jours, accompagné des groupes Spleen (rock), Markscheider Kunst (latino, ska) et Billy’s Band (alkojazz), il a organisé un concert en faveur des sans-abris de Saint-Pétersbourg.

L’association Notchlejka (Abri de nuit) estime que chaque nuit, dans cette ville, huit mille personnes dorment dans la rue. Mais les spécialistes estiment que ce n’est que le sommet de l’iceberg. Le dernier dénombrement de la population a révélé qu’il y avait plus de 28 mille personnes sans enregistrement, qui à tout moment peuvent compléter l’armée de sans-logis.

Les organisateurs du concert espèrent recueillir près de 500 mille roubles. Cet argent ira à l’installation d’une deuxième tente pour se réchauffer l’hiver et à l’achat d’un deuxième autobus de nuit, qui livrera la nourriture aux sans-logis dans les régions sud de la ville. Mais comme le précise le directeur de l’association Notchlejka, Maxime Egorov, cela ne remplace malheureusement pas un toit. "Pour avoir un logement social et recevoir quelque chose, il faut être enregistré. Cela signifie que les sans-logis sont automatiquement coupés du système." Il pense qu’il ne faut pas créer de nouveaux programmes spéciaux pour le logement des sans-logis, mais simplement insérer les gens sans enregistrement dans les systèmes sociaux (assistance médicale et emploi) existants.

Source : Svoboda news

Quels prénoms en 2008 ?

Par Aurialie le 10.11.2007 à 19h44

En l’honneur de la révolution soviétique, de ses grands noms et des grands progrès qu’elle a apportés, de nouveaux prénoms ont été inventés, comme la Révolution française en son temps. Ainsi, les petits garçons nés à cette époque, avaient la chance de pouvoir s’appeler Maels (pour MArx, Engels, Lénine et Staline), Lounio (Lénine OUmer, No Ideï Ostalis’ - Lénine est mort, mais ses idées restent), Avangard (l’avant-garde), Selsoviet (SELskiï SOVIET - le soviet du village) ou encore Ouriourvkos (OURa, IOURa V KOSmossie ! - hourra, Iouri [Gagarine] est dans l’espace !"
Et les filles : Elektrifikatsia (électrification), Dekabrina (décembre), Dazdraperma (DA ZDRAvstvouïet PERvoïe MAïa ! - vive le 1er Mai !), Lenora (LENin - Nache ORoujie - Lénine est notre arme), etc.

Sur le même principe, Freedomcry a inventé des prénoms rendant hommage à l’ère Poutine, lançant une nouvelle mode sur l’Internet russe. Pour les garçons, on obtient : Bykap (Byt’ KAk Poutine - être comme Poutine), Morgozedir (MOi Roditeli GOlocouiout’ Za EDInouiou Rossiiou - Mes parents votent pour Russie Unie), Vertivlas (VERTIkal’ VLASti - vertical du pouvoir), … Et pour les filles : Dvina (DVIjenie NAchi - Mouvement Nachi, jeunesse poutinienne), Moumeramka (MOUjtchina MEtchty - RAMzan KAdyrov - l’homme de mes rêves est Ramzan Kadyrov) ou encore Nepremesta (NEvestoï PREzidenta MEtchtaiou CTAt’- je rêve de devenir la fiancée du président). Tout cela est bien plus original qu’Emma, Camille, Lucas ou Mathis !

L'URSS en affiches

Par Aurialie le 23.09.2007 à 16h15

Découvrir chaque jour un aspect de la culture ou de l’histoire soviétiques par le biais des affiches de l’époque, c’est ce que propose le blog A Soviet poster a day. Publicité pour le zoo ou le GOuM, grand magasin d’État sur la place Rouge, affiche de propagande contre l’armée Nazi, incitation à faire du sport, à avoir une bonne hygiène ou à arrêter de fumer, slogan politique, … tous les thèmes sont abordés, avec une multitude de détails intéressants sur le fond et la forme. Une très belle initiative !

