La Russie et l'idée européenne d'A. Tchoubarian

Par Aurialie le 23.11.2009 à 00h42

Il y a plusieurs jours maintenant j’ai fini la lecture de l’essai La Russie et l’idée européenne de l’historien Alexandre Tchoubarian, sorti début octobre. Il retrace l’histoire des relations entre la Russie et l’Europe, de l’antiquité à nos jours. Pour ceux qui connaissent un peu l’histoire russe, ce livre permettra de leur rafraichir la mémoire sur les périodes d’entente et de désamour entre les deux entités, rappelant l’importance du commerce, l’invasion mongole, les guerres, …

La partie que j’ai trouvée la plus intéressante est celle sur la période des Lumières. On connait les philosophes des Lumières européens : Jean-Jacques Rousseau, Denis Diderot, Montesquieu, Voltaire, Emmanuel Kant, John Locke, … Mais par contre il est rarement fait référence des philosophes des Lumières russes, du traité de Vassili Malinovski Réflexions sur la paix et la guerre, des cours et écrits du professeur Sémion Desnitski, des Propositions philosophiques de I. Kozelski, des essais de Pouchkine intitulés Sur la paix éternelle et Libération de l’Europe. Ces auteurs développent les idées civilisatrices russes, l’idée d’unité européenne et d’institutions communes, la volonté d’une paix générale entre les peuples. La Russie y avait un rôle important à jouer, comme le montre cette citation de Pouchkine issue de Sur la paix éternelle : "Une grande mission incombe à la Russie... Ses plaines immenses ont dévoré la force des Mongols et ont arrêté leur invasion aux frontières de l’Europe ; les barbares se sont méfiés de la Russie qu’ils avaient subjuguée sur leurs arrières et sont retournés dans leurs steppes orientales. La civilisation en gestation a été sauvée par la Russie déchirée et brisée. (…) La Russie est rentrée en Europe comme un navire lancé à coups de hache et dans le grondement des canons" (p. 119/120).

Un peu plus loin, après la période napoléonienne, on retrouve l’opposition entre slavophiles et occidentalistes. De cette section, j’ai retenu le passage sur Dostoïevski et la synthèse dans laquelle il voyait l’avenir de la Russie. Alexandre Tchoubarian écrit : "Dostoïevski essayait de formuler sa vision de "notre européisme" qui devait accorder "l’esprit russe populaire", son aspiration à "l’unification de l’humanité", à l’expérience et aux performances européennes. (…) Il réfutait ainsi à la fois ceux qui, en Russie, idéalisait tel ou tel aspect de leur culture et ceux qui, en Occident, écartaient la Russie de l’expérience et des traditions européennes, et ne reconnaissaient pas son rôle dans le développement européen et mondial" (p.176).

Alors "l’européisme russe a-t-il un avenir ?", demande l’auteur en conclusion. Voilà en tout cas sa dernière phrase : "L’européisme et l’axe européen de la Russie ont des chances et des perspectives sur le long terme, si les valeurs communes de la démocratie européenne de la liberté, des droits de l’homme et de la société civile sont assimilées ; ils se réaliseront dans un long et difficile processus, en respectant les valeurs, les traditions historiques et l’héritage spirituel de la Russie" (p.286). Bref, la réponse en quelques mots serait "oui avec de la patience et du respect", mais ce n’est finalement pas la réponse à cette question la plus importante dans ce livre mais bien le processus historique pour y arriver.

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