"D'abord vient la récompense, et ensuite la balle."

Par Aurialie le 15.09.2008 à 23h23

Dans son édition du 22 septembre, The New Yorker va publier un long article sur la radio Écho de Moscou, son histoire et sa relation au pouvoir. Il y a des passages absolument étonnants, extraits.

Commençons par l’évènement le plus récent : la guerre osséto-georgo-russe. Poutine n’a pas beaucoup apprécié la couverture de la guerre par Écho de Moscou. Le 29 août, il a convoqué les trente-cinq principaux médias du pays dans sa résidence de vacances à Sotchi, comme il avait l’habitude de le faire quand il était président. Lors de cette réunion, Poutine, jetant un regard de glace à Alekseï Venediktov, rédacteur en chef d’Écho de Moscou, a critiqué la station pour ses émissions sur la Géorgie, devant bon nombre de loyaux rédacteurs, ravis de ces remontrances. Plus tard, dans un couloir, Venediktov a accusé Poutine d’être "injuste". Ce dernier a alors sorti une pile de transcriptions et souligné certains points, en disant : "Vous devrez répondre de cela, Alekseï Alekseevich !" Venediktov était secoué, mais pas abattu, car si Poutine avait eu l’intention de se débarrasser de lui ou de la radio, il aurait pu le faire d’un simple appel téléphonique. Et puis, Echo est nécessaire au pouvoir, comme preuve de la liberté de la presse en Russie. Toutefois, de retour à Moscou, il a demandé à ses journalistes d’accorder une attention particulière à leur couverture de la guerre, d’être sûr de leurs faits, et d’avoir suffisamment de points de vue gouvernementaux.

En 2001, Poutine avait déjà invité Alekseï Venediktov à une réunion au Kremlin, où il lui avait longuement parlé de la différence entre ennemis et traîtres. "Les ennemis sont juste en face de vous, vous êtes en guerre avec eux, puis vous signez un armistice, et tout est clair. Un traître doit être détruit, écrasé." Cette distinction faite, il lui aurait dit, sans un sourire : Vous savez, Alekseï, vous n’êtes pas un traître. Vous êtes un ennemi." Plus tard, il lui a dit, tel le tsar Nicolas Ier à Pouchkine "Désormais, je serai votre censeur."

Autre témoignage intéressant, celui de Ioulia Latynina, chroniqueuse à Écho, sur la propagande d’État : "Le problème est que la propagande officielle à la télévision est très distrayante, elle permet d’être sûr que les gens parlent du non-sens, qu’ils montrent. Par exemple, si un avion russe lance une roquette sur le sol géorgien, un reportage parlera de la taille du trou ou se demandera si ce ne sont pas les Géorgiens eux-mêmes qui ont creusé le trou. On parlera donc d’un trou, au lieu de savoir si la Russie fait vivre l’enfer à la Géorgie."

Enfin, dernière anecdote : en 2006 (année de la mort de Politkovskaïa), Venediktov est allé à New York pour recueillir le prix Overseas Press Club. Quand il l’a dit à sa femme, celle-ci lui a dit : "D’abord vient la récompense, et ensuite la balle."

La lecture entière de ce très long reportage peut se faire en russe ou en anglais.

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