Légende :
- Affiche de gauche : publicité pour le GOuM, graphisme de Rodtchenko et texte de Maïakovski
- Affiche de droite : "Papa, tue les Allemands" de Nesterova

Confiscation des futures terres olympiques

Par Aurialie le 16.09.2007 à 02h55

Vedomosti a dévoilé vendredi un nouveau projet de loi "Sur l’apport de modifications dans les actes particuliers législatifs de la Fédération de Russie en raison de l’organisation et la tenue des XXIIe Jeux Olympiques d’hiver dans la ville de Sotchi". Cette loi pourrait mener à une véritable révolution dans les relations à la propriété en Russie, puisque les corrections proposées dans les codes fonciers et civils seront appliquées non seulement à Sotchi, mais dans tout le pays, pour des raisons juridiques (les autorités ne pouvaient créer une loi locale uniquement pour Sotchi).

Actuellement, la législation permet la confiscation des terres sur simple décision des organes exécutifs fédéraux ou locaux, si l’État en a besoin pour construire des infrastructures militaires ou permettre l’accès à des gisements de minéraux. Le propriétaire a tout de même une année pour convenir avec les autorités des conditions de la confiscation. C’est seulement si les négociations n’aboutissent pas que le pouvoir peut obtenir son expulsion.

Le nouveau projet de loi va simplifier la procédure et réduire les délais. En à peine trois mois, les formalités pourront être bouclées, puisque le propriétaire de la terre ne pourra pas contester la décision de la confiscation des autorités devant la cour, il aura juste le droit de discuter le montant et la forme de la compensation. Actuellement, le pouvoir doit accorder une autre terre, la nouvelle loi, si elle est adoptée, permettra d’accorder au propriétaire un bien, autre qu’une terre.

Des juristes interrogés par le journal ont déclarés qu’il sera aisé de contester la constitutionnalité de la loi, si elle est adoptée sous une telle forme.

Source : Vedomosti et Grani.ru.
Image : Ruvr.ru

Sans alcool (3)

Par Aurialie le 03.09.2007 à 22h06

Après Sans alcool et Sans alcool suite, voilà un nouvel article sur les initiatives populaires pour lutter contre l’alcoolisme en Russie. Ci-dessous, la traduction d’un article de Novye Izvestia, traduit par Courrier International.

Dans le courant de l’été, quinze militants du mouvement "Pour un Altaï sans alcool" ont débarqué sur l’île Ioubilieïny, au milieu du fleuve Ob. Ils se sont régalés de jus de tomate, ont chanté un hymne à la défaite du monstre vert [l’alcool] et installé un panneau proclamant l’île "zone sans alcool".

"Nous avons eu beaucoup de chance avec la météo, il a fait chaud, le soleil brillait, comme si la nature avait voulu montrer qu’elle nous approuvait", nous a déclaré Alexeï Braguine, à l’origine de cette action. "A partir de maintenant, ce n’est plus l’île Ioubilieïny [de l’Anniversaire], mais l’île Trezvosti [de la Sobriété]. Nous pensons que notre démarche fera croître le nombre d’adversaires déclarés de l’alcool dans la région."

A la mairie de Barnaoul, on nous a précisé que, sur les cartes, l’île continuerait à porter son ancien nom, mais que sa nouvelle appellation, non officielle, serait employée au même titre que l’autre, "dans le but de lutter contre l’alcoolisme". "C’est une grande première en Russie, nous a-t-on expliqué à la Société nationale de sobriété et de santé. On sait depuis longtemps que les simples injonctions morales sont impuissantes à vaincre le problème. Il faut de l’originalité, de bonnes idées. Ces dernières années, nous nous sommes efforcés de présenter à la génération montante une idée juste de ce que doit être un mode de vie sain, mais pour l’instant cela n’a pas donné grand-chose. Reste à espérer que l’île de la Sobriété soit plus efficace. Elle semble avoir toutes ses chances."

Pourtant, les experts ne sont pas tous emballés par cette initiative. Beaucoup estiment qu’elle n’a pas de sens, et que rebaptiser l’île n’aura été qu’une perte de temps. Pour Sergueï Poliatykine, directeur des programmes médicaux de la fondation "Non à la drogue et à l’alcoolisme", "c’est une action médiatique vouée à l’échec. Ces quinze malheureux antialcooliques veulent sans doute se démarquer de l’immense majorité de la population, mais ils vont juste se poser sous leur panneau et attendre le résultat. Même s’il est fort probable qu’ils soient animés de bonnes intentions, ce n’est pas ainsi qu’ils changeront les choses. Rien n’avance jamais tout seul. On pourrait les approuver s’ils avaient réussi à attirer l’attention de l’opinion sur le problème. Si leur action s’appuyait effectivement sur un arrière-plan solide, on pourrait en parler de façon sérieuse. Mais nous avons simplement assisté à un joyeux vaudeville. Dommage qu’ils n’aient pas vendu de billets."

