Egor Gaïdar : la thérapie de choc l'a tué

Par Aurialie le 18.12.2009 à 00h42

Via Courrier International

Mercredi 15 décembre, celui qu’on appellait le "père du capitalisme russe", Egor Timourovitch Gaïdar, économiste et ancien Premier ministre (1991-1993), est décédé brutalement à l’âge de 53 ans, probablement d’une thrombose, dans sa maison de la banlieue de Moscou.

On se souvient de son visage poupin et de sa silhouette ronde. La jeunesse de cet économiste hors du commun ne l’a pas empêché d’endosser la responsabilité inouïe de mettre en œuvre, en 1992, à l’âge de 35 ans, le passage de tout un système planifié et centralisé depuis 70 ans, à l’économie de marché. "Libéralisation des prix, hyperinflation, austérité monétaire, effondrement de l’économie, troc, privatisation : tout cela est lié à son nom", rappelle Gazeta.ru. Une expression emblématique résume l’ensemble : thérapie de choc. Et le quotidien en ligne de citer quelques chiffres éloquents : en 1991, la hausse des prix en Russie est de 160%, en 1992 elle atteint 2 500%, en 1993, 840%, en 1994, 215%. Entre 1991 et 1995 le PIB russe se rétracte de 34,6%. La reprise économique ne s’amorcera qu’en 1997. "Les réformes d’Egor Gaïdar suscitèrent le mécontentement de la majorité de la population, mais il n’y avait pas d’autres voies pour créer une économie de marché en Russie", estiment ses partisans. "Il savait que ses mesures étaient impopulaires, qu’on le montrerait du doigt, mais il en a pris la responsabilité. C’était, en somme, un kamikaze : après cela il a dû renoncer à sa carrière politique", explique Evguéni Iassine, économiste qui a pris la succession de Gaïdar au ministère de l’Economie en 1994.

Et de fait, en décembre 1993, Egor Gaïdar quitte le premier gouvernement de la nouvelle Russie de Boris Eltsine, et entre à la Douma comme député libéral. Il y restera juqu’en 2003. Jusqu’à sa mort, il dirige l’Institut de l’Economie de transition qu’il a fondé. Il est l’auteur de plus de cent publications. Pourquoi un homme jeune et retiré de la politique publique depuis de nombreuses années, qui devait mener l’ "existence idéale" d’un "académicien" qui "écrit ses mémoires et donne des conférences", est-il mort si brutalement ?, s’interroge le chroniqueur Leonid Radzikhovski dans Vzgliad. "Ce n’est pas l’organisme qui a cédé, c’est l’homme, avance-t-il. Un homme qu’une tension intérieure extrême et un stress terrible et constant a littéralement consumé. Sa souffrance pour la Russie a déterminé le temps qui lui restait à vivre."

Photo : Itar-Tass sur Gazeta.ru

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