Le Loukachenko nouveau est arrivé (CI)

Via Courrier International

A l’approche des législatives du 28 septembre, le régime de Minsk s’est adjoint les services d’un conseiller en image, le Britannique Timothy Bell. Malgré des signes d’ouverture, l’opposition n’est pas dupe.

Lors de sa première rencontre, en août dernier, avec lord Timothy Bell, c’est le président Loukachenko qui a dominé. Assis au bout d’une table au palais présidentiel de Minsk, il expliquait ses opinions en hochant la tête, les yeux sur ses notes. Quelques fragments ont filtré dans la presse. “La Biélo­­russie est un Etat dont le peuple a, par le passé, beaucoup apporté à l’Europe“, expliquait Loukachenko. Lord Bell n’avait devant lui qu’une feuille à en-tête de Bell Pottinger Communications et un crayon portant le logo de son entreprise de relations publiques. Le gourou des médias, anobli par Margaret Thatcher pour l’avoir transformée de “ménagère en politicienne de fort calibre” (c’est lui qui le dit), écoutait calmement le dictateur. “Je suis venu ici à sa demande. Il voulait savoir comment améliorer son image”, a laconiquement déclaré Bell après la rencontre. En fait, il y travaillait depuis le mois d’avril et avait établi un plan détaillé pour y parvenir.

“Je savais qu’il serait libéré. Après tout, il a été arrêté illégalement”, dit Igor Rymkevitch, l’avocat de l’opposant Alexandre Kozouline, maintenant que son client a retrouvé la liberté [le 16 août]. Il y a encore quelques semaines, ce n’était pas si évident. Kozouline, candidat à l’élection présidentielle de 2006, avait été emprisonné pour “hooliganisme” et condamné à cinq ans et demi de camp de travail. “Il est épuisé, on l’a traité avec brutalité”, témoigne son avocat. Au grand étonnement de la communauté internationale, deux autres opposants, Andreï Kim et Sergueï Parsioukevitch, ont également été relâchés. “Un geste à l’intention de l’Occident”, explique Agata Wierzbowska-Miazga, du Centre d’études orientales de Varsovie. “Loukachenko en a toujours fait quand il y avait des problèmes entre Minsk et Moscou. Mais ce qui est surprenant, c’est que, aujourd’hui, il n’y a aucun problème entre Minsk et Moscou. Le flirt de Loukachenko avec l’Occident relève plutôt d’une nouvelle stratégie.”

La réaction de l’Occident est enthousiaste. La France, qui préside l’Union européenne, a suggéré de lever les sanctions imposées à une quarantaine de membres du régime après le référendum de 2004 [qui a accordé à Loukachenko la possibilité de gouverner à vie] si Loukachenko organise des élections libres et s’il garantit la liberté des médias. Des conditions “difficiles” à remplir, mais jusque-là l’UE en a posé bien d’autres. “Depuis que Bell conseille Loukachenko, le monde nous perçoit différemment”, affirme le metteur en scène Nikolaï Khalezine, fondateur et directeur du Théâtre libre de Minsk. Ce qui ne l’enchante pas particulièrement. “Nous revenons d’une tournée en Grande-Bretagne. Là-bas, tout le monde est déjà persuadé que la dictature en Biélorussie vit ses derniers jours. Or ce n’est pas vrai.” Nikolaï Khalezine a d’ailleurs adressé une lettre ouverte à lord Bell. “Nous comprenons que vous faites ça pour l’argent, lui écrit-il. Vous n’êtes pas un enfant et vous savez que dans le budget de l’Etat il n’y a pas de fonds secret à huit chiffres pour rémunérer vos activités. Ce sont les contribuables qui vont régler la note.” “Nous souhaitons qu’il se sente responsable de ce qui se passe dans le pays”, explique Khalezine. “Si le monde arrête de nous considérer comme une dictature, on assistera à un retour des assassinats politiques”, poursuit-il. Lord Bell ne lui a pas répondu.

Mikhaïl Pachkevitch a 22 ans et, officiellement, il n’est pas un prisonnier politique. Il a juste été condamné à une assignation à résidence pour avoir manifesté avec une dizaine de personnes pour “défendre les droits des petits entrepreneurs” en janvier dernier. Ils ont tous été condamnés à la même peine et, depuis, ne peuvent quitter Minsk. Entre 19 heures et 6 heures, ils doivent rester chez eux ; tout changement d’employeur ou d’adresse doit être immédiatement signalé aux autorités. Une fois par semaine, ils doivent pointer au commissariat. “Si je suis en retard d’une demi-heure, c’est une violation du règlement. Trois violations, je vais en prison. Les interdictions sont si nombreuses que la police peut toujours trouver quelque chose”, témoigne Mikhaïl.

C’est pour cela que les opposants biélorusses contestent l’idée que, “en Biélorussie, il n’y a plus de prisonniers politiques”, désormais soutenue par le régime après les libérations de Kozouline, de Kim et de Parsioukevitch. Au sein de l’opposition, personne ne s’attend à de vrais changements. “C’est une manœuvre typique du régime. Personne ne pense que la répression va cesser”, dit Katia Tkatchenko, du Parti civique uni. “On libère des prisonniers pour les enfermer aussitôt”, ajoute l’avocat de Kozouline.

A quoi joue Loukachenko ? La réponse est banale : il cherche tout d’abord à diversifier les investissements étrangers. “Jusqu’à présent, le régime ne pouvait compter que sur la Russie, l’Inde, la Chine ou l’Iran, des pays qui ne lient pas les contacts commerciaux au respect des droits de l’homme, explique Mme Wierzbowska-Miazga. Ensuite, Loukachenko veut montrer au Kremlin qu’il y a une alternative à l’alliance avec la Russie. Il s’agit ainsi d’avoir une meilleure position pour les négociations sur le prix du gaz.” Le dernier acte de ce spectacle va se jouer le 28 septembre, le jour des législatives. L’opposition redoute qu’entre-temps lord Bell ne règle ses comptes avec elle.

Source images : lukashenko2008.ru

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