Je n’ai qu’un commentaire : ce monsieur serait-il déçu de ne pas avoir eu cette idée en premier ? Et même si cette initiative est l’œuvre d’illuminés, qui n’aura pas beaucoup d’influence sur le comportement général de la population, l’intention est bonne et l’article de Novyé Izvestia a été bien relayé dans les journaux en ligne, c’est un bon début !

Source photos : Novye Izvestia

Psychiatrie politique

Dernièrement, les journaux français se sont fait écho de l’enfermement en hôpital psychiatrique de la militante, Larissa Arap, membre du mouvement d’opposition Front civique unifié. Pour avoir dénoncé les sévices infligés aux patients d’hôpitaux psychiatriques (électrochocs, viols, privation de nourriture, coups, ...), L. Arap s’est elle-même retrouvée enfermée contre son gré depuis le 5 juillet, alors qu’elle passait des examens pour renouveler son permis de conduire. Seule bonne nouvelle : une éventuelle sortie est prévue dans deux semaines, selon le médecin principal de l’hôpital psychiatrique.

Autre opposant au régime, autre enfermement :Nikolaï Balouev, membre du Parti national bolchevique, accusé de détention d’arme et de préparation d’attentat, doit rester dans un hôpital psychiatrique spécialisé de Novossibirsk jusqu’à guérison de son état considéré comme "malade", suite à une décision du tribunal local de Novossibirsk. Cependant les conclusions de la première expertise psychiatrique étaient tout autre : les experts de l’hôpital spécialisé ?3 de Novossibirsk ont conclu que Balouev était responsable de ses actes au moment de leur accomplissement, mais qu’une maladie mentale sous forme de "psychose réactive" s’était développée pendant sa garde à vue. L’accusation a alors demandé une contre-expertise, qui a été mené par l’Institut de psychiatrique sociale et juridique de Moscou. Les experts ont reconnu Balouev irresponsable, ce qui a permis au Tribunal de Novossibirsk, qui a également déclaré infondées les conclusions de la défense sur une fabrication de toute cette affaire, d’envoyer l’accusé en hôpital psychiatrique.

Pourquoi envoyer un jeune opposant en hôpital psychiatrique plutôt qu’en prison ? Pour les mêmes raisons qu’au temps de l’Union soviétique : isoler les prisonniers politiques du reste de la société, discréditer leur idées, les briser physiquement et mentalement. Et l’Institut de psychiatrique social et juridique de Moscou portant le nom du psychiatre russe Vladimir Serbsky a toujours été un instrument du pouvoir et de répression. Dans les années soviétiques, on compte parmi ses victimes le général Petro Grigorenko, le mathématicien Alexandre Essenin-Volpin, le poète Viktor Nekipelov et l’écrivain géorgien Zviad Gamsakhurdia, tous devenus des dissidents qui ont lutté contre les abus des autorités soviétiques.

La directrice de l’Institut a affirmé que la psychiatrie russe aujourd’hui n’était plus utilisée de façon abusive. Ce que réfute Iouri Savenko, président de l’association psychiatrique indépendante de Russie, en expliquant que de tout temps (soviétique et actuel), des institutions étaient spécialement conçues pour servir les intérêts de l’État. Il cite notamment l’affaire Boudanov, cet officier russe accusé d’avoir étranglé une jeune Tchétchène en mars 2000. L’Institut Serbsky avait déclaré Boudanov dément, donc irresponsable, au moment du meurtre. Des contre-enquêtes avaient été menées, notamment par l’Association, arrivant à des conclusions contraires. L’Institut, au lieu de faire valoir des arguments psychiatriques, avait alors déclaré que les experts de l’association avaient été payés. Le colonel Boudanov, après avoir été jugé irresponsable de son acte une première fois, a finalement été condamné à 10 ans d’emprisonnement en juillet 2003, remettant en cause la pertinence et la véracité des conclusions de l’Institut Serbskiy.

