Trois questions à … BelProjet

BelProjet est une association créée depuis un an et demi qui a mis sur pied un projet de coopération culturelle avec la Biélorussie. L’objectif est d’encourager le développement de la culture biélorusse en promouvant le travail d’artistes locaux et en organisant un festival en France tous les deux ans. Delphine Pallier, sa présidente, répond à trois questions sur la situation culturelle en Biélorussie.

- Dans de nombreux sites de voyage, il est écrit que la vie culturelle est très diversifiée (ballets biélorusses, musées, théâtres), l’Etat biélorusse doit financer principalement l’art national traditionnel. Qu’en est-il de l’art contemporain ? Est-il apprécié par Loukachenko ?

Effectivement, l’Etat biélorusse finance principalement l’art national traditionnel. Je ne suis pas particulièrement familière de la situation des artistes contemporains mais je dirais qu’ils sont peu nombreux à bénéficier de soutiens de l’Etat. De façon générale, la plupart des artistes indépendants doivent trouver le moyen de s’auto-produire en cherchant des modes de financement externes. Sans cantonner la vie culturelle au folklore, le pouvoir a travaillé à la construction d’une forme de culture populaire qui se revendique comme "apolitique". Par exemple, certains artistes comme les artistes de variété dans le monde de la musique sont très populaires en Biélorussie et particulièrement présents sur les ondes ou à la télévision. Dans le même temps, des artistes indépendants qui voulaient promouvoir leurs propres créations ont été de plus en plus dépeints comme "politisés". En ramenant l’art à la politique, le jeu a été faussé et la culture ne se pense plus en termes de création artistique. C’est bien dommage. C’est pourquoi notre association promeut la culture biélorusse et ses artistes indépendants. Nous souhaitons leur donner la possibilité de montrer leur travail, en-dehors de toute considération politique ; nous voulons mettre en valeur la richesse artistique de ce pays méconnu.

- Le théâtre libre de Minsk a connu quelques problèmes dernièrement, connaissez-vous d’autres cas de censure artistique en Biélorussie ?

Malheureusement, ce qui arrive au Théâtre Libre de Minsk n’est pas un phénomène isolé.

Des écrivains comme le romancier et historien Vladimir Orlov ou le poète et essayiste Adam Globus n’arrivent pas à être publiés dans leur pays et doivent se tourner vers des maisons d’édition à l’étranger (en Lituanie, en Pologne ou en Russie). Dans le milieu de la presse, il est tout aussi difficile de publier des magazines ou des journaux ; les imprimeries sont nationalisées. L’Etat peut ainsi fixer des tarifs différenciés selon les journaux à travers des "remises" qui sont accordées aux journaux gouvernementaux. Ces remises, qui s’élèvent parfois jusqu’à -95 % du tarif demandé pour les tirages, permettent, de facto d’établir une situation à deux vitesses, les journaux indépendants devant payer le plein tarif, souvent très élevé. Comme le réseau de diffusion (les kiosques à journaux) est aussi nationalisé, certains journaux sont vendus sous le manteau, ce qui diminue leur taux de pénétration.

Dans le milieu du cinéma, certains réalisateurs subissent des pressions ou rencontrent des difficultés à produire ou diffuser leurs films. Les films de Youri Khashchevatski, sans être interdits d’antenne ne sont jamais diffusés à la télévision biélorusse. Les Studios Tania qui produisaient des films documentaires, notamment J’ai été invité au bal d’Irina Pismanaia n’ont pas pu renouveler leur licence et ont dû fermer. Le film de fiction d’Andreï Kudinenko, Mysterium occupation parce qu’il abordait un sujet délicat (la Deuxième Guerre mondiale et la Résistance biélorusse) en essayant de le dépeindre de la manière la plus réaliste possible, en évitant donc une "héroïsation" des résistants, n’a pas obtenu de certificat d’exploitation en salle.

Dans le monde de la musique, des groupes comme N.R.M. se trouvent dans l’impossibilité technique de donner des concerts. Il suffit d’un coup de fil d’une instance officielle pour que le propriétaire du lieu ou l’organisateur annule le concert. La menace d’une inspection de sécurité inopinée est très efficace.

Il est très difficile pour des photographes d’exposer leurs travaux. Les galeries sélectionnent souvent les artistes et une galerie comme la Galerie Nova, fondée par des photographes, est parfois réquisitionnée pour exposer d’autres artistes, plus en phase avec l’air du temps.

Sans parler directement de censure objective, l’Etat s’arrange pour que de facto il soit très difficile pour certains artistes de montrer, diffuser et exposer leur production.

- Avez-vous des difficultés à faire venir des artistes en France ?

Aujourd’hui, il nous est très difficile de faire venir des artistes biélorusses en France malheureusement. Nous sommes une association récente, créée il y a un an et demi et en activité depuis un an (notre premier événement, un festival culturel biélorusse date de novembre 2007) et nous rencontrons de plus en plus de difficultés... Nous sommes une association culturelle mais, en Biélorussie, il semblerait que nous soyons considérés comme une association politique ce qui entraîne des difficultés supplémentaires et rend l’obtention de visas pour les artistes que nous invitons assez difficile. Nous sommes donc en situation assez précaire et le soutien de l’Ambassade de France à Minsk, nous est vital, sans lui, nous ne pourrions pas exercer nos activités...

Légendes des photos trouvées sur le site de BelProjet :
- Palais de la République de Jef Bonifacino
- Photographie d’Alexeï Andreev

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