Démocratie Potemkine ?

Par Aurialie le 05.11.2011 à 02h22

Le crowdsourcing peut-il aider les citoyens russes à s’impliquer davantage dans la politique de leur pays ? C’est en tout cas ce que semble vouloir le gouvernement russe en mettant en place une plateforme de contribution participative dans l’élaboration des propositions de loi, WikiVote. Le site, pour le moment, de présente que le fonctionnement du projet : un projet de loi est posté sur le site, les utilisateurs sont alors invités à modifier chaque paragraphe, à voter pour les suggestions proposées ou à débattre les points les plus pointus. Un système de notation donne plus de poids aux utilisateurs sérieux ; des experts sont également invités à participer. Un article de The Economist précise qu’un test à grande échelle a eu lieu plus tôt cette année sur un projet de loi sur la pêche amateur. A la demande du gouvernement, Wikivote a posté le projet de loi, qui a connu deux réécritures avec plus de 1000 propositions de modifications.

The Economist pointe également les problèmes posés par une législation crowdsourcée : "Le plus difficile n’est pas l’appropriation de la technologie (un simple forum de discussion en ligne est suffisant), mais la création d’un processus équitable et transparent qui assure aux gens que leurs voix ont été entendues."
Un autre problème est qu’une consultation publique "prend beaucoup de temps et d’argent" et rassemble difficilement l’intérêt du grand public, qui souvent ne sait pas écrire des lois, ce qui laisse la place aux lobbyistes professionnels. Enfin, les sites web gouvernementaux de ce type sont souvent maladroits, avec des interfaces peu ergonomiques. C’est pourquoi Radio Free Europe dans un article du 3 novembre se demande si le crowdsourcing en politique - participation sans représentation véritable - ne serait pas en fait une "démocratie Potemkine" ou, selon l’expression de Rebecca MacKinnon en parlant de la Chine, un "autoritarisme en réseau". Une bonne raison d’être septique sur les intentions du gouvernement russe, selon ce même article, est le lancement par Russie Unie d’un site où les gens peuvent se plaindre et signaler des violations pendant les élections. Cependant, l’utilisation du site ne serait pas du tout évidente et ne serait donc qu’un moyen de légitimer le parti au pouvoir.

Radio Free Europe termine son article ainsi : "même si l’aspect participatif de l’initiative était pur, il est souillé par le contexte parlementaire en Russie" : "contrôle serré des médias", "usage abusif des ressources de l’Etat", "terrain de jeu électoral biaisé résultant d’une Douma remplies de députés de Russie Unie et d’une opposition douce et paralysée". "Une initiative en ligne comme Wikivote est donc susceptible de n’être qu’une attraction". D’autant plus que de telles initiatives en Europe n’ont pas vraiment rencontré le succès : mobilisation marginale et vices de forme pour la révision constitutionnelle en Islande, résultats médiocres du site gouvernemental estonien sur les factures, …

Pour autant, le crowdsourcing n’intéresse pas que les hommes politiques en Russie. Pour son 170e anniversaire, la banque Sberbank a lancé une grande consultation collective sur 3 sujets : Sberbank – 21 – futur (quel Sberbank en 2021 ?), Russie – 21 – progrès (quel futur pour la Russie ? Comment en faire le meilleur pays du monde ?) et Innovation – 21 – Crowdsourcing (comment les technologies de crowdsourcing peut aider au développement de nouveaux projets). Une conférence de restitution est prévue le 12 novembre, il sera intéressant de voir les résultats de cette consultation en Russie.

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