Il y a deux jours un responsable de l’Institut a déclaré dans le Daily Telegraph que le candidat à l’élection présidentielle russe de 2008, Vladimir Boukovski, était "sans aucun doute psychotique". "Après son arrestation, il a écrit des centaines de lettres de plaintes. Tout le monde ne fait pas ça. C’est une autre symptôme de sa condition", a-t-il poursuivi. Après avoir déclaré que Boukovski n’avait pas la nationalité russe, qu’il n’avait pas vécu 10 ans en Russie, que sa double nationalité russo-britannique l’empêchait de se présenter, les adversaires du dissident soviétique évoquent la maladie mentale comme raison à la non validation de sa candidature... Pourquoi le pouvoir russe a-t-il si peur de Vladimir Boukovski et des accusations de quelques éléments de la société civile ?

Photo1 : Instants de Folie de Julian Renard
Photo2 : Institut Serbsky sur Rol.ru
Photo3 : Nature Morte 2 de Antje Poppinga

SDF en Russie

Par Aurialie le 12.07.2007 à 00h29

Le Ministère de l’Intérieur russe envisage de remettre à l’ordre du jour une ancienne loi soviétique visant à punir le vagabondage et à isoler les sans domicile fixe du reste de la société. Toutefois députés et associations de défense des droits de l’homme savent que le problème des SDF ne va pas se résoudre par un durcissement de la répression. Les analystes de la police proposent d’abord de définir pénalement leur statut. Ils estiment qu’il y a 4,5 millions de personne sans domicile fixe en Russie, (mais seulement 300.000 sont officiellement comptabilisés). 7% auraient choisi de vivre dans la rue pour des "raisons idéologiques" et n’attendent aucune aide de l’État.

Selon les statisticiens du Ministère de l’Intérieur, 90% des SDF sont des hommes. La moitié serait des anciens prisonniers, qui selon l’ancienne loi soviétique ont été enregistrés dans la ville où ils ont été enfermés. Environ 20% sont victimes des privatisations criminelles et des mesures d’agents immobiliers sans scrupules. 10% ont quitté leur foyer à cause de problèmes familiaux : divorce, dispute. Les 10% restants vivent dans la rue suite à des circonstances malheureuses diverses (perte accidentel de l’appartement ou pour dettes).

Le Ministère de l’Intérieur estime également que la moitié des sans-abri ont une éducation secondaire, 20% une éducation secondaire spécialisée et environ 10% une éducation supérieure. Il est donc indispensable de mettre en place des établissements de réhabilitation pour donner à ces personnes une nouvelle chance. L’organisation Médecins sans frontières, qui s’occupe chaque année de 30 à 40000 sans-abri, considère que 95% veulent revenir à une vie normale, tout dépend donc de la volonté de l’État.

Olga Kostina, responsable du mouvement de défense des droits de l’homme Résistance, a notamment déclaré : "Nous traitons non pas la raison, mais les conséquences. Je ne pense qu’il faut durcir les punitions contre les vagabonds et les sans-abri. Il faut prendre des mesures contre ceux qui ont poussé ces personnes à une telle vie. C’est pourquoi les solutions doivent être prises, pas uniquement par le Ministère de l’Intérieur, mais avec les autres instances gouvernementales."

Source : Rossiiskaïa Gazeta. Image : Statue Greenwich à Ekaterinbourg, souce 1723.ru

La mousse, à la maison !

Par Aurialie le 05.06.2007 à 23h33

Quand un article commence par les mots suivants - l’occupation préférée des députés : compliquer la vie aux concitoyens – forcément on souhaite connaître la suite. Le sujet de ce papier de Nezavissimaïa gazeta : une loi sur la bière et plus particulièrement sur ses conditions de consommation. Considérée comme sauveur national au temps de Brejnev et Eltsine (car beaucoup moins fort que la vodka), la bière tombe maintenant de son piédestal.

Des députés souhaitent remettre en cause la consommation de bière dans certains lieux publics (squares, stades, cours d’école, plages, carrefours, halls d’hôpital) car cela est immoral et non hygiénique. C’est pourquoi, les policiers vont pouvoir maintenant verbaliser tout buveur de bière, s’adonnant à son activité préféré dans un lieu non approprié, d’une amende de 100 roubles (environ 3€).

