La vie de Kronid Lioubarski

Par Aurialie le 06.04.2009 à 23h38

Ce soir le musée Andreï Sakharov organisait une soirée en mémoire du dissident Kronid Lioubarski, prisonnier politique et membre actif du mouvement de défense des droits de l’Homme en URSS, né il y a 75 ans, le 4 avril 1934. C’est l’occasion de découvrir le parcours d’un homme, dont le parcours est semblable à celui d’Alexandre Ginzbourg ou Andreï Sakharov, mais qui est bien moins connu que ces derniers.

De formation scientifique, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles d’astrophysique, étudie les conséquences de la météorite de Toungouska (1961), est aspirant à l’institut de physique nucléaire du MGOu (1966), participe au développement et à l’organisation des voyages sur Mars. Mais dés 1953, alors qu’il est étudiant, il est l’un des premiers à organiser l’envoi collectif de lettres de protestation au journal Pravda en cette période post-stalinienne. Ce mode de contestation a été appelé par le mouvement de défense des droits de l’Homme "l’oppositon esthétique". Lioubarski a notamment déclaré : "le système provoque une répugnance si profonde qu’un jour tu ressens l’impossibilité d’exister en lui."

Le 17 janvier 1972, il est arrêté pour l’affaire des "Chroniques des évènements en cours" et condamné à 5 ans de régime sévère pour agitation anticommuniste. Au cours de la perquisition ce sont près de 600 documents, manuscrits et livres (nombreux issus du samizdat) qui sont saisis.
En 1974, alors qu’il est enfermé dans un camp, lui vient l’idée d’organiser la Journée de résistance des prisonniers politiques, qui depuis a lieu chaque année le 30 octobre. A partir de 1991, cette journée devient officiellement la journée de souvenir des victimes des répressions politiques.

Libéré en janvier 1977, il est l’un des successeurs d’Alexandre Ginzbourg, arrêté le 3 février, à la tête du fonds Soljénitsyne d’aide aux prisonniers politiques (avec Malva Landa et Tatiana Xodorovitch). Il entre également à la section soviétique d’Amnesty internationale. De nouvelles actions judiciaires sont alors menées contre lui, d’abord pour parasitisme, puis violation des principes du contrôle judiciaire et enfin pour agitation antisoviétique. Le 14 octobre 1977, sous la pression du pouvoir soviétique, Kronid Lioubarski et sa famille sont obligés de quitter l’URSS, ils sont même destitués de leur citoyenneté soviétique.

Parti vivre en Allemagne, il continue de travailler, en éditant le bulletin d’informations bihebdomadaire "Nouvelles d’URSS" (????? ?? ????), la liste annuelle des prisonniers politiques en URSS et à partir de 1984 le magazine "Pays et paix" (?????? ? ???). En 1990, il retourne pour la première fois à Moscou en tant que membre de la commission internationale enquêtant sur les circonstances de la mort de Raoul Wallenberg. En août 1991, il participe à la défense de la maison Blanche. Le 2 juin 1992, lui et sa famille retrouvent leur citoyenneté russe et en février 1993 ils déménagent définitivement à Moscou. Lioubarski devient le premier vice-rédacteur en chef du magazine Novoe vremia. Pendant les événement d’octobre 1993, il organise la défense du bâtiment de la radio Echo de Moscou ( ??? ??????)

Il occupe ensuite des fonctions assez importantes : il participe à la rédaction de la loi sur la Citoyenneté en tant que membre de la Commission sur la citoyenneté, il a été l’auteur de certains articles de la Constitution de la Fédération de Russie, notamment ceux sur la liberté de déménagement et le choix de son lieu d’habitation et sur la liberté de sortie du territoire russe. En 1994, il quitte la Chambre civile auprès du Président de la Fédération de Russie en signe de protestation contre le début de la guerre en Tchétchénie. A partir de 1993, il est membre du groupe Helsinki Moscou et en devient même le représentant.

Mais le 23 mai 1996, il meurt tragiquement en se noyant lors d’un voyage à Bali. En 1997 il est reçoit à titre posthume le prix russe de la liberté de la presse dans la catégorie Master et au printemps 2000, c’est l’Institut International de la presse à New York qui le nomme héros du journalisme libre indépendant de la deuxième moitié du XX siècle.

Voilà maintenant un homme dont on connaît mieux la vie et le combat.

Source : Droits de l’Homme en Russie
Légende photo : Andreï Sakharov, Kronid Lioubarski et Mikhaïl Makarenko

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