Maintenant, pour se payer une petite mousse, il faudra aller dans les cafés d’été, les bars ou sur les balcons des appartements. Le problème, c’est que le nombre de cafés d’été diminue (rien que dans la rue de l’auteur de l’article, leur nombre est passé de 6 à 1 en 5 ans), à cause du montant trop important des pots-de-vin extorqués par les policiers.

Mais cette initiative ne va pas durer longtemps selon l’auteur, car les policiers ne vont pas arracher toutes les bouteilles des lèvres des supporters de foot, des jeunes et des moins-jeunes. Il conclue que les derniers projets de loi ont tous un caractère prohibitif, jamais constructif, les députés ne proposant jamais une loi qui faciliterait la vie des citoyens ou les protégerait, contrairement aux pays civilisés.

Source : Nezavissimaïa gazeta

Iouri Levada, un sociologue russe

Par Aurialie le 30.05.2007 à 23h31

A la question "Citez cinq pays que l’on pourrait dire amis et partenaires les plus proches de la Russie", on obtient les réponses suivantes : Kazakhstan (39%), Biélorussie (38%), Allemagne (24%), Chine (19%) et Arménie (15%), puis Inde (14%), Ukraine (11%), France (9%), ... A la question inverse, "citez cinq pays que l’on pourrait dire les plus inamicaux, avec lesquels la Russie a des relations très envenimées", les réponses sont sans trop de surprises : Estonie (60%), Géorgie (46%), Lettonie (36%), Etats-Unis ( 35%) et Lituanie (32%) (l’année dernière le quinté était le même mais dans un ordre différent) ; puis Ukraine (23%), Pologne (20%), Afghanistan (11%)...

Ce sondage est mené depuis 2005 par le centre Levada, créé par le fondateur de la sociologie en Union soviétique, Iouri Levada. Son ami et collègue, Leon Aron, dit de lui que "dans les 20 dernières années, peu de personnes en Russie ont fait plus que lui pour briser le silence, le calme morbide [du peuple russe], complice des nombreuses tragédies de son histoire." Sa mort signifie pour lui "la fin d’une ère remarquable de l’Intelligentsia russe, marquée par une vision révolutionnaire de la liberté de la nation et par des efforts incessants pour faire de cette vision une réalité."

Sous Staline, la sociologie est considérée comme une discipline bourgeoise. L’arrivée de Khrouchtchev va permettre à Iouri Levada d’étudier cette matière, quelques temps seulement, puisqu’il est limogé de l’Université de Moscou pour "erreurs idéologiques" en 1969, année de l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Armée rouge. Il continue alors d’enseigner la sociologie clandestinement.

Gorbatchev va donner une seconde vie à cette discipline en créant le Centre d’étude de l’opinion publique, que Levada va tout naturellement diriger. Un de ses succès : la publication d’un questionnaire dans le journal Literatournaïa Gazeta, intitulé "Que pensez-vous ?" Deux cent mille personnes ont répondu aux trente-quatre questions, faisant ainsi émerger un portrait unique de l’Union soviétique. Les répondants ont décrit une société gravement malade, un pays s’appauvrissant, embourbé dans les pénuries, militarisé et tourmenté par une bureaucratie incompétente et rapace. Une majorité pensait que dans le pays se répandaient la corruption, l’alcoolisme et le vol. Seulement un tiers rapportait que leurs revenus étaient "modestes mais suffisant." Un quart devait se limiter aux strictes nécessités et un autre quart de l’échantillon "pouvait à peine joindre les deux bouts" et devait constamment emprunter aux amis et à la famille. Presque trois quarts des répondants pensaient qu’il était nécessaire de réduire les dépenses de défense.

En avril 1990, Levada nous apprend dans un sondage que 60% des citoyens soviétiques croient que le parti communiste "a mené le pays sur un mauvais chemin." Seulement 10 à 20% de la population (principalement des personnes âgées) supportaient toujours le "choix socialiste".

Après la chute de l’Union Soviétique, Levada continue ses sondages et recherches, montrant souvent le mécontentement des Russes à l’égard du pouvoir et de ses décisions (abolition des élections des gouverneurs régionaux, élimination des candidats indépendants se présentant à la députation, incompétence dans la prise d’otage de l’école de Beslan). En septembre 2003, Levada est licencié du Centre. Il ouvre alors un nouveau centre privé, où la plupart de ses anciens employés le rejoignent.

Il y a un an, il faisait ce constat lors d’une conférence sur la situation politique de la Russie : "la politique, les lois et les valeurs ont été substituées par des décisions et instructions administratives. [Le président n’est pas un politicien mais] le fonctionnaire administratif en chef."

Iouri Levada est mort le 16 novembre 2006.

Source : AEI et Wikipedia, image rmc.edu

Flagrant délit de désinformation ?

Par Aurialie le 28.05.2007 à 00h11

Ria Novosti reprend un article de Vremia Novosti intitulé "Les Russes plus préoccupés par leurs propres problèmes que par la politique" ; un article, en principe, parfait pour Spoutnitsi.

Dans un sondage mené par le VTsIOM, les 1600 personnes interrogées devaient indiquer les deux problèmes les plus importants qui se posent à la Russie (parmi 14 choix possibles). Les résultats sont les suivants : 30% des sondés ont indiqué la hausse des prix, 29% la criminalité, 27% la situation économique générale, 25% le problème du logement et 21% le chômage, 14% le système de santé, 13% les retraites, 7% le terrorisme, 5% le système d‘éducation, 4% les impôts, 4% la politique étrangère, 3% la défense de l’écologie, 2% le transport et enfin 2% l’immigration. Un expert, Valeri Khomiakov, président du Conseil pour la stratégie nationale, commente ces résultats, en comparent les Russes aux Européens du point de vue de l’évaluation des problèmes : "Le fait que les Russes accueillent tranquillement les problèmes politiques est, à mon avis, positif. A présent, les gens sont préoccupés par les problèmes qui les concernent directement. A la fin des années 80 et au début des années 90, on avait l’impression que tout le monde faisait de la politique, c’était une folie." D’où le titre de l’article.

Toutefois, en allant voir le questionnaire directement sur le site de l’institut de sondage, pour avoir plus d’informations sur celui-ci et les conclusions qui en étaient tirées, j’ai remarqué que l’expression "politique intérieure" n’était utilisée nulle part. L’institut n’a pas interrogé les personnes sur leur orientation politique, l’intérêt qu’ils y portent, ce qu’ils en pensent etc., mais seulement sur les problèmes sociaux et économiques. Ne serait-ce de la désinformation ?

Source image : fsa.ulaval.ca

Situation sanitaire et sociale des jeunes

Par Aurialie le 15.05.2007 à 21h28

Voici quelques chiffres sur la situation sanitaire et sociale des mineurs en Russie. Malheureusement, les outils statistiques ne sont pas les mêmes en France (ou en Europe), il est donc difficile de faire une comparaison pertinente.

- 70.000 jeunes alcooliques (de plus, selon les chiffres de l’Escapad, en 2006, 22% des étudiants français et 39% des étudiants russes avaient déjà consommé de l’alcool au moins 40 fois.)
- 730.000 enfants vagabonds et sans surveillance, dont 80% ont encore un parent (en France sur 86.000 sans-abris en 2002, 16.000 étaient des enfants)
- 170.000 mineurs fugueurs en 2006 (dont 80.000 sont rentrés chez eux et 90.000 ont été placés dans une institution spécialisée)
- 270.000 enfants vivent dans les établissements de l’assistance publique (environ 7.000 sont adoptés par des Russes, autant par des étrangers)
- entre 60.000 et 96.000 enfants sont victimes de la violence des adultes par an
- 676.000 jeunes se trouvent dans une situation socialement dangereuse.
- 12.500 mineurs purgeaient une peine de prison en mars 2007, (en France, 746 au 1er avril 2007)

Ces chiffres sont une réalité décrite notamment par le ministre de l’Intérieur, Rachid Nourgaliev, mais aussi par le département de la sécurité publique et le ministère de la Justice. Mais ne serait-ce pas d’ailleurs que la partie immergée de l’iceberg ? Amnesty international, l’Unicef, Acer-Russie et bien d’autres associations tentent de faire mieux connaître la situation des mineurs et de trouver des solutions.

Sources principales : Ria Novosti, The Moscow Times ; image : alexis.drogoul.free

Précis de révolution citoyenne (1)

Le mot "révolution" revient souvent dans les articles des journaux russes, du fait du pressing de la coalition L’Autre Russie et de la situation dans le pays : interdiction de manifester pour les opposants au régime poutinien, répression brutale des meetings et rassemblements, arrestation de dizaines d’"extrémistes", enrichissement de quelques personnes sur le dos de la population, censure d’artistes, …

La première exposition moscovite du photographe pétersbourgeoise, Ivan Ouchkov, a notamment été interdite fin janvier, car sa série "Bienvenu en Russie" ne correspondait pas vraiment à ce que souhaitait voir le président de l’Union des artistes russes, association subventionnée par l’État. Les photos d’Ivan Ouchkov sont satiriques, incisives - détournement de marques (MacDo, Ikea, Rousskoe Loto, Extra), exagération de certains traits de la société russe (prêtes orthodoxes armés de battes de base-ball, policiers violents, alcoolisme, …) - et peuvent choquer les esprits rigides. Ainsi, des membres du ministère de l’intérieur, qui l’avaient arrêté pour l’interroger, l’ont menacé de fermer son magasin d’équipement photographique s’il continuait à exposer.

Sa déclaration suivante résume bien l’avis de plus en plus de citoyens russes : "Je n’appelle pas à une nouvelle révolution, mais je veux que ma mère, qui vend des billets dans un bus, bénéficie d’une pension estimable comme tous les retraités. Je souhaite également que notre État pense plus à ses citoyens qu’à la reconquête de l’hégémonie mondiale."

Georgi Satarov, président de la fondation INDEM (Informatique pour la démocratie), publie dans Ejednevnyi Journal une série d’articles sur les nécessaires changements de mentalité dans la société. "Nous réclamons un nouveau type de révolution - la révolution des citoyens. Ce sont toujours les révolutions pacifiques par le bas qui détrônent les mythes enracinés, changent foncièrement les comportements des citoyens, leur activité politique." Selon lui, "il est temps de faire tomber les idoles ordinaires, ne plus placer d’espoir uniquement en eux, ne pas se reposer sur ses lauriers et prendre ses responsabilités." " Ces révolutions transforment des gens ordinaires en citoyens organisés, prêts à assumer des responsabilités pour changer le destin du pays. "

L’initiative populaire doit être à la base de cette révolution citoyenne. Le premier exemple d’initiative que chaque citoyen peut mettre en œuvre est le suivant : lorsque dans une émission de radio des bêtises sont proférées, téléphoner et intervenir à l’antenne. L’auteur estime que cela prend 20 minutes et que si 100 personnes téléphonent, l’atmosphère à l’antenne va changer progressivement, car le but n’est pas de briser un système. Et le moyen le plus efficace pour faire évoluer les esprits est de créer des réseaux informels d’action collective. Et les opposants à la xénophobie, les personnes choquées par l’assassinat de Politkovsaïa, les mécontents de la corruption politique, les partisans de la liberté d’expression ne manquent pas pour former des groupes de quelques centaines de personnes prêtes à agir ensemble.

L’organisation de flash mobs à caractère politique va sûrement être de plus en plus répandue en Russie. En effet, une étude du ministère de la défense britannique prévoit qu’en 2035 "l’invasion croissante des technologies de communication permettra aux Etats, aux terroristes ou aux criminels de mobiliser des flash mobs et de rassembler des forces rapidement dans un point donné." Le successeur de Vladimir Poutine aura donc bien besoin de lire la Psychologie des foules de Gustave Le Bon pour "tenir" son peuple.

Source images : Misslob pour la photo de la manifestation et Ivan Ouchkov via le site photosight.ru : 1e photo - parodie du Loft Story russe, 2e photo - MacDo et employés nazis, 3e image - Welcome to Russia.

Encore un sondage

Par Aurialie le 13.03.2007 à 20h39

A la question "Peut-on faire confiance à Kadyrov comme homme politique ?", seulement 33% des Russes répondent oui ; 35% « non » et 32% ne se prononcent pas. De plus, 38% des personnes interrogées pensent que Kadyrov n’est pas capable d’arrêter l’effusion de sang dans la petite République caucasienne (seulement 31% pensent qu’il en est capable).

Concernant la couverture de la situation en Tchétchénie, 49% des sondés pensent que les médias donnent une vision superficielle et 28% estiment qu’ils cachent les problèmes existants. Les Russes ne semblent avoir les œillères qu’on leur prête habituellement.

Source : Gazeta.ru et Lebeda

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